Club des petits déjeuners: la restructuration pénalise les petites écoles

Fondé en 1994 par Daniel Germain, le Club des petits déjeuners offre des repas à 16 000 enfants répartis dans 285 écoles. Soixante-quatre autres établissements sont actuellement sur une liste d’attente.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Fondé en 1994 par Daniel Germain, le Club des petits déjeuners offre des repas à 16 000 enfants répartis dans 285 écoles. Soixante-quatre autres établissements sont actuellement sur une liste d’attente.

Victime de son succès, le Club des petits déjeuners se lance dans une vaste restructuration pour faire des économies et étendre son service à un plus grand nombre d’écoles. Le problème ? Cela l’oblige à rationaliser ses services pour des groupes de moins de 20 élèves bénéficiaires, surtout en région, qui seront privés du service « clé en main », incluant le transport des denrées prises dans l’entrepôt de Boucherville et la distribution par un responsable local d’octobre à juin.

C’est le cas de l’école de Sainte-Lucie-de-Beauregard, petite bourgade sise en pleine campagne dans la MRC de Montmagny. En début d’année scolaire, la municipalité de Sainte-Lucie a appris que le Club des petits déjeuners allait cesser de livrer les repas du matin à l’école (pour 11 élèves inscrits) pour plutôt rapatrier les services à l’école Chanoine-Ferland, de Saint-Fabien-de-Panet. Même chose pour les déjeuners d’une autre école du secteur, à Saint-Just-de-Bretenières (13 élèves inscrits) qui sont désormais transférés à ce même point de ravitaillement. De trois clubs, qui coûtent en moyenne 20 000 $ à faire fonctionner, on passe ainsi à un seul.


« Ils disent qu’ils essaient de nous aider, mais il faut faire 1001 travaux de plus », explique Bianca Deschênes, directrice générale de la municipalité de Sainte-Lucie. Pour l’heure, c’est elle qui va personnellement chercher une fois par mois les déjeuners à l’école Chanoine-Ferland, un aller-retour de 30 kilomètres. La personne responsable de la distribution chaque matin est payée grâce à des dons de la Caisse populaire, qui a bien voulu dépanner pour cette année.


« On aurait au moins aimé le savoir avant, en janvier. Là, on a dû se virer sur un 25 cents », déplore Mme Deschênes, en dénonçant que des économies soient faites sur le dos des écoles en région. « Les autres écoles qu’ils veulent atteindre, elles sont plus près des marchés. »


Mme Deschênes craint que le Club des petits déjeuners ne finisse par déléguer complètement aux groupes communautaires locaux le maintien du service. « Ce que le Club veut, à terme, c’est qu’on fasse nous-mêmes les épiceries avec l’argent qu’il nous donnerait. Progressivement, ils veulent qu’on prenne tout en charge », a-t-elle soutenu, en précisant que la commission scolaire et l’école du village refusent cette responsabilité supplémentaire.


Inquiet, le Conseil municipal signe une lettre ouverte dans laquelle il demande notamment au directeur du Club, Daniel Germain, de « revoir sa nouvelle politique et de continuer à offrir le service comme avant ». « Ici, chaque enfant est essentiel pour maintenir l’école, chaque projet est important pour le développement de la municipalité. […] Nous sommes donc outrés que le Club pousse du revers de la main un milieu qui travaille si fort à sa revitalisation et à la rétention de ses services », lit-on.


Maintenir les services


Pour le Club des petits déjeuners, cette restructuration, qui prend la forme d’un projet pilote dans 7 des 23 écoles qui ont moins de 20 élèves bénéficiaires, ne vise pas que les régions. Et tout n’est pas qu’une question d’économie. « On a encore plus de 1000 écoles qui ont un indice de défavorisation de 8,9 ou 10. On avait à prendre une décision. Est-ce qu’on maintient les services en place et si oui, comment ? On a des coûts de fonctionnement importants de 10 millions par année », a expliqué Marie-Josée Lapratte, directrice régionale pour le Québec du Club des petits déjeuners. « On veut offrir différentes formules et s’adapter au milieu. »


Mme Lapratte ne nie pas que l’objectif est de favoriser progressivement l’autogestion, ce qui permettrait, sans pouvoir les chiffrer précisément, « plusieurs milliers de dollars » d’économies. Elle s’étonne de la réaction du village de Sainte-Lucie, où la collaboration est excellente et le service, hormis la livraison à l’école, est assuré. « Notre désir est de continuer à les soutenir », indique-t-elle.

2 commentaires
  • Line Gingras - Abonnée 27 novembre 2012 23 h 56

    Je ne comprends pas

    Le Club des petits déjeuners..., c'est bien un organisme de bienfaisance? Dans ce cas, comment des bénéficiaires peuvent-ils se dire «outrés» qu'il restructure ses services?

    On donnerait de l'argent aux groupes communautaires locaux pour qu'ils fassent eux-mêmes l'épicerie pour leurs enfants, et ce serait trop leur demander?

    Quelque chose doit m'échapper.

    • Noémie Régnier - Inscrite 29 novembre 2012 14 h 40

      Effectivement, il est possible que quelque chose vous échappe. Voyez-vous, Ste-Lucie de Beauregard est un petit village de 310-320 personnes. Ce n'est pas nécessairement une dynamique connue par la majorité des québécois. Moi-même avant de déménager ici, c'était une réalité que je connaissait absolument pas.

      Ma chère Dame, il n'y a pour l'instant pas de groupe communautaire qui pourrait s'occuper des Petits Déjeuners. Il n'y a pas à Ste-Lucie, de Fermières, de Chevaliers de Colomb, de Club Optimiste, et en ce moment, le comité des loisirs est arrêté faute de bénévoles.

      Il y a par contre des pompiers bénévoles, des premiers répondants bénévoles, une équipe de bibliothécaires bénévoles, le comité de soutien de la garderie, du terrain de jeu, de la fête de Noël, des parents qui s'occupe du hockey, du soccer, etc.

      En fait chez nous, tous les services, ou presque, sont bénévoles. Il y a un employé à temps plein au village et c'est la directrice générale de la municipalité. Et les gens sont essouflés.

      Le point qui nous dérange, ce n'est pas le changement, ce n'est pas de viser l'autonomie locale. C'est plutôt que le service "clé en main" se poursuit dans des secteurs qui ont des ressources en place et qui sont moins isolés. Nous croyons que c'est dans des petites municipalités comme Ste-Lucie ou ailleurs au Qc que l'apport du Club au soutien de la communauté est important.

      C'est aussi, mentionnons-le, le fait de nous avoir averti le 18 septembre du changement, alors que le club débutait en octobre.

      C'est aussi le fait qu'il faut constamment se battre pour conserver nos acquis, nos services en place.

      La décision du Club de laisser tomber les plus petites écoles, en majorité rurales et dévitalisées, est selon nous une mauvaise décision. Sans doute que quelque chose a dû leur échapper.