Autres pays, autres moeurs

Normand Thériault Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le système scolaire québécois s’articule, du primaire, voire de la maternelle, jusqu’à sa conclusion au collégial, autour de deux réseaux : le privé et le public. Cet héritage d’un passé récent est vu par plusieurs comme un « fléau », égal à un autre, celui qui fait dire que, en santé, on aurait ainsi « une médecine à deux vitesses ». Qu’en est-il vraiment ?

Tout citoyen québécois qui, pour une raison ou l’autre, déménagera en Belgique se sentira d’une certaine façon toujours chez lui. Si, là aussi, on retrouve une « fratricide » guerre linguistique, il aura, au moment venu d’inscrire sa progéniture à l’école, là aussi le choix entre un réseau public et un réseau privé. Et, comme s’il était encore au Québec, on lui dira alors que le réseau privé a en ce pays une coloration « élitiste », comme si les meilleures écoles disponibles se retrouvaient là où des droits de scolarité sont exigés pour s’y inscrire et y étudier.


Pourtant, aurait-il déménagé au sud de la frontière belge qu’il entendrait un tout autre discours. S’informerait-il au sujet des écoles disponibles, laissant entendre qu’il aurait l’intention, lui qui débarque à Montluçon, en Creuse, d’inscrire soit le jeune soit la jeune à l’école privée, qu’il entendrait des mots générés par une réaction de surprise : « Comment ! Vous connaissez des difficultés avec vos enfants ? »


Car on aborde ce pays avec quelques visions globalisantes : la France est un grand pays déclaré laïque, et ce, depuis 1905 ; la France est aussi un lieu où l’éducation est gratuite, et ce, jusqu’à l’obtention du dernier diplôme universitaire.


Et pourtant, cela étant dit et répété, un rapide échange avec des étudiants ou des parents permet d’apprendre que qui fréquente une grande école devra sans doute suivre aussi un ou des cours préparatoires. Et cela n’est pas financièrement donné.


De plus, tout pratiquant d’une foi déclarée apprendra avec plaisir qu’il est possible de faire fréquenter à un enfant un établissement religieux, les écoles catholiques ayant souvent la cote. Et surprise encore au moment de la facturation : les droits annuels demandés par l’un ou l’autre des 8300 établissements sont en moyenne de 350 au primaire, de 450 au collège et de 600 au lycée, tout cela en euros naturellement.


Ainsi, toute discussion portant sur le monde de l’éducation se conclura aussi par des constats désarmants : si on retrouve en 2012 12 125 000 élèves dans le réseau public, soit de la maternelle au lycée, il y en a aussi en contrepartie 2 034 000 inscrits au secteur privé. Soit un ratio d’un élève sur sept, ce qui est beaucoup plus que celui d’un sur dix que le Québec affiche.


Récupération


Quelle est donc la raison qui fait qu’on associe là-bas réseau privé et « difficultés » ? Entendant une réponse à cette question, on apprendra que dans le réseau privé souvent se retrouvent les élèves en difficulté, les récalcitrants et autres mauvaises têtes. Bref, on va normalement à l’école publique, et, s’il y a, à un moment ou l’autre, accrochage, alors un détour de « récupération » par le réseau privé peut s’avérer utile.


Ce qui explique d’ailleurs que les statistiques établissent qu’un élève français sur deux sera, à un moment ou l’autre de sa formation, inscrit au réseau privé. De quoi désarmer l’un ou l’autre d’entre nous qui fait l’éloge de cette France où l’éducation serait une réussite qui a su conjuguer laïcité et nation.


Performance


Le réseau scolaire québécois fonctionne selon des critères dont ceux dits de performance sont souvent ceux qu’on affiche en priorité ou qu’on voudrait voir affichés : n’avons-nous point ici un ancien ministre de l’Éducation, aujourd’hui devenu chef d’un parti politique, qui préconise toujours un système qui accorderait des primes à tout enseignant qui professerait un tel système de valeurs ?


Aussi, pour plus d’un parent, au moment venu de faire un choix scolaire, le guide utilisé est le tableau annuel que L’actualité dépose, à moins que la rumeur ne l’envoie à une rencontre organisée annuellement par Our Kids dans un grand hôtel montréalais.


Et, au même moment, n’entend-on point des voix qui s’élèvent pour dénoncer une situation qui causerait préjudice ?


Si le secteur privé affiche une meilleure performance, cela s’expliquerait par l’« écrémage » opéré lors des tests d’admission. Ce qui serait faux, selon les porte-parole du secteur privé, ces tests ayant pour fonction d’orienter le futur étudiant pour qu’il fasse un meilleur choix.


Et le secteur privé ne serait pas obligé, comme le secteur public, d’accueillir tout le monde, de l’élève en difficulté jusqu’à celui qui a des troubles d’apprentissage. Et on entend une réponse qui dit : « On aimerait le faire nous aussi, mais le ministère ne nous accorde pas les ressources pour recevoir tous types d’élève. »


Et, plus grave encore pour certains, le secteur privé n’est pas universellement accessible en raison des droits qu’il exige (et, surtout alors, pas question que le ministère augmente là sa contribution jugée déjà trop élevée). Et des écoles comme Selwyn ou The Study d’informer que, si une année scolaire est chez eux facturée 16 000 $, il est toutefois possible d’obtenir une bourse (qui équivaudra à une moitié des droits).

 

Après l’instruction


Et ainsi de suite, tout cela parce que, au moment où s’est mis en place l’actuel système, qui a succédé à celui dit d’instruction publique, il a été conservé des traces de l’ancien régime, où bons frères et bonnes soeurs étaient les éducateurs principaux de la Belle Province. Et n’était-ce point non plus ce secteur privé catholique qui était le maître de ce fleuron qui avait pour nom « collège classique », voire celui de « séminaire » ?