Selon le scientifique en chef - «C’est important d’avoir de la recherche qui ne soit pas dirigée»

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion
Photo: Fonds de recherche du Québec Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les trois fonds de recherche subventionnaires du Québec ont été fédérés l’an dernier sous le nom du Fonds de recherche du Québec. Pourquoi ? Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a répondu à cette question et à bien d’autres entourant les enjeux et les défis de la recherche québécoise.

Ainsi, le Fonds de recherche du Québec -Nature et technologies, le Fonds de recherche du Québec -Santé et le Fonds de recherche du Québec -Société et culture sont les trois fonds qui ont été rassemblés sous l’égide du Fonds de recherche du Québec, sanctionné le 1er juillet 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest. L’idée de fédérer ces fonds n’est pas sans motifs, fait valoir le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion.


«Il faut d’abord préciser que les trois fonds maintiennent leur mission respective dans leur appui à la recherche, à la formation des chercheurs, etc. Maintenant, l’un des objectifs derrière la décision de fédérer un peu tout ça est de nous rendre le plus concurrentiel possible à l’échelle nationale, afin que nos chercheurs puissent aller chercher le maximum de subventions issues des fonds de recherche fédéraux, soit l’Institut de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et le Conseil de recherche en sciences humaines. »


Dans les faits, rappelle M. Quirion, « depuis quelques années, on stagne [sur le plan des subventions]. Et, dans certains cas, je vous dirais qu’on a connu une baisse en pourcentage quant aux subventions qu’on reçoit du gouvernement fédéral. » Par ailleurs, le fait de nommer un scientifique en chef du Québec est l’autre objectif qui a motivé la fédération des trois fonds de recherche de la province. Selon M. Quirion, son titre « vient donner une visibilité internationale » au secteur de la recherche québécoise. Il ajoute qu’Israël a été l’un des premiers pays à créer un tel poste, puis d’autres pays ont fait de même, comme la Grande-Bretagne et l’Australie.


Une approche intersectorielle


Enfin, favoriser une approche dite intersectorielle est le troisième mobile derrière la fédération des fonds de recherche. Qu’en est-il ? « L’idée ici est de stimuler les collaborations entre experts qui proviennent de milieux assez différents, afin de mieux comprendre les défis de la société moderne », note Rémi Quirion. Le vieillissement de la population, par exemple, est un enjeu important de notre société. Il y a des problèmes qui lui sont liés, comme les maladies chroniques (le diabète, l’hypertension et certaines formes de cancer). Ainsi, dans le cadre de projets intersectoriels, on est en train de développer une thématique dénommée « Vieillir en santé », qui vise notamment à ce que les gens demeurent chez eux en ayant la possibilité d’utiliser la domotique, soit l’ensemble des techniques et des études tendant à intégrer à l’habitat tous les automatismes en matière de sécurité, de gestion de l’énergie, des communications, etc., selon Le Petit Larousse.


« Donc, poursuit le scientifique en chef, il s’agit de voir comment on peut utiliser cela pour améliorer la qualité de vie des gens qui sont à domicile. Et, pour cela, on cherche des ingénieurs, des physiciens et ainsi de suite. »

 

International


Le volet touchant l’aspect international de la recherche québécoise s’est glissé une seconde fois dans notre entretien avec Rémi Quirion. « La présence du Québec à l’échelle internationale est très importante pour le gouvernement. Donc, afin d’augmenter notre visibilité à l’étranger, nous encourageons des partenariats avec d’autres pays. Nous avons d’ailleurs établi deux initiatives en ce sens, notamment avec la France. Nous travaillons sur des projets de recherche favorisant la collaboration d’équipes québécoises avec des équipes françaises du Centre national de recherche scientifique, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale ou encore de l’Agence nationale de recherche. Ces collaborations se font dans le domaine du vieillissement et sur la maladie d’Alzheimer. Et ces partenariats nous permettent d’avoir une porte d’entrée avec la communauté européenne pour éventuellement faire partie des grands réseaux européens. »


Comment la recherche québécoise est-elle perçue sur l’échiquier mondial ? « En fait, tout dépend des domaines. Mais il y a certains de nos domaines qui sont connus pour leur longue tradition, je pense aux neurosciences ou à la cardiologie. Nous sommes aussi réputés dans les secteurs des arts visuels et de la création. Les étudiants québécois qui sont à la maîtrise ou au doctorat sont considérés comme très bien formés. Ce qui fait qu’ils sont très bien reçus au postdoctorat en France ou ailleurs », juge M. Quirion.

 

Indépendance préservée


Une dernière chose : si le financement demeure un enjeu « critique » pour la recherche en général, rappelle avec raison Rémi Quirion, l’indépendance de la recherche doit continuer d’être préservée. « Il est certain que la liberté de recherche est importante. C’est important d’avoir de la recherche qui ne soit pas dirigée, ce que les trois fonds [de recherche] appuient en grande majorité : de 75 % à 80 % des subventions vont vers des recherches qui ne sont pas dirigées. Il faut certes poursuivre cette approche, mais en même temps nous vivons dans notre société. Il faut être près d’une certaine réalité de cette société. En cela, il nous faut essayer de combiner les deux », soit la recherche dirigée et la recherche qui ne l’est pas.


On notera que, pour l’année 2011-2012, les trois fonds de recherche du Québec ont pu compter sur un budget total de 203,8 millions de dollars, qui a ainsi financé plus de 1200 projets de recherche et accordé 3296 bourses d’études destinées à la relève, entre autres.



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