Classes d’accueil - Plus ils et elles sont jeunes, plus vite ils parlent français

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Les classes de francisation regroupent de nouveaux arrivants de tout âge.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fred Dufour Les classes de francisation regroupent de nouveaux arrivants de tout âge.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation, septembre 2012

Qu’on les appelle classes d’accueil ou classes de francisation, leur réalité est toujours la même : on y retrouve des gens de tous âges et de toutes cultures qui viennent y apprendre à parler la langue du Québec, le français. Deux professeures nous parlent du fonctionnement, pas toujours facile, de leur classe.

Sylvie Lavallée enseigne à la Commission scolaire de Laval. Sa classe accueille des enfants de 6 ou 7 ans à l’école Saint-Norbert, plus précisément au pavillon Saint-Charles, un lieu dédié aux classes de francisation uniquement. On y reçoit des enfants âgés de 6 à 12 ans. Ces classes peuvent contenir jusqu’à 17 élèves. « Je vous dirais qu’on arrive toujours au maximum de capacité des classes et qu’on doit en ouvrir en cours d’année », explique Sylvie Lavallée.


Le seul critère objectif pour déterminer le groupe d’un enfant, c’est son âge, autrement, « on ne connaît pas son parcours scolaire. Chacune des classes est à multiniveau, on y retrouve des élèves qui peuvent être scolarisés peu ou pas du tout. Ici, notre rôle est de leur procurer une mise à niveau pour qu’ils puissent continuer leur parcours pédagogique dans des classes régulières, dans leur école de quartier », continue Mme Lavallée.


Pour les parents d’enfants en classe d’accueil, c’est souvent difficile : la plupart du temps, ils sont pris dans une sorte de tourbillon dans lequel ils doivent se débattre, en tant que nouveaux arrivants, pour trouver un logement et du travail et eux aussi apprendre la langue. On ne peut pas vraiment compter sur eux pour les devoirs et les leçons du petit dernier. Pourtant, petit à petit, et souvent assez rapidement, les enfants réussissent à apprendre le français tout en naviguant dans leurs matières scolaires.


La méthode est simple, car on procède à une immersion totale dans le français : « Quelque 65 % du temps est consacré à l’apprentissage du français, alors que, le reste du temps disponible, on fait des mathématiques et d’autres matières. On fait beaucoup d’apprentissage oral, on utilise des pictogrammes, le tout toujours en français », nous dit Sylvie Lavallée. Évidemment, avec cette méthode, plus les enfants sont jeunes, plus vite ils parlent le français.


Financement


Accueillir des enfants de pays étrangers, ça signifie souvent accueillir des enfants nés dans des pays en guerre. Certains n’ont même jamais connu les bancs d’école. Sylvie Lavallée a fait de sa classe un lieu où l’accueil est primordial et où les enfants s’astreignent à une certaine routine : « Je mets l’accent sur l’organisation, on va travailler des routines comme défaire un sac d’école de façon adéquate. Ensuite, on fait une causerie où les enfants peuvent échanger spontanément sur un sujet dirigé ou improvisé. Tous les jours, on fait des tâches papier et crayon pour travailler la motricité fine et ensuite, comme dans une classe régulière, on va avoir une récréation, un cours de musique. »


Et encore, on vient de voir ce que font les enfants en un avant-midi seulement. On demande beaucoup à ces enfants en les faisant étudier seulement dans une langue étrangère, en après-midi ils sont très fatigués et on réserve donc cette partie de la journée à des activités non dirigées, avec des histoires ou des jeux de rôle. Comme on le constate, tout est centré sur l’oral, viendra ensuite le grand défi de la lecture.


Ces enfants bénéficient d’une subvention pour étudier pendant 20 mois dans une classe de francisation. Après les 10 premiers mois, une équipe de l’école étudie les dossiers de chacun des enfants afin de voir où en est son cheminement. C’est à cette étape qu’on décidera si l’enfant prend le chemin de l’école régulière ou s’il doit encore parfaire son apprentissage : « Quand l’enfant possède un vocabulaire fonctionnel, quand il connaît l’alphabet et la base du code graphophonétique, on considère qu’il est prêt à fréquenter une école de quartier pour faire l’expérience d’un véritable milieu de vie francophone », explique Sylvie Lavallée.


Avec une expérience totalisant 20 ans d’enseignement, dont 11 passés dans les classes d’accueil, Sylvie affirme aujourd’hui : « Enseigner en classe de francisation a été un véritable cadeau dans ma carrière. Souvent, on a de très beaux témoignages d’enfants qui reviennent nous voir et qui sont émus du souvenir du temps passé avec nous. Ce sont eux, nos véritables succès. »


Pour adultes seulement


Du côté des adultes, les choses se passent parfois un peu différemment. Depuis cinq ans, Tania Longpré enseigne dans un centre de formation des adultes de la Commission scolaire de Montréal. Dans sa classe, on retrouve une quinzaine d’élèves, mais souvent on peut y croiser jusqu’à 30 élèves. Le parcours d’un élève ne parlant pas du tout le français s’effectuera en franchissant six niveaux de compréhension orale et trois niveaux d’écrit.


La classe de Tania Longpré est composée d’élèves de niveau débutant. « Ça peut parfois ressembler à une classe de maternelle ! On apprend l’alphabet, on a des conversations de base. »


Comme ce sont tous des débutants, le seul dénominateur commun est le français et c’est une très bonne chose pour l’apprentissage. « Les élèves ont huit semaines pour voir les présentations d’usage, l’identité, les directions, les prépositions, les verbes du premier groupe et toutes les petites phrases de base pour se débrouiller dans la vie quotidienne », explique Tania Longpré. Et, tout à coup, la magie opère et, en huit semaines, la plupart commencent à parler français.


Mais est-ce que huit semaines, c’est suffisant ? « Souvent, le niveau débutant est le plus difficile à réussir et on doit malheureusement recaler certains élèves. » Le ministère de l’Éducation du Québec finance 33 semaines de cours de francisation aux adultes. Tania Longpré juge cette situation décourageante parce que, pour elle, il est évident que le temps et le financement impartis sont largement insuffisants : « On perd beaucoup d’élèves parce qu’ils préfèrent aller sur le marché du travail. Ce n’est pas tout le monde qui a les moyens de passer 30 heures par semaine en classe pour un salaire de 120 $. »

 

Motivation


Les classes de francisation pour adultes regroupent de nouveaux arrivants, mais ce qu’on oublie, c’est que peuvent s’y retrouver des gens qui vivent au Québec depuis longtemps, mais qui ne maîtrisent pas encore la langue : « Le niveau de motivation de chacun est très variable, certains se rendent compte que, s’ils n’apprennent pas le français, il leur sera impossible d’améliorer leurs conditions de vie. Pour d’autres, qui sont ici depuis longtemps et qui, par un concours de circonstances, se retrouvent en classe de francisation et qui n’ont jamais vraiment eu besoin du français, la motivation est plus difficile à maintenir. »


Pour Tania Longpré, enseigner en francisation est immensément satisfaisant : « L’énergie que ces gens me donnent et la gratitude qu’ils ont me prouvent que ce que je fais est utile. Ça n’a rien de comparable avec les élèves d’une classe de français de troisième secondaire à qui on enseigne l’accord du participe passé avec le verbe “ avoir ”… Dans ma classe, ils apprennent comment parler, comment prendre l’autobus et comment aller chez le docteur, ils ont besoin de la langue et, quand ils se rendent compte qu’on est là pour eux, ils sont tellement reconnaissants. Chaque année, je reçois des cartes de Noël d’anciens élèves ! »

Collaboratrice

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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