L’UQAM pourrait replonger dans une crise financière

Claude Corbo n’accepte pas la généralisation faite sur la mauvaise gestion des universités.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Corbo n’accepte pas la généralisation faite sur la mauvaise gestion des universités.

Le recteur Claude Corbo dresse un bilan positif de l’état de santé de l’UQAM alors qu’il termine un mandat de cinq ans (2008-2012). Mais devant les compressions de 124 millions imposées par le gouvernement (12,5 millions pour l’UQAM), l’université pourrait replonger dans le rouge et faire un déficit bien au-delà de celui autorisé dans son Plan de retour à l’équilibre budgétaire.


« Ça va faire mal. Ça va être techniquement difficile », a dit sans ambages le recteur sortant, lors d’un déjeuner de presse jeudi matin. « On va voir à quelle hauteur on peut faire quelque chose, mais on va être extrêmement prudents. Nous ne voulons pas abîmer des choses importantes. »


Il n’exclut pas de rouvrir les conventions collectives des enseignants même s’il ne prévoit pas le faire pour l’instant. L’économie des salaires du prochain recteur, Robert Proulx, et des vice-recteurs de l’UQAM, à supposer qu’ils se privent de revenus d’ici la fin de l’année scolaire, ne représenterait que 900 000 $, a fait valoir M. Corbo.


Le recteur n’accepte pas la généralisation faite sur la mauvaise gestion des universités. « Dire que les universités sont mal gérées, c’est intellectuellement indéfendable », a-t-il insisté.


Quant aux études remettant en question le sous-financement, il s’étonne que le sujet fasse encore partie du débat. « Le paradoxe, c’est qu’il y a un an, il y avait consensus, et là, il n’y en a plus », a souligné M. Corbo. Faisant allusion à une étude du ministère de l’Éducation qui ne concluait pas au sous-financement des universités, il a rappelé qu’inclure les fonds de recherche dans le budget dont disposent les universités est « méthodologiquement inacceptable ».


Pour le recteur Corbo, malgré les velléités de gratuité mises de l’avant depuis des dizaines d’années, notamment par le rapport Parent, il y a aujourd’hui un consensus sur la hausse des droits de scolarité. « Ça fait 50 ans qu’on en parle et jamais un gouvernement n’a décidé de les abolir », a-t-il dit, rappelant que même la Fédération étudiante universitaire reconnaissait les droits de scolarité en prônant le gel.

 

En meilleure santé


Appelé à son chevet alors que l’UQAM traversait une grave crise financière, Claude Corbo se réjouit humblement de lui avoir insufflé de l’oxygène. « Nous sommes sortis des sables mouvants de ce qui risquait d’engloutir l’UQAM », s’est-il soutenu en se disant « optimiste » pour l’avenir de l’université. « C’est une université résiliente, on a vécu un moment difficile et on s’en est sorti », a-t-il ajouté.


M. Corbo rappelle non sans fierté que l’UQAM a été gérée de façon exemplaire depuis les dérives financières causées par le scandale de l’îlot voyageur. Les agences de notation ont rehaussé la cote de l’université, mais surtout, dit-il, le Vérificateur général, qui a suivi de très près les états financiers de l’UQAM, les a déposés sans réserves ni restrictions.

 

Trop de paperasse


Le recteur sortant s’est permis un petit coup de gueule pour dénoncer une reddition de comptes trop lourde à laquelle le gouvernement et les différentes instances ne donnent aucune suite. « Jamais je n’ai reçu la moindre réponse ou [le moindre] commentaire », a-t-il dit en référence aux rapports annuels que lui exige la Loi sur les établissements d’enseignement universitaire au 30 septembre.


Toutefois, il dit soutenir le projet d’organisme-conseil indépendant pour surveiller la qualité des universités proposées par la Conférence des recteurs (CREPUQ).


Quant aux plaintes sur la marchandisation de l’université, où se multiplient les partenariats avec les entreprises privées, parfois au détriment de la recherche fondamentale, M. Corbo n’y voit pas de « danger catastrophique » si les gouvernements « maintiennent les fonds de recherche ». Pour lui, la concurrence entre universités ne fait que contribuer à les rendre « meilleures ».


Croit-il en la démarche du Sommet sur l’éducation ? « Soyons modérément optimistes. Faisons l’exercice du Sommet. C’est peut-être plus encourageant que nous le pensons », a-t-il conclu.


Avec plus de 40 000 étudiants, l’UQAM est la 7e plus grosse université au Canada et compte plus de 225 000 diplômés.

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