Enseignement supérieur - Le piège de l’assurance qualité

Après un printemps tumultueux, place au dialogue. La première des quatre rencontres composant le Sommet portera sur la qualité de l’éducation supérieure. Mais de quoi parlera-t-on au juste ?


L’assurance qualité, ou le fait de créer une commission de surveillance des universités pour s’assurer qu’elles sont dans le droit chemin, est une idée qui, à première vue, rassemble un bon nombre d’acteurs du milieu de l’éducation : la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) prône une Commission d’évaluation des universités, la CREPUQ met en avant un Conseil d’assurance qualité, et même le réseau des universités du Québec souhaite un Conseil des affaires universitaires, comme le révélait Le Devoir lundi.


Or une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dévoilée aujourd’hui s’emploie à démontrer que l’assurance qualité est au contraire un piège dans lequel les universités doivent se garder de tomber. « Parler d’assurance qualité, c’est trompeur. Car la visée d’un tel mécanisme est de créer un marché mondial de l’éducation, qui n’en est pas un », explique Maxime Ouellet, chercheur à l’IRIS et coauteur du rapport de recherche Les mécanismes d’assurance qualité dans l’enseignement supérieur.


Pour lui, instaurer un mécanisme d’assurance qualité revient à sauter à pieds joints dans une logique de marché, avec le « savoir » comme produit. Rien que le terme est galvaudé, soutient M. Ouellet. « Le terme fait directement allusion à des systèmes de gestion industrielle ; c’est l’idée de qualité totale, ce à quoi un consommateur doit s’attendre. Dans la philosophie qu’il sous-tend, ça induit un mécanisme de marchandisation de l’éducation », a-t-il soutenu, en faisant le parallèle avec le Processus de Bologne en Europe, qui a donné lieu notamment à un « marché des étudiants étrangers ».


Effets pervers


Cette compétition accrue engendre une chaîne d’effets pervers, constate l’IRIS. Perte d’autonomie, hausse des dépenses publicitaires et de marketing des universités, investissement dans le béton. « Ça oblige les universités à agir comme des acteurs économiques », note M. Ouellet. Selon lui, d’autres mécanismes d’évaluation, comme la commission parlementaire sur l’éducation, créée sous l’égide de l’ex-ministre de l’Éducation Jean Garon, pourraient très bien faire l’affaire, à moindre coût.


La qualité, d’une part, n’est pas une mesure objective et chacun peut en avoir sa définition. Cela risquerait d’opposer la vision plus académique, liée au savoir, des chercheurs et des professeurs et celle, plus axée sur la rentabilité, des administrateurs des universités. « On va finir par faire comme l’Angleterre, qui a rendu publics les salaires de ses diplômés. Et de ça va découler une image de marque, un “ branding ”, pour être en mesure de compétitionner à l’échelle mondiale avec les autres universités dans les classements », souligne M. Ouellet. « On va mesurer la réputation au lieu de la pertinence et la qualité de l’enseignement. »


L’étude rappelle d’ailleurs que la hausse des droits de scolarité, pratiquement inexistants en Angleterre jusqu’au début des années 2000, a coïncidé avec l’introduction de mécanismes d’assurance qualité. Maxime Ouellet s’étonne que la première rencontre du Sommet porte entièrement sur la notion de qualité. « Y a-t-il déjà eu des plaintes sur la qualité de l’éducation ? » Il y voit plutôt un jeu politique pour séduire les étudiants.


Selon le cahier préparatoire du gouvernement portant sur la rencontre qui s’amorce aujourd’hui, la qualité de l’enseignement supérieur doit être discutée notamment parce que le système « subit des pressions multiples qui peuvent avoir des répercussions sur sa qualité : exigences de la société du savoir, développement rapide des connaissances, attentes du marché du travail à l’égard des compétences des individus, démocratisation de l’enseignement ici comme ailleurs dans le monde, etc. »


L’une des questions posées est : quels sont les devoirs et les responsabilités des établissements d’enseignement supérieur et quels sont les défis qui se posent à eux et à leurs partenaires pour maintenir la qualité de l’enseignement et en assurer le développement harmonieux ?


Selon le gouvernement, la qualité, c’est lorsque les établissements réalisent leur mission, lorsque l’enseignement accroît la compétence et qu’il encourage l’excellence. Il ne nie pas que les mécanismes d’assurance de la qualité sont à la base des comparaisons internationales.


Soixante partenaires prendront part activement à la réflexion, dont huit invités du ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne. Composant 31 % des participants, les représentants étudiants sont les plus nombreux. Les autres rencontres auront lieu en décembre et en janvier et porteront sur l’accessibilité, la gouvernance et le financement des universités, la contribution de la recherche.

3 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 29 novembre 2012 04 h 25

    La logique de marchandisation de l'éducation est un échec et un piège à cons. La qualité ne s'est pas améliorée et le gaspillage n'a fait que s'accroître alors que l'administration universitaire prenait un virage résoluement marchand.

    Les établissements d'éducation ne sont pas sensés être en compétition. À l'image des établissements de soins de santé, ils doivent être en coopération.

    Parce que la mission publique de l'éducation et de la santé ne sont pas des question de marchandise à livrer. Il est plutôt question de droits fondamentaux et d'équité sociale.

  • Julie Blaquière - Inscrite 29 novembre 2012 10 h 22

    L'assurance-qualité à quel niveau?

    " la commission parlementaire sur l’éducation, créée sous l’égide de l’ex-ministre de l’Éducation Jean Garon, pourraient très bien faire l’affaire, à moindre coût." Bien d'accord. Pour s'assurer que la qualité soit toujours d'actualité et qu'on ne s'installe pas dans une manière de faire qui ne fait plus progresser les mécanismes sous-jacents parce que les gens s'y seront trop bien installés. Être pro-actif en éducation c'est bien le contraire qu'en entreprise, ce ne sont pas des "trucs" qu'il faut développer mais des manières d'être et de penser en fonction de la réalité sociale et des besoins des gens qui fréquentent et/ou fréquenteront les universités. La créativité et le génie c'est ce qui fait avancer les universités pas ce qu'on croît qui la rend "rentable". À deux diplôme en apparence égaux c'est la créativité et le génie des individus qui les détiennent qui feront la différence. J'espère que les décisions des employeurs ne s'appuient pas que sur les diplômes des individus. D'ailleurs certains ont très bien pu réussir avec leur créativité et leur génie en s'éduquant eux-mêmes.

  • Yvon Bureau - Abonné 29 novembre 2012 11 h 57

    Au sommet sur L'enseignement supérieur

    il y aurait un énorme intérêt à inviter des représentants des Universités du 3e âge du Québec et leurs associations d'étudiants.

    Chaque université devrait avoir une Direction générale des études du 3e âge. Il y émergeraient une meilleure utilisation de ces «matières grises pleines d'expériences et d'expertises» et une plus grande place à l'intergénérationnel.

    À la retraite en 2004, je me suis fait un grand cadeau; je me suis inscrit à l'Université Laval-UTAQ; et j'y serai encore pour une vingtaine d'années !