«Un traumatisme collectif»

Intervention policière lors d’une manifestation en mai dernier
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Intervention policière lors d’une manifestation en mai dernier

La salle était bondée et l’ambiance, fébrile, lors de la conférence de presse donnée mardi par un regroupement d’une cinquantaine d’organisations réclamant au gouvernement Marois la tenue d’une commission d’enquête publique sur les opérations policières effectuées lors du conflit étudiant. Le regroupement comprend, sans surprise, la FECQ, la FEUQ et l’ASSE, mais également une pléthore d’organisations diverses, de la FTQ au collectif Têtes blanches, carré rouge. Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés, a souligné l’importance de la tenue d’une enquête publique indépendante, afin de marquer « la fin de l’impunité policière ».

Ce n’est pas la première fois qu’on demande au gouvernement québécois de tenir une enquête publique à ce sujet. Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, a rappelé que plusieurs appels en ce sens avaient été lancés au gouvernement Charest lors du printemps érable, en vain, sans compter les demandes répétées au gouvernement Marois depuis son élection. Le même souhait avait d’ailleurs été formulé par le Parti québécois après les émeutes de Victoriaville. Le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, alors député d’opposition, avait dit souhaiter qu’un groupe de « sages » enquête sur le travail des policiers.


Une commission d’enquête publique aurait pour objectif de faire la lumière sur les pratiques adoptées par les forces policières, qu’il s’agisse des fouilles abusives, des blessures infligées ou du profilage politique, et par les instances politiques, par exemple dans leurs stratégies médiatiques. Elle aurait même des ramifications jusque dans les décisions administratives des universités concernant la sécurité, souvent controversées. Mais elle aurait aussi des retombées plus réparatrices, estime Mme Filion. « Une enquête publique permettrait aux victimes de la répression policière de connaître un début de reconnaissance, en faisant entendre leur témoignage. » Ultimement, l’enquête devrait mener à la mise en place d’une instance indépendante et civile de surveillance des opérations policières.


Confiance brisée


Éliane Laberge, présidente de la FECQ, estime que le conflit a entraîné un « traumatisme collectif » qu’il faut impérativement apaiser. « Il n’est pas normal que les jeunes se sentent visés chaque fois qu’une voiture de police passe près d’eux. Le lien de confiance est brisé, il faut le recréer. » Du côté de la FEUQ, Martine Desjardins, quant à elle, a tenu à ajouter que la brutalité policière n’a rien de nouveau - on n’a qu’à penser aux événements du G20 à Toronto en 2010 - et qu’il y aura d’autres manifestations dans l’avenir, qu’elles soient étudiantes ou citoyennes. « Profitons du climat favorable actuel pour rassurer, expliquer et éviter que cela se reproduise. »


Jointe à Québec, la députée de Québec solidaire Françoise David a dit considérer l’enquête « absolument indispensable, parce qu’il faut faire mieux la prochaine fois ». Elle souhaite que cette commission fasse la lumière sur les événements malheureux du printemps et aborde des problèmes de fond concernant les forces policières : « Y a-t-il des lacunes dans la formation des policiers ? Quels étaient les mots d’ordre reçus ? Comment expliquer cette culture du mépris et de l’intolérance chez certains policiers ?»


Les instigateurs de la demande se disent sûrs d’obtenir une réponse favorable de Pauline Marois, qui a elle-même porté le carré rouge au plus fort de la crise. Martine Desjardins s’est déclarée prête à répéter et marteler son message si nécessaire, tout en ajoutant, un petit sourire aux lèvres, que « lorsqu’on parle fort, on finit par se faire entendre ». Les représentants des 51 organisations n’ont d’ailleurs pas tardé à mettre cette idée en pratique : réunis pour une photo de groupe, ils ont spontanément entonné : « On est plus que cinquante, on est plus que cinquante »…

1 commentaire
  • Franklin Bernard - Inscrit 14 novembre 2012 19 h 19

    Il faut non selement une enquête indépendante...

    ...mais il faut aussi garder en mémoire les noms des instigateurs directs ou indirects de cette brutalité policière. Charest, bien sûr, mais aussi les Bachand (réélu), St-Pierre (réélue), Dutil (réélu), Tremblay, et tutti quanti. Sans oublier leurs appuis à la Gilbert Rozon, gros donateur au PLQ, qui avait si peur que ses festivals soient dérangés, ou encore le Monégasque Jacques Villeneuve, qui aurait dû tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de proférer ses âneries contre les étudiants.

    Nous qui avons la mémoire si courte, malgré notre devise, saurons-nous enfin vraiment nous souvenir en temps et lieu?