Au Conseil central - Pour une intégration graduelle du privé

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La lutte contre le décrochage à Montréal passe par la lutte contre la pauvreté.
Photo: - Le Devoir La lutte contre le décrochage à Montréal passe par la lutte contre la pauvreté.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation, septembre 2012

École publique et francisation, école publique et obstacles rencontrés, école publique et mesures de valorisation, écoles publiques versus réseau privé, autant de sujets abordés par le vice-président et titulaire du dossier éducation du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN), Francis Lagacé. Il soutient entre autres que les établissements auraient intérêt à se rapprocher des milieux de vie où ils sont implantés.

Sur le plan linguistique, Francis Lagacé reconnaît à l’école publique un caractère distinctif au Québec : « Le principe général, c’est que cette école doit être accessible à tous », ce qu’il constate en premier lieu, tout en poussant plus loin sa réflexion : « Si on incarne ce principe dans le cas québécois, elle doit être française ou s’occuper de la francisation des nouveaux arrivants, puisqu’ils entrent dans une société dont l’un des critères de base, voire définitoire, c’est le français comme langue commune ; c’est pourquoi l’école primaire et l’école secondaire ont pour rôle d’intégrer ces gens dans la société québécoise par le biais de la langue. »


La pluralité linguistique rencontrée dans la grande région de Montréal pose des défis, mais le réseau public fait face à une difficulté majeure d’un autre ordre en ces lieux : « C’est qu’il est quelque peu dépossédé de ses ressources et de ses capacités à cause de la présence du secteur privé, ce qui est problématique. L’État délaisse cette école en allouant un financement important au secteur privé et en permettant à ses établissements de vider les écoles publiques des éléments qui sont susceptibles d’être les plus faciles à accompagner, notamment par le recours à la compétition et à la publicité. »


Un tel problème est indissociable d’un autre qui est majeur : « C’est celui de la pauvreté, que reflète bien le livre de Robert Cadotte, Lettre aux enseignantEs. Effectivement, il montre à quel point le statut socioéconomique d’un quartier influence son école ; c’est vrai sur plusieurs plans, notamment sur ceux de son entretien, des ressources dont elle dispose et des services qu’elle peut donner. Il y a aussi le fait que, lorsqu’on entre à l’école le ventre vide, il est difficile de s’y intéresser. Entendons-nous pour reconnaître que les problèmes qu’on retrouve dans Hochelaga-Maisonneuve, on ne les retrouve pas à Outremont ; ce n’est pas parce que les gens sont plus fins d’un endroit à l’autre, c’est parce qu’il existe un quartier qui est défavorisé par rapport à l’autre. »


Il conclut : « La question de la pauvreté, c’est un élément essentiel. Diane de Courcy, qui était présidente de la Commission scolaire de Montréal il y a peu de temps, l’a toujours dit : si on veut lutter contre le décrochage scolaire, si on souhaite faire de nos écoles publiques des lieux de vie des plus intéressants, il faut lutter contre la pauvreté. »


Francis Lagacé préconise ce mode d’intervention de la part du ministère de l’Éducation pour revaloriser le secteur public : « On doit investir davantage dans les écoles pour les améliorer sur le plan physique et pour leur fournir plus de ressources. On peut aussi mener une campagne en faveur du secteur public ; au dernier congrès du Conseil central, en 2010, on a prôné de se livrer à la valorisation de ce réseau et je crois que c’est un devoir du gouvernement d’agir dans ce sens, parce que l’éducation, c’est quelque chose à caractère national qui doit être reconnu. »


Sur un plan plus local, il voit d’un bon oeil le rapprochement entre l’école et le milieu socioéconomique : « Tout dépendra des programmes appliqués et de l’autonomie qu’on peut donner aux enseignants et aux écoles quant à l’ancrage du travail qu’ils accomplissent dans leur quartier. Il ne s’agit pas d’abandonner les notions de base, qui sont extrêmement importantes, mais plutôt d’ajouter une couleur locale aux enseignements. Quand on se retrouve dans un endroit où il y a de la production industrielle, où se manifestent des valeurs artistiques particulières ou autres, je pense qu’il serait intéressant d’associer ces caractéristiques aux programmes éducatifs pour mieux comprendre le lien qu’il y a entre l’éducation et la vie réelle ou publique ; une telle démarche pourrait redorer le blason de l’école publique. »


Et il dit encore : « Les écoles publiques, ce sont quand même celles des quartiers où elles sont situées ; elles n’ont pas le choix et elles accueillent ceux qui y vivent, ce qui fait à la fois leur faiblesse et leur force, parce qu’elles représentent la vie et la vitalité des quartiers. Il y aurait des visites extraordinaires à faire dans Hochelaga-Maisonneuve qui pourraient ancrer l’éducation dans la réalité ; il y a là la ville industrielle qui avait été créée dans les années 1920-1930 et on y retrouve également le Biodôme et le Parc olympique. »


Francis Lagacé se prononce sur une possible fusion du réseau public et du réseau privé : « Nos camarades de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) affichent une position plus radicale à ce sujet. Tout comme la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN), le Conseil central préconise plutôt qu’il y ait une intégration graduelle ; on doit faire en sorte que les écoles privées soient intégrées éventuellement au réseau public, mais on doit être en mesure d’assurer la transition des personnels, ce qui nécessite du temps et de la négociation et requiert de définir la vocation particulière de certains établissements. C’est un projet qui peut se réaliser à terme, mais pas du jour au lendemain. »


Il pose cette observation : « Les écoles privées ne le sont pas complètement, puisqu’elles sont financées à 60 % par le gouvernement ; elles sont en fait plus gâtées et plus choyées. Le problème actuel, c’est que le réseau privé a tous les choix : il peut bannir les élèves pour toutes sortes de raisons, qu’elles soient d’ordre socioéconomique ou comportemental. Je ne plaide pas pour que les écoles publiques disposent à leur tour de ces choix-là, je plaide plutôt pour que tout le monde fasse sa part et prenne en compte les composantes socioéconomique de notre ville, Montréal, dans les écoles. Si on exigeait des écoles privées qu’elles intègrent aussi bien les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA), ou encore ceux ayant un trouble obsessionnel compulsif (TOC), peut-être qu’elles pavoiseraient un peu moins. »

Collaborateur

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