Pas touche à la subvention de 60%

Oui à l’ouverture aux élèves en difficulté, mais pas touche à la subvention de 60 %. Telle est la position de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP), qui a réagi vendredi aux propos de la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy. Celle-ci propose de faire de l’acceptation de tous les élèves une condition du financement des écoles privées, afin de soulager d’un grand poids le réseau public qui a « hérité de tous les enfants en difficulté ».

Pour Jean-Marc Saint-Jacques, directeur du collège Bourget et président de la FEEP, le seuil de financement des établissements privés est non négociable. « Notre base de financement doit demeurer. C’est un compromis historique. Ça a déjà été de 80 % dans les années 1970 et là, c’est 60 % », a dit M. Saint-Jacques, en précisant que c’est 90 % en France, avec l’obligation d’accepter tout le monde. « Est-ce qu’on a les moyens et comment on peut faire plus, c’est de ça qu’on peut discuter. »


Disant avoir déjà amorcé une collaboration en ce sens, les écoles privées jouent la carte de l’ouverture. « On est prêt à se laisser questionner et on a des comptes à rendre. Et s’il le faut, on est prêts à revoir nos pratiques », a assuré M. Saint-Jacques. Il souligne à cet effet qu’un rapport contenant des pistes de solution a été déposé depuis la fin 2011 sur le bureau de l’ex-ministre de l’Éducation, Line Beauchamp.


L’une de ces propositions est de considérer le réseau privé comme une commission scolaire, qui gère des établissements qui ont différentes vocations, notamment d’accueillir des élèves handicapés et en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). « On pourrait avoir des établissements avec une vocation spéciale, mais de là à obliger toutes les écoles à accepter des EHDAA… »


Pour l’heure, il n’y a que 12 écoles privées, sur un total de 190 écoles, qui offrent exclusivement des services en adaptation scolaire à ce type d’élèves. C’est un accueil d’environ 10 % de tous les élèves en difficulté, dit-on.


La FEEP reconnaît que c’est peu mais argue que, de toute façon, la Loi sur l’enseignement privé ne l’autorise pas à en accepter davantage.


Tests d’admission


La FEEP tente de déboulonner certains mythes qui lui collent à la peau. « Les parents ne nous choisissent pas parce qu’on est une élite intellectuelle, mais parce qu’on va accompagner les élèves dans une démarche de progression. Ils savent qu’on va les encadrer », a souligné M. Saint-Jacques.


Parmi ces mythes, celui voulant que toutes ses écoles fassent passer des tests d’admission. Selon lui, 11 % des établissements ont des listes d’attente, ce qui laisse croire qu’ils sélectionnent les élèves à l’entrée. La sélection est plus répandue à Montréal, où le nombre d’établissements et le bassin de population accentuent la concurrence entre les écoles.


Certaines écoles du réseau public font aussi passer des tests d’aptitude pour filtrer les élèves les plus doués. À la Commission scolaire de Montréal, la plus grosse au Québec, trois écoles sélectionnent au sens des écoles privées, explique le porte-parole, Alain Perron. D’autres, qui ont des programmes de musique ou de sports-études, font également passer des tests non pas scolaires, mais pour vérifier l’habileté de l’élève dans la discipline qu’il choisit.


Pour Alexandre Cusson, membre du C.A. de la FEEP, l’image du réseau privé doit être redorée, car elle n’est pas celle « qu’on dépeint à gauche et à droite. » « Il y a une recette qui est appréciée et l’encadrement l’est aussi », a-t-il avancé.


Le public se réjouit


La polémique attaquant la vache sacrée qu’est la subvention des écoles privées tombe à point nommé alors que les examens d’admission de la plupart des collèges privés ont lieu en fin de semaine. Et signe que la société et surtout les deux réseaux sont polarisés sur le sujet, le réseau public a salué vendredi les déclarations de la ministre de l’Éducation.


La Centrale des syndicats du Québec voit d’un bon oeil que la ministre reconsidère le financement du réseau concurrent. « Si cela a pour effet de réduire le nombre d’élèves qui fréquentent les écoles privées, il faudra prévoir et planifier l’intégration de ces élèves et du personnel dans le système scolaire public », a toutefois prévenu la présidente de la CSQ, Louise Chabot.


Selon la critique libérale en matière d’éducation primaire et secondaire, Francine Charbonneau, la proposition péquiste augmentera l’écart entre les riches et les pauvres. « Si on leur coupe les subventions, on va faire des écoles de très riches et il va y avoir le réseau public, qui devra faire avec ce qu’il a », a-t-elle affirmé.


Des échanges téléphoniques ont eu lieu vendredi entre la FEEP et le cabinet de la ministre de l’Éducation, mais aucune rencontre n’a été fixée pour le moment.

11 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 13 octobre 2012 09 h 04

    Pas gênée, la FEEP!

    Il faut que Marie Malavoy garde le cap, et la pression sur les écoles privées contrevenantes, malgré les cris d'orfraie de leur fédération (nous attendions-nous à autre chose?), sinon on connait d'avance le résultat: zéro progrès.

  • Carole Dionne - Inscrite 13 octobre 2012 09 h 26

    Comment faire complique quand cela pourrait être si simple

    1- Il n'y a que deux provinces au Canada, à ma connaissance, qui subventionne les écoles privées: l'Alberta, je crois et le Québec. Qui est la plus riche per capita?

    2-Si on demande au privé d'accepter ceux qui ont des difficultés, on va se sentir obligé de leur fournir des spécialistes de plus, ce qui va encore nous couter plus chers, comme d'habitude

    3- On finance 60% des budgets des écoles privées? On ne peut pas changer trop abruptement le financement. Donc, on averti les écoles privées qu'elles vont perdre 10% du 60% par année. Au bout de 7 ans, plus une école privée ne sera subventionnées. Trop simple, hein?

    4- L'argent ainsi économisé, on le donne pour aider les jeunes en difficulté.


    Comme dans le temps où je travaillais au provincial, faut que le gestionnaire fasse cela compliqué pour montrer son intelligence.

    • Johanne Guimond - Inscrit 13 octobre 2012 15 h 53

      Madame Dionne,
      Si je suis bien votre raisonnement, dans 7 ans, il n'existera au Québec que deux ou trois écoles privées fréquentées par des enfants de millionnaires. Tous les autres élèves auront intégré l'école publique. Dans ce cas ce n'est pas une économie, mais plutôt une dépense de 40% de plus que le système public devra absorber puisque les parents de ces enfants déboursent actuellement cette somme d'argent. Je ne vois pas comment cela aidera les élèves en difficulté.

  • André Michaud - Inscrit 13 octobre 2012 10 h 11

    Augmenter les taxes et impôts?

    Si le public devait intégrer les écoles privées, il devrait les financer à 100% au lieu de 60% et nous enverrait la facture. Il ne resterait que des écoles publiques qui héals nivèlent vers le pas par soucis d'égalitarisme.

    Que le ministère commence par mieux gérer ses écoles publiques avant de se mêler de la gestion des écoles privées, et de les rendre aussi inefficaces.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 13 octobre 2012 13 h 56

      La ministre se mêle de ses affaires, parce qu'il est question de la gestion d'écoles financées à 60% par le public.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 octobre 2012 20 h 49

      Ce sont les commissions scolaires qui gèrent les écoles publiques. Allez-vous voter?

  • Denis Gobeille - Abonné 13 octobre 2012 12 h 31

    L'école publique ne réponds à mes valeurs

    Il y a quelques années, j'ai déménagé à Québec pour travailler. J'organise tout en bon père, prenant soin de trouver une école pour mes deux filles. Heureux d'aller visiter l'école de quartier en prenant rendez-vous avec le directeur, j'assiste plutôt aux remerciements qu'il adresse au curé de l'église d'en face et à une tournée de l'école, m'indiquant clairement que l'école est catholique.
    Je suis athée. Quoi faire? La seule école athée de Québec est privée.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 13 octobre 2012 20 h 55

      Les écoles publiques du Québec sont non-confessionnelles.

      L'enseignement qui y est donné est non-confessionnel.

      Des gens ayant des convictions religieuses peuvent se trouver dans un établissement public non-confessionnel sans y enseigner leur religion en classe.

      Je vous promet qu'aucune école publique au Québec n'enseigne les «mathématiques catholiques».

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 13 octobre 2012 14 h 19

    Charité bien ordonnée...

    Il y a une école privée près de chez moi. Depuis 10 ans, on y fait des travaux grandioses. Deuxième gymnase, classes additionnelles, réfection de l'enveloppe, érection d'une nouvelle entrée post-moderne. Nous sommes dans Hochelaga-Maisonneuve. N'y a-t-il pas quelque chose d'incongru ? Alors que les écoles publiques sont négligées, qu'on doit procéder à des travaux d'urgence à cause des champignons, de l'amiante et autres saloperies?

    De plus, une enquête menée il y a un an démontre que les parents pourraient absorber les frais de l'annulation des subventions gouvernementales. Plusieurs sont d'accord. Ils en ont les moyens à en juger par le luxe des véhicules qui viennent chercher les élèves à la fin des cours.