Prix Adrien-Pouliot - Les peptides et le vice-recteur

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Les peptides jouent des rôles-clé dans diverses fonctions de l’organisme.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les peptides jouent des rôles-clé dans diverses fonctions de l’organisme.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix de l'ACFAS

Il ne s’en cache pas : dès son plus jeune âge, Alain Fournier, qui est lauréat du prix Adrien-Pouliot, a éprouvé un véritable engouement pour la chimie. Cette attirance envers cette science de la nature le conduira vers une carrière internationale de chercheur et lui vaudra d’occuper aujourd’hui le poste de directeur scientifique de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

«Mon parcours était pratiquement tracé dès ma plus tendre enfance : je savais ce que je voulais faire plus tard », laisse-t-il savoir. Il signale aussitôt qu’il pourrait raconter bon nombre d’anecdotes reliées à ses expériences de chimiste en herbe; elles furent réussies dans certains cas mais, en d’autres occasions, ses parents ont subi les conséquences parfois désastreuses des gaffes qu’il a commises.


Tout le monde s’en est finalement bien tiré, de telle manière qu’il gagnera, toujours aussi passionné de chimie, l’Université de Sherbrooke où il complétera un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat. Il retrace son parcours universitaire : « Tout a été fait à cet endroit mais pas à la même faculté. Dans un premier temps, je me suis retrouvé à la Faculté des sciences, où j’ai obtenu un baccalauréat en chimie; par la suite, je me suis tourné vers la Faculté de médecine pour compléter une maîtrise en pharmacologie. Pour le doctorat en chimie bio-organique, j’étais inscrit à la Faculté des sciences du Campus ouest mais j’effectuais presque tout mon travail à la Faculté de médecine du Campus est. »


Par la suite, Alain Fournier se dirigera vers l’ouest du pays pour suivre un stage postdoctoral de deux ans : « Je me suis rendu au Health Research Center de l’Université de Calgary, affilié au Foothills Hospital, en Alberta; mes activités de recherche étaient en lien avec la biochimie des récepteurs, qui sont des protéines des membranes cellulaires; elles portaient plus précisément sur l’interféron.» Il effectuera par la suite un autre stage aux États-Unis; à titre de boursier du Conseil de la recherche médicale du Canada, il agira comme stagiaire à la pharmaceutique Roche au New Jersey pour parfaire dans un milieu industriel ses connaissances dans le domaine de la chimie organique fine des peptides (petites protéines) et de leur pharmacologie.

 

Option INRS


En 1987, il entreprend sa carrière et opte pour l’INRS-Santé, qui vient d’emménager dans des locaux tout neufs à Pointe-Claire : « Ce fut le parcours usuel du professeur chercheur sauf que, du fait que l’Institut est une université où l’enseignement est centré sur la maîtrise, le doctorat et le postdoctorat, la responsabilité première de celle-ci, c’est la recherche; on y retrouve tout de même les mêmes étapes de vie académique qu’ailleurs en milieu universitaire. »


Il est d’abord professeur adjoint, il devient professeur agrégé et, sept ans plus tard, prof titulaire. En 2006, il est nommé directeur du Centre de recherche INRS-Institut Armand-Frappier axé sur la recherche médicale; il remplira ces fonctions durant cinq ans tout en poursuivant ses activités de chercheur dans son laboratoire. Après quoi, il gravira les échelons pour devenir le directeur scientifique ou le vice-recteur enseignement et recherche de l’INRS. Il se consacre toujours à ses travaux de recherche avec son équipe dans un labo situé à Laval, tout en occupant des bureaux à Québec.


Alain Fournier se tourne vers la nature des travaux de recherche qu’il poursuit depuis ses tout débuts : « Le fondement de ma recherche a toujours reposé sur les propriétés des peptides, qui sont des protéines de petite taille. En fait, chez les humains, chez les animaux et chez à peu près toutes les espèces, même celles qui sont végétales, on retrouve des peptides qui participent à différentes fonctions. Ces toutes petites protéines jouent des rôles divers et, chez les humains en particulier, ce sont souvent des hormones; par exemple, on parle ici de certaines hormones sexuelles dont plusieurs d’entre elles sont des peptides. »


De leur côté, le chercheur et son équipe se sont particulièrement penchés sur ceux ayant des propriétés importantes sur le plan du système cardiovasculaire ou du système nerveux. Au fil du temps et de l’évolution de la science, ils ont ajusté le tir : « Les thématiques ont pu changer mais ce sont toujours les peptides qui ont retenu l’attention, qui sont demeurées le fil conducteur. »


Il fournit un exemple relié au rôle des peptides dans la régulation de la tension artérielle pour illustrer cette assertion; dans ce cas, les chercheurs ont effectué une bifurcation pour passer de l’étude d’un peptide à un autre : « Il était devenu important pour garder une sorte de leadership et pour maintenir ce lien extrêmement important, avec la recherche cardiovasculaire, de nous pencher sur ce nouveau peptide qui venait d’être caractérisé chez l’humain; on a donc développé un projet qui est financé depuis cinq ans par les Instituts de recherche en santé du Canada; l’évolution au niveau des peptides a orienté notre recherche. »

 

Partenariat et rayonnement


La liste des publications scientifiques auxquelles a contribué Alain Fournier est volumineuse; il y a là matière à couvrir des milliers de pages et celles-ci illustrent que le chercheur s’est entouré de nombreux collaborateurs en provenance de divers horizons scientifiques et géographique : « Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai tout écrit; par contre, j’ai participé activement à la réalisation de tous ces documents qui sont la démonstration de l’importance que j’accorde aux collaborations. »


Dès le début des années 1990, au moment où sa carrière prend son envol, il tisse des liens pour nourrir ses travaux : « J’ai alors eu des échanges scientifiques extrêmement fructueux notamment avec des partenaires français; ils se prolongent et demeurent toujours très vigoureux. En 2006, il y a une structure qui a été développée en France et qu’on appelle “Les laboratoires internationaux associés” (LIA); je suis codirecteur de l’un de ceux-ci avec Hubert Vaudry de l’Université de Rouen, un partenaire français de longue date. »


Il soutient qu’il a toujours entretenu des rapports très agréables et productifs avec la France et il en veut pour preuve cette anecdote qu’il rapporte : « J’ai commencé à collaborer il y a 25 ans avec Hubert Vaudry et je continue aujourd’hui de le faire avec lui, mais également avec son fils David; il travaille maintenant au même centre de recherche que son père. »


 

Collaborateur