Oui à la lutte, mais non aux moyens

Les étudiants des provinces canadiennes doivent en prêts plus de 15 milliards au fédéral.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Les étudiants des provinces canadiennes doivent en prêts plus de 15 milliards au fédéral.

« Dans le cas de l’éducation postsecondaire, on peut le dire même si c’est un cliché, il y a vraiment deux situations, deux solitudes », a dit Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. « On ne s’entend pas sur les façons d’y parvenir parce que, dans certains cas, ce qu’ils proposent nous nuirait », a-t-elle ajouté en faisant référence au fait que le Québec est la seule province à avoir évacué le gouvernement fédéral des prises de décisions en matière d’éducation.

Depuis lundi et pour toute la semaine, la FCEE effectue, comme chaque année, une série de rencontres avec des sénateurs fédéraux et des députés de tous les partis pour les éclairer sur ses revendications. En tête de ses huit priorités, la mise en place d’une loi canadienne sur l’éducation postsecondaire, conjointement avec les provinces, inspirée de la loi canadienne sur la santé. Le but ? Combler l’insuffisance de financement depuis 1992 et effectuer tous les travaux d’entretien différés dans les collèges et universités du Canada.

« Le gouvernement fédéral donne des milliards aux provinces pour opérer l’éducation postsecondaire, mais il n’y a aucune garantie que les gouvernements utilisent cet argent pour l’éducation », a dit Adam Awad, président de la FCEE, en entrevue au Devoir. Il cite en exemple le cas de la Colombie-Britannique qui, en 2008, a reçu 100 millions supplémentaires du fédéral pour l’éducation postsecondaire. « Lors de son budget, la Colombie-Britannique n’a non seulement pas utilisé cet argent en éducation, mais elle a même coupé de 50 millions le financement de ses collèges et universités », a expliqué M. Awad.

Pour Martine Desjardins, l’idée de lier les transferts fédéraux à des programmes, comme à la réfection des bâtiments, serait « catastrophique ». « À la FEUQ, on est totalement contre ! », a-t-elle déclaré. « Ça n’aiderait pas les étudiants là où ils ont des besoins. La FCEE ne va pas aller réclamer des transferts pour les prêts et bourses parce que le fédéral [s’immisce] déjà dans toutes les provinces canadiennes, sauf le Québec. »

Sans avoir de position officielle, la FCEE encourage les gouvernements des provinces à « se souvenir » que le gouvernement fédéral leur doit des fonds dans le cadre du Transfert canadien en matière de programmes sociaux (TCPS). Et là, oui, la FEUQ est absolument d’accord. Elle dénonce d’ailleurs depuis deux ans le fait que Québec ait cessé d’exiger le retour des 820 millions que le gouvernement fédéral lui doit en TCPS depuis 1994. « Depuis 2011 que cette revendication est enlevée du budget provincial. Ce n’est même plus dans le calcul du gouvernement », a rappelé Martine Desjardins. Dans un passé pas si lointain, étudiants, recteurs d’université et gouvernement étaient pourtant main dans la main pour exiger d’Ottawa qu’il leur paie son dû.

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Plus de 20 milliards en prêts

Les étudiants des provinces canadiennes doivent maintenant en prêts plus de 15 milliards au gouvernement fédéral, selon la Fédération canadienne des étudiant-e-s. En ajoutant à cela les 5 à 8 milliards que doivent les étudiants à leurs gouvernements provinciaux respectifs et aux institutions financières, la dette étudiante s’élève à plus de 20 milliards, soit 1 % du PIB. Est-ce beaucoup ? Certes moins qu’aux États-Unis où la dette étudiante vient de franchir la barre des 1000 milliards, soit 6,6 % du PIB.

7 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 23 octobre 2012 08 h 37

    Un gouvernement de trop

    Depuis plus de quarante ans, depuis le rapport Parent, que ces droits de scolarité causent problème. Et ces droits ne sont qu'un des aspects qui doivent être revus et corrigés. Il faut revoir en profondeur la vocation que l'on veut donner à nos universités; revoir leur système de gestion; en déterminer les formes de financement
    Le problème du sous-financement des universités ne doit pas faire abstraction du cadre fédéral. On oublie trop souvent qu’il provient essentiellement des coupes des transferts fédéraux à l’éducation depuis 1994-1995, transferts payés d’ailleurs par nos impôts. Mais après ces compressions, Ottawa a préféré utiliser notre argent pour s’ingérer dans le champ de l’éducation, sans tenir compte des responsabilités des provinces (Bourses du millénaire, Fondation canadienne pour l’innovation, chaires de recherche du Canada).

    • Alain Gilbert - Inscrit 23 octobre 2012 09 h 19

      Le gouvernement canadien a un rôle important à assumer au
      niveau de l'orientation et de l'avenir des universités canadiennes......

      Les investissements du gouvernement fédéral sont majeurs en matière d'éducation et à ce titre il a un droit de regard sur l'orientaton des universités et surtout, sur son financement.

      maintenant que le Québec a commise un gâchi écoeurant avec le finacement des universités, en laissant les étudiants se sauver (comme des voleurs) avec l'argent des contribuables, il ne faidrait pas passer le tort au niveau fédéral qui ne cherche qu'à lui venir en aide....

      Ce que je percois dans vos propos: ...Vive le québec.... petit... sans plus.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 octobre 2012 10 h 38

      Tout à fait d'accord, monsieur Ricard. Mais n'oublions pas que le choix de frais de scolarité inexistants (au cégep) et bas (à l'université) fait en sorte que les Québécois ne bénéficient pas d'autant de crédits d'impôt qu'ils le devraient. On paie en fait plus que notre part des dépenses fédérales en éducation.

  • Carole Dionne - Inscrite 23 octobre 2012 10 h 33

    On est distinct

    Tout le monde sur la terre a tort et nous qui avons raison. Eh bien. Ah oui, il y a en qui vont m'écrire que si Jean Charest n'avait pas... SVP. Arrêtons de revenir en arrière. Sinon, on va se ramasser au début de la confédération.

    Il n'y a qu'une solution: des coûts variés en fonction de l'option d'études choisi. Plus cher pour les dentistes, médecins, etc et moins cher poue géographe, philosophe, etc.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 23 octobre 2012 23 h 05

      Si tu a de l'argent, tu va pouvoir faire beaucoup d'argent; sinon...

  • Maxime Marcoux-Moisan - Inscrit 23 octobre 2012 11 h 37

    $$$$ n'égale pas qualité!

    @Phélipeau Antoine

    "maintenant que le Québec a commise (sic) un gâchi écoeurant avec le finacement des universités, en laissant les étudiants se sauver (comme des voleurs) avec l'argent des contribuables [...]"

    Attention M. Phélipeau, personne n'a volé qui que ce soit. Ce n'est pas parce que la hausse des frais de scolarité n'a pas passé qu'il y a eu vole.

    Les contribuables qui paient les études universitaires des étudiants sont souvent des diplômés universitaires, ils remboursent donc leurs études universitaires de cette façon.

    N'oubliez pas qu'1$ inversit par le gouvernement dans les études universitaires en rapport plus de 5$ à ce même gouvernement, donc aux contribuables.

    Et, d'aucune façon, le montant de la facture est lié à la qualité de la formation... Ceci est un autre débat.

    Tentez d'approfondir vos connaissances sur le sujet et voir au delà du discours démagogique du (feu) gouvernement Charest.

    • Alain Gilbert - Inscrit 23 octobre 2012 20 h 26

      Bonjour Maxime,

      j'apprécie ton rappel à l'ordre concernant les adultes qui remboursent leurs propres études par le biais des impôts qui servent à financer les universités. Un point de vue social intéréssant, dans la mesure où ces diplômés ont effectivement bénéficiés du système providence et que la part en question reste équivalente à ce qu'ils en ont retirés... Un constat qui demeure donc impossible à valider, dès lors une argumentation qui n'est pas valide, faute d'une documentation plus complète.

      Pour ce qui est du $1 qui en vaut $5.... il faudrait quand même donner la source d'une telle information.... qui me semble encore une fois tirer du spectaculaire que du concret...

      M. Charest mis à part, la réalité reste que le gouvernement est dans le trou de près d'un milliard et demi ... et que nous continuons de donner des cadeaux... aux étudiants comme à d'autres.... Il faut se rendre à l'évidence et arrêter.