Métropolisation et société - Montréal est en panne

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le groupe MéSo travaille sur les représentations culturelles urbaines, les images que la population se fait de sa ville, de ses transports, etc., de manière à prévoir de futurs comportements.
Photo: Source Société de développement Angus Le groupe MéSo travaille sur les représentations culturelles urbaines, les images que la population se fait de sa ville, de ses transports, etc., de manière à prévoir de futurs comportements.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

«Mais il y a de l’espoir, estime Gilles Sénécal, professeur à l’INRS, au sein du Centre urbanisation culture société et du groupe MéSo. D’une part parce que, contrairement à ce qu’on trouve aux États-Unis, à Los Angeles par exemple, nous sommes en face d’une métropole concrète qui n’est pas sans fin, même si l’étalement urbain en est une caractéristique, et qui est construite autour de pôles définis. Ensuite parce que, du point de la vue de la société civile, qu’il s’agisse des groupes communautaires, des associations, des journalistes aussi, l’idée métropolitaine est débattue, elle fait son chemin. »

Au sein du groupe MéSo, la métropole est regardée sous toutes ses coutures. L’équipe est multidisciplinaire. Jean-Pierre Collin est historien de formation, Laurence Bherer et Julie-Anne Boudreau sont docteures en sciences politiques, Sandra Breux et Gilles Sénécal sont géographes, Pierre J. Hamel est économiste et sociologue et Claire Poitras est urbaniste et architecte. « La gouvernance est davantage une question de science politique, mais, si on se penche sur le partage des coûts, nous tombons sur une problématique économique de fiscalité locale, explique le professeur Sénécal. Moi, je m’intéresse plus aux formes, donc mon passé de géographe me guide. Toutes les dimensions sociologiques sont regardées. Claire Poitras s’intéresse à la défense du patrimoine, du cadre bâti, de son évolution. On essaie de partir de la réalité, comment se présente le malade, la métropole, plutôt que de partir de nos champs disciplinaires. Chaque discipline a ses lubies… Mais on revient toujours aux problèmes de notre métropole, une métropole à gouvernance faible, fragmentée, mais avec une forme polycentrique de plus en plus affirmée. »


Espace métropolitain


Quatre domaines de recherche principaux : la gouvernance, la morphologie métropolitaine, les représentations urbaines et la vie politique municipale. Les recherches posent notamment la question de l’espace métropolitain comme espace de la vie politique.


Comment a-t-il pu se mettre en place dans la région de Montréal, comparativement à d’autres métropoles en Amérique du Nord ? Comment a-t-on défini une conception métropolitaine du pouvoir fondée surtout sur des considérations d’aménagement, de partage des coûts et d’organisation de la mobilité et des infrastructures ?


Et c’est là que Jean-Pierre Collin en arrive à la conclusion que la métropole est en panne. « Les acteurs métropolitains, essentiellement le monde des maires, ont une conception assez locale de leurs champs d’intervention et ça donne un système politique très fragmenté, assure Gilles Sénécal. Ils ont une très grande difficulté notamment à s’entendre sur le partage des coûts, le plus criant étant au niveau du transport en commun. C’est le noeud de toute la problématique métropolitaine. Qui paie et pour quoi ? »

 

Difficile aménagement


Impossible alors de ne pas évoquer le Plan métropolitain d’aménagement et de développement, le fameux PMAD sur lequel la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a planché ces dernières années, plan qui doit permettre l’organisation du grand Montréal pour les décennies à venir.


« Les grandes manoeuvres de métropolisation ont toujours été assez limitées, estime le géographe de formation. La CMM a peu de pouvoir d’imposition, mais le PMAD tient cependant sa pertinence du fait que le gouvernement québécois, qui est le maître d’oeuvre du monde municipal, a imposé cette démarche de métropolisation par une loi. Il n’est donc pas complètement inopérant, notamment parce qu’il introduit des règles d’urbanisme, qui devront être prises en compte par les municipalités : densification autour des noeuds de transport en commun, les TOD, renforcement de la zone agricole, etc. En revanche, il y a beaucoup de choses qui vont être négociées au niveau local. Le PMAD, ce n’est pas un bon grand plan qu’il suffira d’appliquer. »


Attachement localisé


Et c’est là qu’on en arrive à la spécialité de Gilles Sénécal au sein de ce groupe pluridisciplinaire, soit la morphologie de la métropole, ou comment s’organisent les différentes fonctions de la métropole, comment se déplacent les personnes, etc. « Nos conclusions vont dans deux directions, qui ne sont d’ailleurs pas opposées, note-t-il. Nos études montrent que l’ancrage de la population dans sa banlieue est très fort et très ancien. Quand on demande aux gens de la couronne nord où ils vivent, ils répondent « au centre de Laval » ou « à Boisbriand », pas « à Montréal ». Souvent, leurs parents habitent non loin de là et leurs enfants également. Il y a un attachement local certain. Ces centres secondaires remplissent d’ailleurs une véritable fonction culturelle. Il y a plus de places de cinéma dans la couronne nord que dans le centre de Montréal, les chanteurs et les humoristes populaires se produisent dans ces banlieues, il n’est pas obligatoire de se rendre au théâtre Saint-Denis pour les voir sur scène. Ces noyaux n’ont pas toutes les qualités, loin de là. Les paysages y sont assez pauvres sur le plan esthétique. Il s’agit souvent de centres commerciaux sur plusieurs dizaines de kilomètres, il y a une dépendance forte à l’égard de l’automobile. Il reste que ça demeure de véritables pôles d’attraction. »


Dans le prolongement de cette thématique, le groupe MéSo travaille également sur les représentations culturelles urbaines, les images que la population se fait de sa ville, de ses transports, etc., de manière à prévoir de futurs comportements. Un point sur lequel les acteurs politiques de la métropole feraient bien de s’épancher pour prévoir l’évolution de la structure urbaine à long terme. « Nous sommes en contact avec les gens de la CMM, note Gilles Sénécal. Il est toujours difficile d’évaluer l’impact que nous avons, mais, chose certaine, nous ne sommes pas coupés du milieu. »


MéSo, pour métropolisation et société. Sept chercheurs de renom, tous professeurs à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) ou à l’Université de Montréal, scrutent la métropole québécoise pour en faire ressortir les atouts et trouver des moyens de la faire redémarrer. Parce le constat est sans équivoque : Montréal est en panne.


Collaboratrice