Prix étudiants - La relève a aussi ses chercheurs méritants

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Certains résidus miniers sont susceptible de contaminer l’eau et endommager pour la faune et la flore.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jacques Lemieux Certains résidus miniers sont susceptible de contaminer l’eau et endommager pour la faune et la flore.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix de l'ACFAS

Chaque automne depuis 1944, à l’occasion de son gala annuel, l’Association francophone pour le savoir (Acfas) récompense des scientifiques chevronnés pour leur contribution exceptionnelle à la science et encourage des chercheurs de la relève en soulignant l’excellence de leur dossier. Lors de la remise des prix, le 2 octobre dernier, trois étudiantes se sont mérité les honneurs ainsi qu’une bourse de 5000 $.

Dans la catégorie maîtrise, pour toutes les disciplines, c’est Marie-Josée Toulouse, de l’Université Laval, qui a remporté le prix Desjardins de l’Acfas pour son projet intitulé Validation de la neuraminidase à titre de marqueur enzymatique pour la détection de virus dans l’air.


Subventionné par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), ce projet de maîtrise multidisciplinaire a notamment pour objectif de déterminer un échantillonneur efficace afin de récolter les virus présents en faible concentration dans l’air, ainsi que de développer une méthode de détection spécifique des virus dans l’air basée sur l’activité enzymatique des protéines à la surface de ceux-ci.


« Ultimement, le but de ce projet est d’être capable de déceler rapidement la présence d’une variété de virus dans l’air et de déterminer s’il y a un danger ou non à être exposé à ceux-ci dans un endroit donné. Les méthodes qui existent actuellement pour le faire nécessitent beaucoup de temps, de travail et de moyens. On espère pouvoir parvenir à une détection efficace en un essai simple, rapide et abordable », précise Mme Toulouse.


Si les résultats de ces recherches sont concluants, ils pourraient avoir des applications concrètes dans des endroits comme les salles d’attente des hôpitaux, les aéroports et les bases militaires.

 

Une chercheure active


Étudiante fort active et accomplie - elle a déjà effectué de nombreux stages en aérovirologie, elle est auxiliaire d’enseignement en laboratoire de biochimie au premier cycle, elle est présidente d’une association étudiante et elle est engagée dans de nombreuses activités bénévoles à l’Université Laval - Mme Toulouse était une candidate toute désignée pour recevoir le prix Desjardins.


« Ça me fait très plaisir de recevoir ce prix, confie-t-elle. Ça m’encourage et ça me montre que je suis sur la bonne voie ! »


Déjà, l’étudiante entrevoit de poursuivre ses recherches et d’entamer en mai 2013 un doctorat, ainsi qu’un microprogramme en langue allemande à l’Université Laval, pour ensuite se diriger vers l’Allemagne, où elle aimerait effectuer des études postdoctorales en vue de devenir professeure-chercheure à l’université.

 

Au doctorat


Dans la catégorie doctorat, pour toutes les disciplines sauf celles des ressources naturelles, c’est la candidature d’Élise Smith qui a retenu l’attention de l’Acfas cette année. Étudiante de troisième cycle au Département de bioéthique de l’Université de Montréal, elle travaille actuellement sur un projet intituléLa responsabilité des auteurs dans les collaborations multidisciplinaires : étude exploratoire sur des méthodes de distribution de la reconnaissance dans les publications universitaires .


L’objectif du doctorat : étudier la répartition des droits d’auteur dans les équipes de recherche multidisciplinaire afin de concevoir un modèle qui, dans son application, limiterait les injustices liées à la distribution des droits d’auteur.


« L’une des choses qui arrêtent plusieurs chercheurs de partager ou de valoriser leurs données, ce sont les droits d’auteur. Beaucoup ont travaillé très fort pour mettre en place une base de données - ça peut prendre des années, même des décennies - et ils ne veulent pas que d’autres chercheurs en profitent sans que leur contribution soit soulignée d’une façon appropriée. Cette situation-là crée des tensions entre les chercheurs dans un même domaine et ça n’aide pas à faire avancer la science. C’est pour cette raison que j’ai eu envie d’élaborer un modèle qui permettrait de distribuer les droits d’auteur d’une façon juste, équitable et respectueuse à l’intérieur des équipes de recherche », explique Mme Smith.


Reconnaissance


Entamant sa seconde année d’études de troisième cycle, Mme Smith souligne que sa participation aux prix de l’Acfas lui a permis de peaufiner son projet. « Le fait de préparer mon dossier m’a aidée à clarifier ma pensée, à mettre plus d’ordre dans mes idées. C’est un processus qui a été bénéfique pour moi. »


Elle ajoute que le soutien de l’Acfas lui a également donné un bon coup de pouce financier et moral. « Ce n’est pas facile financièrement de faire des études doctorales, relève-t-elle. Recevoir des bourses comme celle de l’Acfas, ça aide. Ça m’a aussi confir-mé que j’étais sur la bonne voie. C’est certain qu’on a des collègues et des directeurs qui soutiennent nos recherches à l’université, mais ils ne nous donnent pas toutes les réponses ! Recevoir le prix de l’Acfas, c’est une reconnaissance rassurante. »


En ressources naturelles


Étudiante de troisième cycle en sciences de l’environnement à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Marie-Pier Éthier a retenu l’attention de l’Acfas grâce à ses travaux d’évaluation de la performance de systèmes de recouvrement pour la restauration de parcs à résidus miniers abandonnés.


« Dans le cadre de mon doctorat en environnement, je m’intéresse aux sites miniers abandonnés. Lorsqu’on exploite une mine, tout le minerai est envoyé à l’usine pour être broyé en particules très fines. Tous les minéraux à valeur économique sont vendus sur le marché et tout ce qui reste est généralement étendu en surface d’un parc à résidus miniers. Parmi ces minéraux-là, on en trouve certains qui sont sulfureux et qui peuvent causer du drainage minier acide. C’est susceptible de contaminer l’eau et c’est très dommageable pour la faune et la flore. Ce qui est inquiétant, c’est qu’il ne s’agit pas d’un phénomène qui cesse par soi-même ; c’est plutôt un phénomène qui s’emballe et empire avec les années, d’où l’importance d’agir rapidement. Ce que je souhaite, c’est de découvrir la façon de mieux prédire les réactions sur les sites miniers abandonnés », résume-t-elle sommairement.


Nécessaires recherches


D’après Mme Éthier, en lui décernant le prix Ressources naturelles -doctorat, l’Acfas reconnaît l’importance de mener des recherches sur l’environnement minier. « On compte de plus en plus de sites miniers abandonnés au Québec. Ce sont les contribuables qui vont devoir payer pour leur restauration. C’est donc important de soutenir les recherches dans le domaine minier, non seulement pour leur apport au point de vue écologique, mais également sur le plan économique », précise-t-elle.


Comme ses consoeurs, la doctorante se dit très heureuse d’avoir reçu la reconnaissance de l’Acfas. Elle estime que cette marque de confiance lui permettra d’obtenir plus de subventions de recherche et contribuera à lancer du bon pied sa carrière de chercheure.



Collaboratrice