L’iPad à l’école, planche de salut ou outil de marketing?

L'intégration de la tablette numérique à l'école ne fait pas l'unanimité chez les parents.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L'intégration de la tablette numérique à l'école ne fait pas l'unanimité chez les parents.

Près de deux mois après son implantation dans certaines écoles du Québec, les avis sont partagés. Virage porteur ou opération marketing?

Jessika Valence, la directrice pédagogique du Pensionnat Saint-Nom-de-Marie, qui se lancera dans l’aventure iPad l’automne prochain, résume bien cette ambivalence. « Aux portes ouvertes, il y a des parents qui nous ont dit “ c’est super, pourquoi vous ne l’affichez pas en grande pompe? ” et d’autres qui nous disaient “ Ah non ! Pas un autre qui va s’y mettre ! ” »


Car malgré le sérieux de l’objet, certains parents saisissent mal la plus-value de la tablette numérique et la considèrent plutôt comme cosmétique. « On nous a expliqué l’intention pédagogique derrière ce virage technologique. Honnêtement, je suis sortie de la rencontre sans avoir une idée claire de l’avantage », a dit la mère d’un enfant de première secondaire fréquentant le Collège de Montréal. Avec au moins quatre autres collèges privés, cette école a fait le grand saut. « C’est sûr que les autres écoles vont vouloir s’y mettre parce qu’elles sont en concurrence féroce », a-t-elle ajouté.


Le faire parce que tout le monde le fait, voilà l’erreur à ne pas répéter, soutient Clément Laberge, vice-président chez De Marque, impliqué depuis plusieurs années dans le cyberespace éducatif québécois. « La grande question est comment se sortir du pur marketing pour plutôt identifier ce qu’il faudra répéter et les erreurs qu’il ne faudra pas refaire », a-t-il souligné. Il rappelle que l’un des derniers grands plans gouvernementaux des technologies de l’information et des communications (TIC) dans les écoles, qui remontent à quand l’actuelle première ministre, Pauline Marois, était ministre de l’Éducation au milieu des années 1990, était tombé dans ce piège. « Ce qui avait provoqué ça était l’obsession du retard accumulé dans les statistiques. Ça ne nous a pas aidés à réussir », a-t-il insisté.


À la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP), on ne nie pas que la compétition fait son effet. Mais c’est beaucoup plus qu’une question marketing, avance Geneviève Beauvais, directrice des communications à la FEEP. « On a fait un sondage auprès de 44 000 élèves et on a remarqué que la façon de se motiver pour un enfant change. L’école n’est plus le seul lieu de la connaissance, et pour s’adapter à cette nouvelle génération d’élèves qui voient les adultes travailler avec ces outils-là, il faut les avoir », explique-t-elle. Pour Jessika Valence, les TIC ne sont pas une option. «L’option, c’est le choix de la machine», a-t-elle dit.

 

Mieux que le livre ?


Pour l’instant, si plusieurs enseignants s’efforcent de développer des applications et des exercices adaptés à la tablette, force est d’admettre que l’outil n’est pas exploité à son plein potentiel. Dans bien des cas, on numérise des cahiers d’exercices en format PDF sans réellement gagner en temps et en qualité d’apprentissage. « Quand on fait un exercice, c’est pas simplement de remplir une case. Il faut aller la chercher, la placer sur la page et taper le mot dans la boîte à cet effet. C’est plus long que d’écrire sur une feuille », a fait valoir le parent d’un enfant fréquentant un collège privé qui a adopté la tablette.


Clément Laberge reconnaît qu’il faudra quelques années avant de faire passer la tablette de simple « gadget » à outil pédagogique indispensable. Mais l’iPad, pour autant qu’il fasse réellement tomber les murs de l’école, favorisera la réussite. « Nos programmes scolaires étaient jusqu’ici conçus en fonction de ce qu’il était facile d’enseigner avec des manuels en papier. C’est pas par hasard si en mathématiques, on insiste beaucoup plus sur la géométrie à deux dimensions. Enseigner la 3D, c’est bien trop compliqué avec un manuel. Imaginez ce que permettra de faire l’iPad », a-t-il lancé.


Certains parents craignent les effets pervers d’avoir le nez collé à l’écran. « À l’école, ils n’ont pas le droit d’aller sur Facebook, mais ils trouvent les moyens de le faire. On a beau vouloir les responsabiliser, c’est comme une drogue. Sur l’heure du dîner, vous devriez voir tous les garçons assis par terre près des casiers, tous sur leur iPad. Ils ne sont pas en train de faire du sport », raconte une maman dont la fillette fréquente le Collège de Montréal.


Anik de St-Hilaire ne s’inquiète pas pour la socialisation de sa fille, qui fréquente le même collège. « C’est vrai que les enfants passent beaucoup de temps là-dessus, mais dans la société, on passe aussi tous beaucoup de temps devant nos ordinateurs. Mais ça n’empêche pas ma fille d’aller jouer dehors ou de vouloir lire des livres ou des magazines, constate-t-elle. Comme parent, on a aussi un rôle à jouer pour les aider à trouver un équilibre. C’est comme pour la télévision. » Pour elle, l’outil permet un réseautage bien plus profitable et favorise l’organisation. « Ma fille n’a jamais été aussi organisée et motivée », ajoute-t-elle.


Pour Clément Laberge, la première crainte à avoir est à l’endroit du ministère de l’Éducation (MELS), qui ne s’intéresse pas suffisamment à la tablette. « Comment faire pour que les informations sur les échecs et les réussites circulent adéquatement ? C’est le rôle du MELS de récupérer cette information et de la mettre à la disposition des autres. Malheureusement, je ne pense pas qu’il se donne les moyens de le faire », a-t-il dit. Outre quelques classes dans le réseau public, la technologie est surtout l’apanage des écoles privées. « Il va falloir qu’on veille à ce que le public s’approprie ces outils-là pour ne pas favoriser que ceux des milieux privilégiés. L’équité, c’est un autre sujet sur lequel le ministère a accumulé du retard. »

16 commentaires
  • Nasser Boumenna - Abonné 18 octobre 2012 04 h 51

    sornettes

    Je n'ai pas les chiffres pour le prouver mais je suis convaincu qu'il n'y a rien de bon dans l'usage de ces bébelles dans notre système éducatif. Mes enfants adorent la technologie pour les rapports qu'ils établissent avec le monde qui les entoure mais il n'y a rien à gagner au niveau pédagogique que les livres et cahiers ne font pas déjà et mieux. À quand l'étude magistrale qui va pourfendre l'usage des TIC à l'école?

    • François Bélanger Boisclair - Inscrit 18 octobre 2012 13 h 43

      Prenez un balance et pensez un tablette comparativement au même contenue en livre... Vous comprendrez alors l'avantage indéniable du numérique sur le papier. Le numérique permet de minimiser grandement les problèmes futurs de dos de vos enfants!

  • Martin Chénier - Inscrit 18 octobre 2012 06 h 50

    Prisonnier d'une plateforme propriétaire

    Une aubaine pour la compagnie Apple qui voit là une occasion unique de rendre un système d'éducation et de futurs consommateurs, prisonniers de leur système d'opération fermé nécessitant toutes les iBébèles et les iAdapteurs.

    • André Cotte - Abonné 18 octobre 2012 10 h 58

      Je suis 100% d'accord avec ce commentaire. Le Hic, c'est le fournisseur unique.

  • Julien Gélinas - Abonné 18 octobre 2012 07 h 55

    Pertinent dans la forme actuelle?

    Si ce n'est que pour lire des PDF ou numériser des cahiers, ce n'est qu'un livre fragile et coûteux de plus. Obtenir la tablette n'est que la moitié de la solution, encore faut-il avoir le logiciel permettant de la mettre à profit. Des exercices interactifs faisant participer tous les élèves de la classe, ou bien une manière de centraliser tout au même endroit et plus sécuritairement les devoirs pour le professeur, ou une manière, comme le précise cet article, de montrer des animations et des vidéos pendant les cours, ce qui serait autant ludique qu'éducatif, par exemple, seraient des manières de les utiliser à bon essient.

    Il ne faudrait pas non plus tomber dans le même panneau qu'avec la suite Office de Microsoft pour les établissements gouvernementaux. Le iPad est certes une bonne tablette, mais coûte de deux à trois fois plus chère qu'une autre tablette non-Apple, et ce à performance souvent également. Pourquoi pas aussi évaluer d'utiliser des tablettes Android, BlackBerry, ou Kindle Fire? Cela couperait les dépenses de moitié sans pour autant tomber dans le panneau du marketing du produit de l'heure. Débutons le dossier en beauté au lieu d'avoir à payer le prix d'un changement coûteux plus tard.

  • Caroline - Inscrite 18 octobre 2012 08 h 12

    Tablette = IPad

    Ce qui m'inquiète le plus avec cette histoire, c'est que les écoles font le lien entre tablette et IPad. Comme s'il n'y avait pas d'autres tablettes disponibles : hors de l'IPad, point de salut. Bravo aux gens de chez Apple pour le marketing...

    Autre point qui m'inquiète, c'est la valeur réelle de la tablette comme outil pédagogique. Je veux bien croire en son utilité pour certaines matières (tel que mentionné dans l'article), mais de là à faire acheter un IPad à tous les élèves (à environ 700$ pièce), pour l'utiliser dans toutes les matières, j'ai de sérieux doutes.

    • Martin Gagnon - Inscrit 18 octobre 2012 10 h 25

      Madame Labelle, je suis un professeur d'université retraité. Mon domaine de recherche et d'enseignement était (et est encore un peu) l'utilisation des technologies à des fins pédagogiques.

      Cela en surprendra plusieurs, mais avec mon bagage dans le domaine, je considère que vous frappez bien sur le clou là où il faut !

      En effet, dans l'état actuel des choses, quoiqu'en disent certains, il n'y a pas une masse critique de matériels d'enseignement qui permettrait une livraison vraiment capable de couvrir correctement tous les programmes d'enseignement concernés. Dire ou penser autrement me semble relever de la pensée magique.

      J'ajouterai qu'à 700$ au 3-5 ans (eh oui, ça s'use vite ces petites choses!), il est important de considérer combien de livres on peut se procurer: à une moyenne de 30$, j'arrive à plus de 20 livres ou manuels: cela est plus que la bibliothèque de la plupart des enfants.

      Maintenant, si l'objectif est de laisser les élèves se promener sur la toile, cela ne me cause pas de problèmes (peut-être beaucoup plus aux profs en classe toutefois...) mais il y a des solutions qui n'exigent pas cet investissement et qui fonctionnent déjà bien. À preuve, il n'y a qu'à regarder la cour de récréation de la plupart des écoles secondaires (publiques et privées).

      Martin GAGNON, professeur retraité
      Faculté d'éducation, Uqàm

  • Christian Fleitz - Inscrit 18 octobre 2012 08 h 22

    les gri-gris

    Ipad ou autres outils nouveaux, ce ne sont que des outils qui doivent aider l'information des élèves, mais en aucun cas, ils ne peuvent remplacer l'apprentissage de la réflexion, de l'organisation de la pensée, accessoirement de la manière de vivre honorablement en société. La confusion qui consiste à considérer l'outil comme le pilote de la pensée est une hérésie, un gadget de facilité, une stupidité.
    L'hystérie orchestrée qui préside la mise en circulation de ces machines nouvelles est dégradante pour notre société et ne démontre qu'une compulsion consommatrice qui ne profite qu'aux actionnaires des sociétés fabricantes et des commerçants qui profitent de ces ventes.
    Le système scolaire doit situer ses ambitions ailleurs et beaucoup plus haut.