Commissions scolaires - «Nos coûts de gestion sont les plus bas de tout l’appareil public et parapublic»

Caroline Rodgers Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation, septembre 2012

Les commissions scolaires sont depuis longtemps dans la ligne de tir de certains partis politiques - autrefois l’ADQ, maintenant la CAQ - souhaitant les abolir pour faire des économies et réduire les lourdeurs administratives. Mais les véritables enjeux sont ailleurs, croit Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

«Si un débat a eu quelque chose de positif, c’est en nous obligeant à revoir et à améliorer nos pratiques administratives, raconte Josée Bouchard. D’ailleurs, les commissions scolaires ont déjà subi 300 millions de dollars en compressions budgétaires depuis deux ans. Parmi le personnel administratif, une personne sur deux prenant sa retraite n’a pas été remplacée. Nos coûts de gestion, à 5,6 %, sont les plus bas de tout l’appareil public et parapublic. Malgré les coupes, on demeure donc performant. Le nouveau gouvernement a annoncé que l’éducation serait une priorité, alors nous nous attendons à un changement de cap, car on commence à sentir un impact des compressions sur les services aux élèves. »


Transport scolaire, organisation du calendrier scolaire, gestion de la paye et répartition des ressources humaines et matérielles, les soixante commissions scolaires francophones du Québec ne manquent pas de responsabilités!


« Nous sommes là pour faire en sorte que les élèves puissent réussir en leur donnant tous les services auxquels ils ont droit, et en répartissant équitablement tous ces services dans l’ensemble du territoire. Ailleurs, dans le monde, où il n’y a pas de système de ce type, on assiste à des inégalités dans les services scolaires, selon le degré de fortune des municipalités ou selon l’importance que les élus locaux accordent à l’éducation. »


Mais, dans une partie de l’opinion publique, les commissions scolaires souffriraient, en quelque sorte, du « mythe du fonctionnaire ». « On fait croire aux gens que les fonctionnaires qui travaillent dans les centres administratifs ne font rien, dit-elle. Or ils travaillent en services directs aux élèves, comme le transport scolaire, ou à une gestion qui doit bien se faire quelque part, que ce soit l’organisation scolaire ou pour l’entretien des bâtiments et la construction de nouvelles écoles. Si, demain matin, on abolit les commissions scolaires, est-ce que les directions d’école vont hériter de ces tâches? Ce n’est pas leur mission. Leur travail est d’assurer une animation et un leadership pédagogique dans l’école. Le nôtre est de nous assurer qu’elles ont les conditions optimales pour remplir leur mission éducative. Imaginez la situation s’il fallait que chaque école organise son transport et lance des appels d’offres directement auprès des transporteurs! Cela n’aurait aucun sens. »


Les grands enjeux


Le Québec doit se donner une politique nationale de l’éducation publique qui transcende les partis au pouvoir et les orientations politiques, ajoute la présidente. « Nous comptons demander au gouvernement de plancher sur cette politique pour faire en sorte que l’éducation soit vraiment une priorité sociale et pour assurer son financement adéquatement. Il faut valoriser l’éducation et le réseau public, car nous faisons face à une forte compétition du privé, qui a un taux de subvention de 60% », ajoute-t-elle.


On doit également valoriser la formation professionnelle, à laquelle on n’accorde pas une importance proportionnelle aux besoins. « Que l’on pense seulement au Plan Nord, il y a des besoins énormes en métiers de toutes sortes. On a un travail de valorisation à faire par rapport aux métiers car il y a encore beaucoup de préjugés dans la population. »


L’autre enjeu touche la tenue des prochaines élections scolaires. « On a toujours considéré dans notre société que l’éducation devait être une sphère d’activité gérée par des représentants élus de la population, pour qu’ils soient les chiens de garde des valeurs des communautés et de l’équité des services, dit-elle. Les conseils des commissaires, qui représentent des quartiers ou des villages, sont la voix de la population. »


Sauf que…le taux de participation moyen aux élections scolaires n’est que de 8 %. Une situation à laquelle on compte remédier en demandant au gouvernement de tenir les élections scolaires en même temps que les élections municipales. Les dernières, qui devaient avoir lieu en 2011, ont été retardées, et l’objectif de la Fédération est qu’elles aient lieu en même temps que les prochaines élections municipales, en novembre 2013.


« On a un travail à faire pour augmenter le taux de participation et on demande de l’aide du gouvernement et du DGE, afin qu’ils nous donnent des conditions favorables pour tenir de bonnes élections scolaires. Nous ne profitons pas des mêmes avantages que d’autres paliers démocratiques en termes de communications et d’information. En novembre 2013, ce serait un moment idéal pour que l’on puisse avoir des élections le même jour, au même endroit que les élections municipales, avec des organisations différentes. Notre but n’est pas de leur refiler la facture, mais de faire en sorte que le citoyen se déplace une seule fois et puisse choisir son maire et son président de commission scolaire, qui, pour la première fois, sera élu au suffrage universel. Cela se fait déjà dans les autres provinces et aux États-Unis, sans problème. »

Collaboratrice

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