Au Québec, c’est en français que ça se passe!

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Le Québec accueille un peu plus de 50 000 nouveaux arrivants chaque année, et dont plus du tiers ne parlent pas le français.
Photo: - Le Devoir Le Québec accueille un peu plus de 50 000 nouveaux arrivants chaque année, et dont plus du tiers ne parlent pas le français.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation, septembre 2012

Orchestrée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), la quatrième édition de la Semaine pour l’école publique (SPEP) sera tenue du 30 septembre au 5 octobre prochains. Si les défis à relever ne manquent point en éducation ces jours-ci, les maîtres d’oeuvre de l’événement ont choisi de faire de l’intégration des nouveaux arrivants et de la francisation leur priorité cette année.

Ce n’est pas un hasard si la FAE a décidé de miser sur la francisation cet automne. Bien que le français ait toujours été une priorité pour l’organisation syndicale, nombre d’événements survenus au cours des derniers mois ont motivé ce choix, indique Pierre Saint-Germain, président de la FAE.


« Au cours de la dernière année, on a pu constater qu’il y avait de plus en plus d’affichage anglophone et on a appris que de plus en plus gens se faisaient recevoir en anglais dans les commerces de la province. On a aussi noté la nomination de gens qui ne parlent pas le français à certains postes d’envergure. Je pense au vérificateur général au fédéral, au vice-président des ressources humaines à la Caisse de dépôt ou à l’entraîneur-chef des Canadiens, par exemple. Même si la situation a été corrigée dans certains cas, il y a toujours lieu de s’inquiéter quant à la place que le français occupe au Québec. »


De plus, comme le Québec accueille un peu plus de 50 000 nouveaux arrivants chaque année et que plus du tiers ne parlent pas le français, la FAE estime que la francisation est un enjeu auquel on doit réfléchir rapidement. « Nous sommes une province qui doit miser sur l’immigration pour assurer son développement social et économique. La question de l’intégration, donc de la francisation, devient au coeur des préoccupations du Québec. Si on statue que, pour l’instant, il y a des lacunes sur le plan de l’intégration, est-ce que cela signifie qu’on doit nécessairement réduire le nombre d’immigrants ou, au contraire, qu’on doit plutôt améliorer les services d’intégration et de francisation des nouveaux arrivants ? C’est un enjeu qui va bien au-delà de la préoccupation pour l’école publique et qui devient, quant à moi, un enjeu social important », affirme M. Saint-Germain.

 

Revendications


D’après la FAE, plusieurs mesures doivent être adoptées pour favoriser l’intégration et la francisation des nouveaux arrivants. Aussi, elle estime qu’une meilleure coordination des acteurs du milieu s’impose avant toute chose.


« Il y a plusieurs groupes qui interviennent en francisation : Emploi-Québec, le ministère de l’Éducation, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, etc. C’est bien qu’ils soient tous actifs, mais on constate un important manque de coordination. Pour la FAE, comme on parle d’éducation, ça devrait aller de soi que ce soit le ministère de l’Éducation qui chapeaute tout ça », soutient M. Saint-Germain.


Outre une meilleure coordination des ministères et des organisations concernées, la FAE souhaite une augmentation de l’offre des services de francisation, qu’elle juge trop limitée aux grands centres et insuffisamment tournée vers les besoins d’une part importante des nouveaux arrivants. « Pour les immigrants d’âge scolaire, on est privilégié dans la grande région de Montréal et dans les grands centres, puisqu’on a suffisamment d’élèves pour constituer des groupes de classes d’accueil, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans les régions éloignées, où on n’a souvent qu’un ou deux élèves qui ont besoin de ces services. Ceux-là doivent être intégrés dans les classes régulières et, dans ces cas-là, on n’a pas toujours les ressources nécessaires pour aider l’élève ou l’enseignant », souligne M. Saint-Germain.


Quant aux nouveaux arrivants d’âge d’adulte, note la FAE, leur accession aux services de francisation est souvent lourde. Pour certains, elle passe par le milieu de travail puisque, dans les entreprises québécoises de 50 employés ou plus, en vertu de la Charte de la langue française, des comités de francisation doivent y être formés.


« Encore là, il faut faire attention, prévient M. Saint-Germain, puisque, dans plusieurs établissements, ces comités se chargent davantage de s’assurer que les communications dans l’entreprise soient faites en français que de procurer de réels services de francisation aux nouveaux arrivants. »


Pour tous ceux qui ne travaillent pas au sein d’une entreprise de 50 employés ou plus, les services de francisation sont plus difficilement accessibles. C’est notamment le cas pour de nombreuses immigrantes qui n’occupent pas d’emploi.


« Il y a un défi immense pour faire en sorte que les immigrants qui arrivent au Québec aient non seulement accès à la francisation, mais qu’ils aient aussi les moyens de profiter de ces services. Pour un immigrant, faire de la francisation après les heures de travail, après avoir rempli ses obligations familiales, on comprend que ça devient vite lourd. Si, au Québec, on veut vraiment faire du français un objet de cohésion sociale et d’intégration, il va falloir qu’on investisse plus d’énergie et plus d’argent », affirme M. Saint-Germain.

 

Prise de position


La FAE estime également que l’offre de francisation doit être plus diversifiée et plus étoffée sur le plan des contenus : « C’est une chose d’être capable de demander son chemin, d’acheter du lait au dépanneur ou encore de se débrouiller sur le marché du travail, mais le français, c’est beaucoup plus que cela. Nous aimerions que l’offre de francisation soit assez complète pour permettre aux gens de maîtriser tous les aspects de la langue, pour qu’ils puissent lire le journal, écrire, communiquer et s’intégrer comme tout Québécois francophone dans la société. »


Le 2 octobre prochain, lors d’un point de presse, la FAE, soutenue par d’autres organisations syndicales et divers intervenants du milieu de l’éducation, annoncera officiellement ses couleurs en matière de francisation. Étant donné l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, la fédération a bon espoir d’entamer avec lui un dialogue permettant de faire avancer la question.


« On a un gouvernement qui, en principe, se fait le défenseur de la langue française, relève le président de la FAE. Il est lui-même à l’origine de la Charte de la langue française. J’ai peine à imaginer que ce gouvernement-là, 35 ans plus tard, fasse disparaître de ses préoccupations l’enjeu de la francisation, qui est aussi intimement lié au caractère identitaire du Québec. »


« Le 2 octobre, nous allons interpeller les ministres de l’Éducation et de l’Immigration et des Communautés culturelles pour voir dans quelle mesure elles sont ouvertes à l’amélioration de l’offre de francisation, poursuit M. Saint-Germain. Le grand message que nous souhaitons faire passer, c’est que, au Québec, c’est en français que ça se passe. Et, pour que ça se passe en français, il faut donner aux gens les moyens de le parler ! »

Collaboratrice

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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