Polytechnique - «Des solutions à l’avant-garde de la technologie actuelle»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Ludvik Martinu, professeur titulaire au Département de génie physique de Polytechnique.
Photo: Source Polytechnique Ludvik Martinu, professeur titulaire au Département de génie physique de Polytechnique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Polytechnique Montréal abrite maintenant la deuxième chaire de recherche du Canada en importance, en matière de poids financier, et la plus imposante dans son domaine. Il s’agit de la Chaire industrielle multisectorielle en revêtements et en ingénierie des surfaces, dont le budget dépasse les cinq millions de dollars sur une période de cinq ans.

Professeur titulaire au Département de génie physique de Polytechnique, Ludvik Martinu est à la barre de ce regroupement élargi de chercheurs, qui reçoit un appui financier du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRNSG) et de sept partenaires industriels. Il en fait les présentations : « C’est une grande chaire, par rapport aux autres activités dans le domaine de la recherche au Canada. On bénéficie de programmes de partenariat entre l’université et l’industrie et, dans ce cas-là, il s’agit vraiment d’un projet unique, pour plusieurs raisons : premièrement, il a fallu plusieurs années de travail et beaucoup de collaboration avec l’industrie sur des travaux fondamentaux pour comprendre la science en ingénierie des matériaux à l’échelle des surfaces et sur le plan du traitement de leur revêtement. »


Il parle volontiers d’un mariage réussi : « On a été capable de bâtir une espèce de confiance entre les partenaires industriels et le milieu universitaire, ce qui est véritablement à l’origine de cette chaire-là ; ensemble, on a trouvé dans ce domaine des solutions à l’avant-garde de la technologie actuelle à long terme. » La chaire se classe bonne deuxième au Canada relativement à l’importance de son financement ; elle n’est supplantée que par un groupe de recherche sur les sables bitumineux : « Nous nous distinguons surtout par le fait que nous travaillons sur des technologies vertes ou propres qui sont non polluantes. »


Recherche et finalités


Le titulaire fournit des explications sur la nature des travaux conduits par la chaire : « Historiquement et depuis plusieurs décennies, on a bâti un laboratoire qui est capable de se pencher sur plusieurs sujets à la fois. En premier lieu, on se tourne vers le traitement des techniques de fabrication qui sont basées sur des procédés relatifs au plasma et aux décharges électriques, dans le but d’amorcer des réactions physiques et chimiques ; il est possible d’obtenir des revêtements à la surface ou de traiter celle-ci. » Le labo s’est activé dans ce sens-là : « On a aussi beaucoup collaboré avec l’industrie dans le but d’assurer le transfert technologique en fonction des réalités industrielles. »


Il aborde une autre activité qui a retenu l’attention : « Pour le deuxième volet de ces techniques-là, on a maîtrisé la façon de s’y prendre pour construire des revêtements ou pour traiter des surfaces atome par atome. De telle sorte qu’on en arrive à entrer en possession de microstructures qui vont nous donner des propriétés sur mesure ; celles-ci sont très importantes parce qu’elles établissent un lien entre la nanoscience et la nanotechnologie. Une telle approche est utilisée en vue d’une utilisation sur une grande échelle dans le domaine industriel. »


En bout de ligne, quelle est l’utilité des revêtements qui font l’objet de ces travaux ? Il fournit un certain nombre d’exemples, sans pour autant en dresser une liste complète : « Il y a une large gamme d’applications scientifiques et technologiques, comme l’exploration de l’espace, par exemple. Il y en a d’autres qui sont davantage tournées vers le quotidien, comme les revêtements optiques sur des lunettes et sur des composantes optiques des caméras, des systèmes de communication et des systèmes de projection utilisés dans les théâtres et les cinémas. D’un autre côté, on travaille avec des entreprises qui les utilisent sur le vitrage architectural ou sur celui des automobiles. »

 

Avec l’industrie


Il existe une corrélation entre la grande variété des applications en cause et le partenariat tissé avec un aussi grand nombre de collaborateurs industriels à l’intérieur de la chaire, comme le signale M. Martinu : « Ils sont au nombre de sept, et je dirais que la nature de la recherche invite à une collaboration multisectorielle ; on trouve des solutions dans différents secteurs en utilisant des techniques de fabrication ou des matériaux très similaires, de telle sorte qu’on peut en faire bénéficier plus de partenaires à la fois. On parle aussi de multidisciplinarité en raison de la présence de plusieurs personnes avec différentes formations qui participent aux divers projets : il y a des physiciens, des mécaniciens, des ingénieurs, des chimistes, etc. »


Dans certains cas, les industriels font partie des équipes de recherche depuis une dizaine d’années : « Durant tout ce temps, on a identifié les secteurs qui les intéressent ; sur le plan diplomatique, on s’est appliqué à obtenir une structure en fonction de laquelle on travaille avec des utilisateurs finaux qui ne sont pas en situation de concurrence ; il en résulte de très belles synergies, parce qu’ils peuvent se parler librement pour faire avancer la recherche beaucoup plus vite. »


Le laboratoire de Polytechnique évolue dans une discipline à la fine pointe des technologies. Le titulaire de la chaire en mesure les conséquences : « Au cours des récentes années, on a beaucoup parlé partout de la nanoscience et de la nanotechnologie ; le défi qui se pose dans ce domaine, c’est qu’il y a beaucoup de travaux et de connaissances accumulés dans les laboratoires de recherche universitaires ; beaucoup de ceux-ci poussent maintenant pour l’application de la nanotechnologie dans la vie réelle. En créant cette chaire avec des partenaires qui sont des utilisateurs, on a suscité un effet d’attraction à l’endroit de ceux-ci ; on a créé une réaction « push-pull », si on peut utiliser cette expression anglaise, de telle manière qu’on n’a pas tellement besoin de pousser, parce qu’il y a quelqu’un à nos côtés qui est attiré par ces technologies pour les faire avancer plus rapidement. »


À l’intérieur d’un secteur en pleine effervescence, une équipe composée de 20 à 25 personnes s’active. Ludvik Martinu relève la question du recrutement du personnel : « Le succès d’un labo comme celui-là est largement tributaire de la qualité des gens qui y travaillent ; bien sûr, on cherche les meilleurs éléments et, à travers les années, on a été en mesure de les trouver. Historiquement, on peut dire qu’il y a beaucoup de nos finissants qui, ayant obtenu leur diplôme de notre laboratoire, sont devenus soit des professeurs d’université, soit des leaders dans l’industrie. »



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