Aide financière - Un élève peut fréquenter le secteur privé malgré le budget serré des parents

Amélie Daoust-Boisvert Collaboration spéciale
Fréquenter les écoles The Study ou Selwyn coûte plus de 16 000 dollars par an. La majorité des bourses octroyées couvrent moins de la moitié de ces coûts.
Photo: Source The Study Fréquenter les écoles The Study ou Selwyn coûte plus de 16 000 dollars par an. La majorité des bourses octroyées couvrent moins de la moitié de ces coûts.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le programme de musique ou de sport d’une école privée a séduit votre enfant, mais pas votre portefeuille ? De plus en plus d’établissements privés offrent de l’aide financière. Un coup de pouce généralement méconnu.

L’an dernier, l’école privée pour filles The Study a distribué plus de 300 000 $ en bourses d’études. À l’école pour garçons Selwyn House, ce sont 400 000 $ qui ont été octroyés. Près de 10 % des élèves reçoivent une aide financière dans ces établissements.


« On veut que chaque garçon qui veut fréquenter notre école puisse le faire. Il y en a qui en rêvent ! », explique Nathalie Gervais, qui est responsable des admissions à l’école Selwyn. « On ne veut pas qu’un jeune écarte notre école pour des considérations financières », ajoute-t-elle.


Pour Nancy Sweer, directrice de The Study, les bourses permettent de recruter les meilleures élèves, peu importent les revenus de leur famille. C’est pourquoi les deux tiers des bourses qu’elle distribue sont attribuées au mérite, alors que le tiers d’entre elles tiennent compte des capacités financières.


À Selwyn, on a complètement abandonné le volet des bourses d’excellence il y a quelques années. L’analyse des besoins financiers de la famille demeure le seul critère, une fois que l’élève a complété le processus de sélection pour l’admission. « Pour nous, c’est plus important de donner à celui qui en a le plus besoin », explique Mme Gervais.


Les montants reçus varient et peuvent couvrir une petite partie des coûts ou même, parfois, la totalité de la facture. Il arrive même qu’une famille fortunée prenne à sa charge les droits de scolarité d’un autre enfant, explique Mme Gervais.


Fréquenter The Study ou Selwyn coûte tout de même plus de 16 000 dollars par an. La majorité des bourses octroyées couvrent moins de la moitié de ces coûts. La facture reste donc salée, plus que pour une année universitaire, en fait.

 

Des programmes méconnus


Tant Mme Gervais que Mme Sweer remarquent que l’aide financière est méconnue. « On essaie vraiment d’en faire la promotion, car c’est peu connu. Maintenant, avec l’aide, ce n’est pas plus seulement l’Ouest-de-l’île qui fréquente notre école. On a des gens de partout, jusqu’à Laval. On a commencé avec un budget de 100 000 $. » Ce dernier a quadruplé depuis, dans le but de répondre à presque 100 % des demandes qui sont justifiées sur le plan financier.


Ce sont les fondations de ces écoles qui financent les programmes de bourses. Dons d’anciens élèves et de parents, campagnes de financement et activités de toutes sortent permettent donc d’alléger le fardeau des familles de la classe moyenne, qui sont nombreuses à envoyer leurs rejetons au secteur privé.


Reste qu’on ne voit pas beaucoup d’enfants issus d’un milieu défavorisé dans ces écoles dispendieuses. Moins de 7 % des enfants qui fréquentent une école privée sont issus d’une famille dont les revenus sont inférieurs à 30 000 $ par an.


Recevoir une aide financière pour fréquenter l’école privée est tabou. Le Devoir a tenté de recueillir le témoignage de parents, même anonymes, sans succès. Ces derniers craignent que leur enfant ne soit reconnu par ses camarades. C’est donc avec la plus grande discrétion que les écoles doivent gérer leurs programmes de bourses.


« C’est très confidentiel. Les parents veulent que leur enfant soit comme les autres », dit Nancy Sweer. Même son de cloche du côté de Nathalie Gervais, qui n’a pu convaincre aucun parent de son établissement de témoigner de l’importance pour lui de recevoir un petit coup de pouce pour que son enfant le fréquente. « Quand on est ado, on ne veut pas être différent », résume-t-elle.

 

Pourquoi pas le public?


Un enfant doué ne s’en tirerait-il pas tout aussi bien dans le secteur public de toute façon ? « Peut-être, dit Nancy Sweer. Mais nous croyons offrir une possibilité que le secteur public ne peut pas donner. »


Une étude de Philip Merrigan et Pierre Lefebvre, du Département des sciences économiques de l’UQAM, a démontré que l’école privée permet à des élèves d’améliorer leurs résultats en mathématiques. Les deux collègues ont comparé le classement des élèves qui fréquentaient le secteur public en sixième année, mais qui sont passés au secteur privé au secondaire. Comparativement à leurs comparses restés dans le secteur public, ils ont amélioré leurs résultats de quatre à cinq rangs percentiles, selon l’étude publiée en 2011 dans la revue scientifique Economics of Education Review. Selon les chercheurs, cette étude montre que la sélection initiale des élèves dans le secteur privé ne suffit pas à expliquer leur meilleure performance . L’école en soi, possiblement en raison de l’encadrement qu’elle offre, permet aux élèves de mieux réussir.


Les bourses d’études remises par les fondations des établissements privés ne font pas l’unanimité. Le titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’Université du Québec à Montréal, Léo-Paul Lauzon, les qualifie même de « farce grotesque ». Déjà, la plupart des écoles privées reçoivent des subventions de Québec, s’insurge-t-il. Les dons à leurs fondations sont déductibles d’impôt pour les donateurs, ajoute-t-il dans un texte publié en février 2011 par le site web de la chaire. De plus, les récipiendaires sont exemptés d’impôts au fédéral. Cela peut, selon lui, conduire à des situations inéquitables. Par exemple, « papa fera un don déductible d’impôt à sa fondation préférée, peut-être la sienne, qui à son tour offrira une bourse d’excellence au petit enrichi », dénonce-t-il.