Recteurs et Professeurs - «Qu’est-ce qu’on veut comme université?»


	La taille toujours grandissante des groupes-cours est un des signes du sous-financement des universités, selon la FQPPU.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir
La taille toujours grandissante des groupes-cours est un des signes du sous-financement des universités, selon la FQPPU.
La question du sous-financement ne doit pas monopoliser le Sommet sur l’enseignement supérieur, ni être l’objet principal des discussions, prévient-on tant du côté de la Fédération québécoise des professeures et des professeurs d’université (FQPPU) que de la Conférence des recteurs et de principaux des universités du Québec (CREPUQ). Par contre, leur position n’est pas la même en ce qui concerne l’ordre dans lequel ce sujet doit être abordé.
 
« Il ne faudra pas que le sommet devienne une guerre de chiffres, parce que personne n’en sortira gagnant, prévient Luce Samoisette, présidente du conseil de la CREPUQ et rectrice de l’Université de Sherbrooke. Il faut que ce soit réglé avant d’établir quels sont les besoins, pour qu’on puisse discuter des vraies questions sur les universités. »
 
Si le débat sur la hausse des droits de scolarité est clos, aux yeux de la CREPUQ, la question du financement demeure essentielle pour que l’enseignement offert et le cadre de la recherche soient de « calibre mondial », explique Mme Samoisette. Mais elle déplore que les débats sur la mauvaise gestion aient occulté la contribution que doit apporter l’université dans la société.
 
Sur le financement

Alain Webster, vice-recteur aux relations gouvernementales de l’Université de Sherbrooke, croit même qu’il faut peut-être cesser d’utiliser l’expression « sous-financement », un peu trop galvaudée à son goût. N’empêche, il dit que, « pour pouvoir être à la fine pointe en recherche, pour pouvoir faire plus d’encadrement au cycle supérieur, ce n’est pas compliqué, il faut plus de professeurs. Si on n’a pas de moyens financiers, on ne pourra pas contribuer au développement de l’ensemble de la société. »
 
Du côté de la FQPPU, on reconnaît qu’il y a un sous-financement en s’appuyant sur la taille des groupes-cours, qui n’a cessé d’augmenter. Mais Max Roy, président de la FQPPU, considère « qu’il ne faut pas partir de cette question. Elle est importante, mais elle doit découler de la première question, qui est : qu’est-ce qu’on veut comme université ? »
 
Sur l’université

La FQPPU revendique des états généraux depuis 2008. « Il est temps de revoir ce qu’est l’enseignement universitaire, la fonction sociale, intellectuelle, scientifique, culturelle des établissements universitaires, et faire les choix politiques qui s’imposent.»
 
M. Roy juge que les comparaisons avec les autres pays ou provinces sont généralement « boiteuses », car elles ne tiennent pas compte de nos spécificités, comme un réseau collégial unique en appui. Selon lui, le sommet devra être l’endroit pour analyser « les pressions qui viennent dans le contexte de la mondialisation », comme cette concurrence entre les universités et les idées promues par l’OCDE jugeant « le savoir comme une marchandise comme une autre », justifiant ainsi un « marché des diplômes ».
 
« On doit définir d’abord ce qu’on veut comme université, admet Mme Samoisette, mais on ne peut pas faire ça en vase clos. On fait partie du monde. Nos étudiants aussi regardent le monde et, au cycle supérieur, c’est facile pour eux d’aller étudier ailleurs », ajoute-elle.
 
Sur les campus

Pour M. Roy, il est nécessaire d’avoir une nouvelle vue d’ensemble, par exemple, dans un dossier comme celui des campus satellites. « Ce n’est peut-être pas injustifié », accorde Max Roy, qui remarque que le nombre d’étudiants a augmenté au cours des dernières années. D’ailleurs, selon lui, « l’une des raisons d’être importantes des états généraux, c’est de faire le point sur les effectifs professoraux ». Mais il considère comme nécessaire de démontrer s’il était pertinent ou non d’augmenter l’offre de services et de cours partout dans le réseau. « On n’a qu’une vision locale, dans chacune des universités, et on peut arriver à des conclusions positives. Mais on n’a pas une vision d’ensemble, qu’il nous faut absolument, sinon on perd le contrôle. »
 
De plus, il déplore que les professeurs n’aient pas eu leur mot à dire dans ces délocalisations ou dans l’érection de nouveaux campus. « Dans la mesure où ça sert à des besoins pédagogiques et scientifiques, on n’est pas en désaccord. Mais si on ne peut se prononcer là-dessus, que c’est fait pour augmenter la population étudiante, les inscriptions, ce qu’on appelle malheureusement la clientèle inscrite, on ne peut pas nécessairement l’entériner ipso facto. »
 
Lors du sommet, « il est absolument indispensable qu’on traite de la transparence des décisions qui sont prises à l’université pour son développement et pour ses orientations », insiste M. Roy.
 
Défaire les idées reçues

« Pour situer ce qu’on veut faire de nos universités, il faut faire ça avec nos professeurs », reconnaît Mme Samoisette, précisant que cette démarche exige « beaucoup de communications. Et ça, il faut le faire plus dans nos universités. » Au sujet des campus satellites, Mme Samoisette semble ouverte à la discussion, mais elle tient auparavant à déconstruire des faussetés colportées à ce sujet, indique-t-elle. Elle souhaite que le sommet soit l’occasion de remettre les pendules à l’heure. « Il faudrait que les gens comprennent comment ç’a été fait et pourquoi ç’a été fait depuis plusieurs années. Après ça, tout peut être mis sur la table des discussions », déclare-t-elle.
 
La CREPUQ et la FQPPU s’entendent sur l’importance de défendre, lors du sommet, la valeur de la recherche, parfois malmenée dans les débats des derniers mois. « Ce qu’on veut, c’est qu’il y ait un nouveau pacte à cet égard pour que les professeurs puissent faire de la recherche, mais aussi enseigner, clame M. Roy. Les étudiants ont raison de souligner qu’il y a malheureusement une dévalorisation de l’enseignement universitaire, mais ils n’ont pas nécessairement raison en accusant les chercheurs de ne pas vouloir enseigner ou de se détourner de cette tâche. »
 
À la CREPUQ, on veut aussi profiter du sommet pour déboulonner cette perception que « l’université est gérée par le secteur privé ». Mme Samoisette déplore que cette image « reste dans l’imaginaire des gens. Ce n’est pas parce que le secteur privé a donné à une fondation qu’il gère l’université », dit-elle.
 
Mais, au-delà des mythes à déconstruire et de l’exercice d’information, Max Roy espère surtout que les recommandations vont être liées au gouvernement et que le sommet n’aboutira pas qu’à une suite de constats. « On ne veut pas un rapport tabletté. Il y a toujours ce risque-là avec ces grandes rencontres », dit-il.

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