Universités - L’argent sera-t-il au rendez-vous?

Le ministre Pierre Duchesne a évoqué à plusieurs reprises cette semaine qu’il avait une «réserve» d’environ 600 millions, soit une provision qui découle de l’annulation de la hausse prévue par les libéraux.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre Pierre Duchesne a évoqué à plusieurs reprises cette semaine qu’il avait une «réserve» d’environ 600 millions, soit une provision qui découle de l’annulation de la hausse prévue par les libéraux.

Trois-Rivières — La seconde rencontre thématique du Sommet sur l’éducation s’est amorcée dans un climat d’inquiétude : celle de nombreux acteurs du milieu de l’éducation devant les compressions, et celle des libéraux qui accusent le gouvernement de mentir en faisant une promesse d’argent qui n’existe pas.

Pour adoucir la controverse entourant les coupes budgétaires de 125 millions exigées aux universités, le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a évoqué à plusieurs reprises cette semaine qu’il avait une « réserve » d’environ 600 millions, soit une provision qui découle de l’annulation de la hausse prévue par les libéraux. À cette somme devait s’ajouter le réinvestissement d’un milliard, prévu pour la période allant de 2012-2013 jusqu’en 2019, inscrit au dernier budget du gouvernement Charest.


Les libéraux contestent la lecture de ces chiffres en alléguant, d’une part, que le réinvestissement est déjà amputé des compressions exigées par le ministre et des sommes en moins, vu l’annulation de la hausse, et d’autre part, que la « réserve » de 600 millions n’est pas « provisionnée ». « Ils peuvent aller le chercher n’importe où, ils peuvent couper la santé et la recherche, mais ce qui est important de savoir, c’est que ce 600 millions dont ils parlent n’existe pas », a déclaré le porte-parole de l’opposition libérale en matière d’enseignement supérieur, Gerry Sklavounos.


Pressé de questions dans un point de presse, le ministre Duchesne a confirmé que ces chiffres étaient bien réels. « Il y a un réinvestissement universitaire prévu sur 7 ans et il y a une réserve aussi. Alors, c’est un milliard dans le cas du réinvestissement sur 7 ans et un peu plus de 600 millions sur cette réserve », a confirmé le ministre. Le Sommet servira à décider à quoi servira cet argent, a ajouté le ministre, qui convient qu’il aurait aimé que le budget arrive après le Sommet.


Le ministre n’a toutefois pas été en mesure de préciser d’où proviendront ces sommes. « On est ouverts à des discussions sur les crédits d’impôt, on est ouverts à l’indexation; est-ce que ce sera indexé aux droits de scolarité et au coût de la vie ? On verra », a dit le ministre.


Au sujet de la provision de 600 millions, on laisse entendre qu’elle serait conditionnelle à une entente entre le gouvernement et les participants au Sommet. « Ça va faire l’objet de discussions, et si on s’entend, l’argent sera au rendez-vous », a dit Christyne Tremblay, sous-ministre à l’Enseignement supérieur, répondant aux questions des journalistes.


Quant aux compressions de 124 millions, le ministre Duchesne a rappelé que c’est pour respecter la loi sur l’équilibre budgétaire pour 2013-2014. « Est-ce qu’on redéfait la loi pour dire qu’on ne va pas atteindre l’équilibre ? Non. On a décidé d’être responsable, c’est ce qui explique l’année difficile et après on va aller vers des propositions qui vont nous permettre de confirmer le réinvestissement », a-t-il expliqué.

 

Ambiance animée


Cette deuxième rencontre thématique, portant sur l’accessibilité aux études, s’est amorcée par une soirée de conférences pour mettre la table. Bien connue pour ses études et ses réflexions sur l’accessibilité, Valérie Vierstraete, professeure à la faculté d’administration de l’Université de Sherbrooke, a fait valoir que l’accessibilité aux études n’était pas qu’une question de droits de scolarité. « Ça passe aussi par l’accès des enfants dans les CPE et [en essayant d’]éviter le décrochage au secondaire le plus possible », a-t-elle soutenu. Elena Laroche, directrice des études et professeure à la TELUQ, a quant à elle parlé des défis de l’accessibilité, tandis que l’économiste Pierre Fortin a livré un exposé très concret en proposant plusieurs scénarios d’indexation. Des étudiants ont répliqué en soutenant que l’endettement n’avait rien de bon et qu’il pouvait, au final, avoir un effet dissuasif sur le fait d’entreprendre une carrière universitaire.


L’indexation, position prônée ouvertement par la première ministre Pauline Marois, ne plaît d’ailleurs pas à la Fédération étudiante universitaire (FEUQ). « Ce n’est pas la voie à suivre. On va mettre l’emphase sur l’endettement étudiant. La question de l’aide financière semblait aussi être une panacée, alors que ce n’est pas le cas. Il va falloir amener des faits et des chiffres », a indiqué Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. « Il va aussi falloir se demander à quoi ça sert, les études universitaires. Là, on débat sur les droits de scolarité et ne se demande même pas si c’est pertinent d’avoir autant de monde à l’université. Mais si oui, faisons tout en notre pouvoir pour en avoir plus. »


Mme Desjardins a admis que cette deuxième rencontre avait débuté moins rondement que la précédente il y a deux semaines, et qui portaient sur la qualité de la formation. « C’était moins “bon-enfant”, on l’a entendu dans les questions et même dans les réponses, on sentait la réaction de la salle », a commenté la présidente de la Fédération étudiante universitaire au terme de cette première journée de la rencontre thématique, portant sur l’accessibilité. « Avec les compressions, j’ai l’impression qu’il y va y avoir des messages qui vont passer. On espère que ça va rester sur l’accessibilité, sinon, il y aura un risque de dérapage. »

14 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 14 décembre 2012 01 h 04

    Encore un jeu de chiffres

    C'est de l'argent mais qui dans les faits n'est pas de l'argent. On a fait ce coup là aux gens de Gentilly. Pourquoi pas aux recteurs et universitaires!!!

    • Fernand Lachaine - Inscrit 14 décembre 2012 11 h 37

      Un parti PLQ rongé par la corruption qui est maintenant rongé par le doute. Quelle misère.
      Ce parti n'a rien fait pendant 9 ans qu'il a eu les mains sur le volant sauf venir en "aide" aux tisamis.
      Mettons que plusieurs années dans l'opposition lui ferait grand bien.

  • Marc Collin - Inscrit 14 décembre 2012 08 h 09

    j'espère pas...

    j'espère pas que ça aille encore une fois dans les poches des recteurs déjà gracement payés

    • Pierre Brodeur - Inscrit 14 décembre 2012 09 h 16

      "gracement" payés....; elle est bonne

    • Gabriel Auclair - Inscrit 14 décembre 2012 16 h 50

      Salaire des recteurs 2009-2010

      McGill:596 061$
      UdeM: 370 937$
      ULaval: 355 244$
      Concordia: 502 666$
      UQÀM: 186 826$
      Sherbrook: 282 699$
      UQTR: 208 790$
      HEC: 360 270$
      Polytechnique: 278 452$
      UQAC: 230 852$
      ÉTS: 194 174$
      UCAR: 200 437$
      INRS: 228 585$
      UQO: 192 625$
      TELUQ:192 980$
      Bishop: 315 225$
      UQAT: 191 494$
      Siège social UQ: 205 967$
      ENAP: 169 947$
      http://fr.canoe.ca/archives/infos/quebeccanada/200

    • J-F Garneau - Abonné 15 décembre 2012 04 h 16

      M. Auclair, votre liste totalise $5M par an. La moyenne est $260'000.

      La moyenne du salaire de profs d'université est autour de $90'000. Mais le sommet de l'échelle (pour comparer aux recteurs, poste senior) serait plutôt autour de 120 000 $ (avec des pointes à $140'000, montant est assez rapidement atteint dans plusieurs institutions).

      Pour les profs, cela est accompagné de sécurité d'emploi absolue, années sabbatiques, régime de retraite avantageux, retraite graduelle avec travail à mi-temps et salaire à 100 %, prime de départ d'un an de salaire si on ne prend pas de retraite graduelle, exonération des frais de scolarité pour ses enfants... qui doit représenter au moins 30% de valeur "en nature".

      Plus ou moins 10'000 professeurs enseignent à l'université, soit une masse salariale de $900 millions (sans compter les avantages sociaux). Donc sur l'ensemble des 19 établissements universitaires les salaires des recteurs représentent la moitié de un pourcent.

      Comprenz moi bien, je ne propose pas de couper les salaires des enseignants...au contraire, mais c'est beaucoup trop facile de tomber dans le populisme et un discours démagogique et de pointer seulement les recteurs... et de tout vouloir niveler par le bas.
      Les grandes universités ont des budgets de dépenses annuels de plus de $1 milliard.

  • Michel Lebel - Abonné 14 décembre 2012 09 h 14

    Un peu de cohérence et moins de menace!

    Voyons! Il est bien connu que l'argent pousse dans les arbres! Quant au ministre Duchesne, un peu plus de cohérence serait de mise. Par ses propos, une chatte y perdrait ses petits!

  • Serge Grenier - Inscrit 14 décembre 2012 09 h 53

    15$ par personne

    124 millions $ divisé par la population du Québec, ça donne environ 15$ par personne.

    BCE (une simple compagnie) peut mettre 4 milliards $ sur la table pour s'offrir Astral Media (dans le monde du divertissement), mais la province au complet n'a pas 15$ pour soutenir le monde de l'Éducation.

    Beau sens des priorités, belle organisation de la société...

    • J-F Garneau - Abonné 14 décembre 2012 13 h 55

      En principe.
      Mais est-ce vraiment le calcul. Puisque tôt ou tard la "juste part" sera calculée comme suit:
      votre calcul est basé sur la population du Québec, mais il y a seulement 6 millions de contribuables.
      De ce 6 millions, 40% ne paient aucun impot. On est déjà rendu à 34$ par contribuable payant de l'impot.
      Mais pourquoi s'arrêter là, près d'un million de contribuables ont moins de 25 ans. On va quand même pas les faire payer!
      On est rendu à 40$.
      Mais, quand on y pense bien, on devrait faire payer les "riches". 77% des contribuables gagnent moins de 50'000$. Il reste les "riches" qui gagnent plus que ça. ils sont 23%.
      Le 40$ vient de passer à 160$. DIX fois le 15$.

      Je suis bien d'accord que même à 160$, c'est pas un chiffre important. Mais soyons honnêtes sur le montant "par personne" en étant conscient de comment les revenus du gouvernement sont générés.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 14 décembre 2012 10 h 02

    Décourageant...

    Martine Desjardins, présidente de la FEUQ affirme: " Il va aussi falloir se demander à quoi ça sert, les études universitaires. Là, on débat sur les droits de scolarité et ne se demande même pas si c’est pertinent d’avoir autant de monde à l’université."

    Étonnant de la bouche d'une étudiante au doctorat! Se peut-il qu'en 2013, certaines personnes ne savent pas à quoi servent les études universitaires? Est-il possible que des gens aussi bornés soient des acteurs du Sommet sur l'éducation? Que ces ignorants aient un mot à dire sur le fonctionnement des universités? Pôvre Québec...

    • Yvan Dutil - Inscrit 14 décembre 2012 11 h 50

      Non madame Desjerdins refète exactement la situation. Il y a 40% des diplomés d'universités qui n'auront pas un emploi à la hauteur de leur formation à la fin de leur étude. Et, ce n'est qu'une moyenne. Dans certains département c'est beaucoup plus.

      Dans le cas des diplôme d'études supérieurs, on peut dépenser 1 millions de dollars pour former un scientifique et le voire obliger de partir ou carrément être jeter à la poubelle par la société québécoise qui n'en a rien à faire de ses compétences.

    • Michel Lebel - Abonné 14 décembre 2012 12 h 30

      Le monde des études, du premier cycle à post-doc, est une chose. Le monde du travail ou de l'emploi est une autre chose. Dans le monde réel, personne n'a doit à un travail précis. lié à ses études. Le marché du travail ne fonctionne pas ainsi.
      De fait, je ne suis pas très surpris d'entendre Mme Desjardins parler ainsi. Sa vison de l'université est utilitaire, plutôt matérialiste. Le débat autour des frais de scolarité volait assez bas, bref autour du pognon(en payer le moins possible).
      Peu d'élévation donc dans le débat. Comme si un diplôme n'était pas un enrichissement personnel de grande valeur, qui ne se traduit pas toujours en espèces sonnantes. C'est cela la grande chance de vivre dans une société où on peut faire des choix. Mais il faut assumer ce choix d'études par après et arrêter de brailler! On peut rarement avoir le beurre et l'argent du beurre!

    • Albert Descôteaux - Inscrit 14 décembre 2012 13 h 25

      Arrimer la formation universitaire (ou collégiale) au marché de l'emploi est bien sur important pour 1) former suffisamment de diplômés pour éviter une pénurie de main d'oeuvre dans certains domaines et 2) pour ne pas former un trop grand nombre de diplômés dans des domaines où les perspectives d'emploi sont faibles. La modulation de ces formations en fonction du marché du travail n'est pas simple, considérant que le portrait global dudit marché évolue constamment.

      Par contre, on doit considérer que des citoyens décident d'étudier dans un domaine précis autrement que dans un simple but "utilitaire" (lire, un emploi): intérêt et enrichissement personnel, curiosité, satisfaction intellectuelle, etc. Fermer des facultés universitaires ou éliminer des programmes sous prétexte qu'il n'y a pas d'emplois dans ces domaines peut amener à l'élimination de pans entiers du domaine de la connaissance humaine. Est-ce que la société québécoise désire?

      Ceci dit, il est clair qu'une formation universitaire offre une meilleure perspective d'emploi que le décrochage scolaire au secondaire...Se demander à quoi servent des études universitaires est stupide à mon avis.

      Quant à votre affirmation que 40% de diplômés ne trouveront pas d'emploi à la hauteur de leur formation, vous seriez aimable de fournir vos sources afin que les lecteurs puissent les consulter.

    • Yvan Dutil - Inscrit 14 décembre 2012 14 h 56

      Le dévelloppement d'une culture personnelle ne se fait pas dans le même contexte qu'une formation intellectuelle. Les gens ne font pas la différence. La première n'a pas à se faire dans un contexte universitaire. Il serait beaucoup plus pratique et abbordable de subventionner des clubs que de donner des cours à l'université. C'est d'ailleurs de cette façon que la pluparts dévellopent une expertise dans un sport ou un art.

      Pour ce qui ets de la surqualification, c'est une étude de l'INRS

      http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/educat

      Je n'ai pas retrouvé le document original.