Fondation Chagnon – Des histoires pour les tout-jeunes

Amélie Daoust-Boisvert Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture débute dès les premiers jours de la vie. Même avant, diront certains. De la femme enceinte qui raconte à voix haute sa journée à son futur bébé aux sorties à la bibliothèque avec l’éducatrice du CPE, en passant par le conte avant le dodo, c’est dans la petite enfance que se préparent les apprentissages plus formels qui viendront avec l’école.

Avenir d’enfants permet à 114 collectivités de financer des initiatives pour le développement des jeunes enfants. Car, encore aujourd’hui, tout se joue avant six ans… et la famille a parfois besoin d’un coup de pouce du reste du village.


Au premier jour d’école, on aura fait la lecture pendant 1700 heures à un enfant issu de la classe moyenne. C’est dire qu’on lui a raconté 6800 histoires de 15 minutes. De quoi faire le tour des contes de fées, des légendes québécoises et du merveilleux monde de Disney. Initier au monde des mots, ça peut être aussi banal que laisser un enfant de deux ans imiter maman et papa lisant le journal au déjeuner ou fréquenter l’heure du conte à la bibliothèque municipale.


Car, en milieu défavorisé, les enfants se présentent à l’école en ayant en moyenne bénéficié de 25 heures de lecture seulement. Ce qui n’est pas étranger au fait que, à Montréal, un enfant sur trois arrive trop peu préparé à son entrée à l’école.

 

Réduire l’écart


« On se base sur ça pour appuyer nos actions », précise Lyse Brunet, la directrice générale d’Avenir d’enfants. Lancé en 2009, ce fonds dispose de 400 millions de dollars sur 10 ans, fournis par le gouvernement du Québec et la Fondation Lucie-et-André-Chagnon.


Le but ? Que chaque enfant arrive prêt à l’école. « On essaie d’injecter plus de moyens et d’accompagnement possibles, pour que les enfants soient le moins laissés à eux-mêmes. On veut éviter que certains tombent entre deux chaises et arrivent à l’école sans avoir été aidés, explique Mme Brunet. L’idée, c’est de tisser un filet serré autour d’eux. »


Pour se qualifier, les collectivités doivent présenter un projet qui s’articule autour de dix facteurs que la recherche a identifiés comme « protecteurs » : l’accessibilité et la qualité des services, les pratiques parentales ou l’environnement physique et social du quartier, par exemple. Le financement est ouvert à toutes les collectivités qui souhaitent « travailler ensemble », dit Mme Brunet. « On ne soutient pas le CPE seul, car on cherche un impact collectif, poursuit-elle. On les accompagne, on enfonce deux ou trois clous de plus. »


Le centre de la petite enfance, la municipalité, les organismes communautaires : chacun est appelé à travailler en concertation avec les autres acteurs du milieu. Avenir d’enfants soutient actuellement une trentaine de projets sur le thème de l’éveil à la lecture.


À Québec, le collectif Caméléon (haute-ville), par exemple, veut amener les livres aux enfants du HLM Bourlamaque. Heure du conte, coin de lecture, prêts de livres, visites à la bibliothèque du quartier… Les intervenants veulent non seulement créer une panoplie d’activités, mais également faire participer les parents, qui pourront devenir bénévoles à leur tour. À Matane, on a instauré les « histoires à roulettes » : douze malles thématiques roulent d’une famille à l’autre pour le plus grand bonheur des petits qui les découvrent. En Outaouais, 100 sacs à dos circulent dans les maisons. Leur contenu ? Des fiches éducatives et des activités parents-enfants. Dans la région de Sorel, vous pourriez croiser la bibliothèque roulante. Les livres s’offrent aux jeunes lecteurs dans les parcs, l’été, et à domicile, l’hiver.


« On essaie de joindre les milieux défavorisés, dit Mme Brunet, car les parents eux-mêmes peuvent avoir des problèmes d’analphabétisme. Souvent, ils ont besoin d’être informés sur ce qu’il faut faire avec l’enfant, comme lui raconter des histoires. »


Évaluer l’impact


Elle attend avec impatience les premiers résultats de l’Enquête québécoise sur les enfants à la maternelle, qui arriveront à l’automne 2013.


Cette vaste étude scientifique vise à poser un diagnostic et à organiser les solutions en conséquence. « Ça va permettre de voir où on en est dans les compétences des enfants en langage avant l’école, et, quand on va reprendre, on va voir si on avance, si on a été capable d’influencer les façons de faire, d’injecter plus d’outils », estime-t-elle. À terme, Lyse Brunet a bon espoir de voir des enfants mieux préparés se présenter à leur premier jour de classe.