La FNEEQ-CSN est partenaire - L’école qui répond aux besoins de tous

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La popularité des établissements privés est liée à leur réputation, mais aussi à des mythes et à des préjugés.
Photo: Agence France-Presse (photo) La popularité des établissements privés est liée à leur réputation, mais aussi à des mythes et à des préjugés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation, septembre 2012

La Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) occupe une place prépondérante dans l’enseignement collégial public à titre d’organisation syndicale. Elle figure comme partenaire de la Semaine pour l’école publique et sa nouvelle présidente, Caroline Senneville, prend la parole à cette occasion.

Caroline Senneville est particulièrement bien placée pour s’entretenir des deux réseaux d’éducation qui vivent en parallèle, puisqu’elle était responsable politique du dossier des écoles privées, qui sont largement regroupées à la FNEEQ dans leurs activités syndicales, avant d’occuper ses fonctions actuelles. Cette enseignante de profession présente le réseau public sous cet angle : « C’est l’école la plus inclusive, celle de tout le monde. Je ne veux pas caricaturer le secteur privé, mais tous ont le droit à l’éducation au Québec ; tous les jeunes de moins de 16 ans ont l’obligation de fréquentation scolaire et cela est possible grâce au réseau public, qui garantit l’universalité, ce qui n’est pas rien. »


Elle enchaîne avec cet autre attribut : « Il y a aussi le fait que le réseau public québécois est présent partout. Souvent, quand on parle du secteur privé, on pense en termes de choix, sauf que, si par exemple on habite en Abitibi-Témiscamingue, ce n’est pas la même offre qui se présente. Donc, c’est l’école qui répond aux besoins de tous, y compris des plus forts, à la grandeur du territoire. » Un autre élément joue en faveur du secteur public : « Il y a beaucoup de services complémentaires qui sont présents et qui n’existent pas dans le réseau privé, comme le soutien apporté aux élèves en difficulté, les soins dispensés par les infirmières et l’aide offerte par les services sociaux ; c’est présent partout dans le réseau. »


Il existe, depuis maintenant plusieurs années, une sorte d’engouement des parents pour le secteur privé dans les grands pôles urbains. La présidente en convient : « C’est surtout vrai à Montréal. En fait, quand on regarde les taux de fréquentation des deux réseaux, on voit apparaître la réalité des villes comme Québec et Montréal ou, en partie, d’une région comme la Montérégie, là où les gens disposent de plusieurs choix, comme je le mentionnais auparavant ; le réseau privé, c’est avant tout une réalité urbaine. » Elle pose cette hypothèse à ce sujet : « Ça dépend de plein de choses si on opte pour le réseau privé ; c’est relié à la réputation, mais davantage aux mythes et aux préjugés entourant cette école. En fait, les gens ont l’impression de choisir leur école, alors que c’est plutôt l’école qui choisit leur enfant, dans plusieurs cas. »


Revalorisation


La langue apparaît comme un facteur qui fait pencher la balance en faveur du réseau privé à certains endroits : « La francisation peut entrer en ligne de compte. Il y a des quartiers où la concentration d’élèves non francophones peut faire peur à certains parents ; on oublie la richesse que peut apporter le réseau public par rapport à cette pluralité linguistique. Et il y a aussi la grosseur des écoles qui joue en défaveur du réseau public ; c’est moins fréquent maintenant, mais l’implantation des grosses polyvalentes avec des milliers d’élèves n’a pas aidé la cause, et cette image est restée chez certaines personnes. Je ne donnerai pas de nom, mais il existe aujourd’hui des écoles privées du secondaire qui sont beaucoup plus populeuses que celles du secteur public. »


Mme Senneville laisse de plus voir que le réseau privé déploie une stratégie de vente susceptible de lui attirer les parents : « C’est le syndrome de la saucisse Hygrade ; plus on vante le réseau privé, plus ça rapporte. C’est toute l’approche de marketing qui est mise en valeur, de telle sorte que, dans les établissements, il y a souvent une ou des personnes dont la mission est de promouvoir ce que fait l’école et de faire mousser les inscriptions. Dans le réseau public, on dispense un service dénué de l’aspect concurrentiel axé sur les parts de marché ; les campagnes publiques de mise en valeur commencent à se produire, mais il est certain qu’il y a là une vision de marketing qui a beaucoup moins sa place que dans le réseau privé. »


Existe-t-il des moyens à utiliser et des mesures à prendre pour stopper l’écart qui se creuse en faveur de l’école privée ? Caroline Senneville avance une piste de solution : « Il faut soutenir cette école et envoyer un message dans ce sens ; je crois que ce serait exactement le même phénomène en santé. Si les parents qui en ont les moyens disent qu’ils sont plus ou moins dérangés par les normes de qualité de l’école publique parce qu’il y a un plan B, ces propos créent moins de pression politique pour améliorer ce réseau, ce qui est vraiment dommage. »


Il ne faut pas attendre que l’équilibre soit rompu pour que cet important levier politique que représentent ces parents plus fortunés se manifeste.


Dans ce cas comme dans bien d’autres, l’argent supplémentaire apparaît aussi comme indispensable à un plus large rayonnement : « Le réflexe actuel est davantage de couper dans les ressources des écoles. On a parlé beaucoup du sous-financement des universités et les recteurs ont crié à gauche et à droite que tel était le cas ; en même temps que le gouvernement libéral adhérait en partie à ce discours en voulant augmenter les droits de scolarité, on a coupé dans les budgets des commissions scolaires et des cégeps. Il y a des limites à faire plus avec moins. »


Elle fournit la recette gagnante : « On doit apporter du renfort aux enseignants par l’ajout de personnels de soutien et professionnel. Et je reviens sur l’importance du message à livrer ; dans cet esprit, il faut souligner ce que Mme Marois a constamment fait, elle qui a toujours envoyé ses enfants dans le réseau public ; il est bon que l’élite prêche par l’exemple. »


Cela dit, Mme Senneville aborde la thématique de la Semaine pour l’école publique, qui porte cette année sur la francisation : « On va boucler la boucle en répétant que cette école est celle de tout le monde et qu’on doit s’occuper de ces jeunes qui arrivent et qu’on doit franciser ; elle a vraiment un rôle intégrateur important sur ce plan, non seulement en ce qui concerne la maîtrise de la langue, mais aussi en ce qui a trait à la culture dans son sens très large, dans celui de l’histoire et de ce qui fait de nous ce que nous sommes au Québec. À cet égard, le creuset intégrateur, c’est l’école. »

Collaborateur

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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