Une «tentation fasciste»

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Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
Jacques Parizeau au lancement du livre de Jacques Nadeau au Lion d’or.

Prenant la parole lors du lancement du livre Carré rouge, du photographe Jacques Nadeau, jeudi soir au Lion d’or, Jacques Parizeau a, pour la première fois, pris officiellement position dans le conflit étudiant.

S’il se dit peu surpris par la loi spéciale, lui qui en a vu passer plus d’une dans sa vie, il estime que celle-ci va trop loin en donnant le droit au ministre d’ordonner aux universités de ne pas payer un trimestre de cotisations étudiantes par jour d’infraction.

« Dans mes souvenirs, il faut remonter à l’arbitraire ministériel [de Duplessis]. C’est une mesure que l’on disait autrefois fasciste. »

Jacques Parizeau accuse le gouvernement Charest « d’une irresponsabilité inimaginable » en ayant « laissé pourrir la crise » pendant trois mois.

Il soutient que Jean Charest et Line Beauchamp ont littéralement « fait de la provocation » en clamant qu’ils avaient gagné, lors du congrès libéral de Victoriaville à l’issue d’une négociation de 22 heures avec les étudiants.

 

La loi et l’ordre

L’ancien premier ministre du Québec estime que les étudiants ont fait preuve d’une « admirable retenue » et d’un « calme imperturbable » tout au long du conflit avec « un minimum de casse ».

Pourtant, il y a, selon lui, « des gens qui ne demandent que cela, que la bousculade recommence, que les manifestations et le bordel recommencent de façon à ce que la loi et l’ordre puissent enfin prévaloir ». C’est, selon lui, une technique « vieille comme le monde ».

Il se dit heureux de voir que les étudiants ne tombent pas dans ce piège et rappelle que « de 1965 à 1989, la société québécoise avait comme objectif un enseignement gratuit à tous les niveaux », pourfendant au passage le deuxième gouvernement Bourassa qui augmenté de 250 % les droits de scolarité, gelés à 500 $ par année depuis plusieurs décennies.

« Que les étudiants disent, aujourd’hui qu’ils veulent remettre en cause le nouveau modèle pour revenir à celui que leurs parents et grands-parents ont connu, il n’y a rien de mal à cela, au contraire. »

Pour Jacques Parizeau, les revendications estudiantines sont d’autant plus intéressantes que « toute cette histoire d’excellence d’enseignement à l’université, c’est de la foutaise », puisque les montants associés à ces objectifs ont diminué dans le dernier budget.

« Le plan budgétaire, c’est épais comme cela et personne ne lit cela, bien sûr. Mais le fait est qu’on est en face d’une tromperie gigantesque. »

Jacques Parizeau a terminé son allocution sous les applaudissements nourris d’une salle comble en lançant des fleurs au photographe du Devoir Jacques Nadeau, dont il a signé la préface du livre : « Vous sortez de cette aventure comme un héros du printemps érable. »

24 commentaires
  • Steve Chabot - Inscrit 24 août 2012 06 h 08

    fasciste ?

    Mr Parizeau , Le Québec a cette graine de fasciste en elle ... C’est que nous avons la mémoire trop courte et pas assez de "guts" pour étalé nos opinions sur la place publique .

    Les regroupements néo nazi pleuvent dans la région de Québec et a l'époque des fameuses chemises brunes , ils avaient l'appui parmi la population ...

    Et que dire de notre clergé qui demandait a ses ouailles de ne point aller dans certain commerce par ce que leur proprios étaient des juifs ou bien musulman ..

    Combien de Québécois rêve d’avoir ce pays blanc , catholique francophone et autoritaire .... ils ont même élu un maire a Chicoutimi ...... Et poussent leurs politiques dans les rues de Québec ....

    Quand des gens s’opposent à la notion de pouvoir au peuple ... Mr Parizeau il n’y pas que la loi 78 qui donne des aires de fascisme .......

    • Michel Dion - Abonné 24 août 2012 11 h 22

      La graine du fascisme existe dans tous les pays du monde. Que la région de Québec ait tendance à sombrer dans le conservatisme de droite est un fait, mais c'est encore loin d'être l'Oklahoma ou la Virginie occidentale et même de certains pays d'Europe. Selon les historiens, Adrien Arcand n'aurait jamais recruté plus de 1000 membres au Québec. Les adhérents aux groupes d'extrême droite étaient beaucoup plus nombreux au Canada anglais où ils avaient même des accointances avec le Parti conservateur de Bennett. Pour ce qui est du clergé, on sait ce qu'il lui est advenu. Quant à Jean Tremblay, il est depuis longtemps la risée du Québec. Soyons vigilents, mais ne paniquons pas trop.

    • Marc Provencher - Inscrit 26 août 2012 17 h 49

      Le citoyen Chabot, d'après moi, manque un petit peu de carburant sur la question ; et fort curieusement, il ne semble connaître que l'aspect québécois et francophone du philofascisme au Canada dans les années 20 et 30. Il est vrai que les accusations de fascisme font depuis toujours l'objet d'une 'strumentalizzazione' intensive de la part des militants de parti, peu soucieux de vérité historique.

      À cet égard, il n'y a qu'à lire le binôme Delisle-Lester. Esther Delisle, spécialisée pour des raisons tactiques évidentes dans le fascisme french, Normand Lester spécialisé pour des raisons évidentes dans le racisme anglâs.

      Pour qui cherche à se renseigner, et non à s'emparer des bouts d'imprégnation fasciste qui font leur affaire dans un but tactique, je conseille plutôt Luigi Bruti Liberati: 'Il Canada, l'Italia e il fascismo' (Rome: Bonacci, 1984, dans une collection dirigée par nul autre que feu Renzo De Felice). On y respire un air tout autre, aux antipodes de la partisanerie maladive de notre binôme - bien que je soupçonne M. Liberati d'avoir eu plus de sources anglophones que francophones, d'où la tendance de son très instructif inventaire à être un chouia plus exhaustif pour le Québec ; par exemple, il oublie de mentionner les 'Zwastika Clubs' ontariens.

      Mais peu importe mes chipotages, il s'agit d'un vrai travail d'historien, ce qui est déjà infiniment mieux que les petits soldats Delisle et Lester.

      À force d'avoir les yeux rivés sur le seul Québec des années 20 et 30, on risque de perdre complètement de vue l'essentiel, à savoir l'aberrante complaisance, à Londres, Paris et Washington, à l'égard du régime totalitaire de Mussolini.

      "La prsse étrangère doit comprendre ceci !", lance Lauro De Bosis, antifasciste de la droite monarchiste-constitutionnelle, dans sa lettre de suicide 'Histoire de ma mort' (3 octobre 1931). Mais la foutue presse étrangère continuait à ne rien comprendre du tout et à se laisser bourrer le crâne par les publicistes du fascismo.

  • Gilbert Talbot - Abonné 24 août 2012 08 h 24

    La loi 12 toujours en fonction

    À Chicoutimi, cette semaine même, la police municipale a invoqué la loi 12 pour déclarer illégale la manifestation dans la rue des opposants au maire Jean Tremblay. (En passant la rue Racine est déserte à 11:00 du soir!). Ces manifestants demandaient simplement au maire de retirer ses paroles xénophobes à l'endroit de madame Benhabib.

    Le maire de Saguenay étend l'application de la loi 12 au niveau municipal contre des citoyens qui manifestent pacifiquement pour la reconnaissance des droits d'une personne qui n'a pour tort que d'avoir un nom difficile à prononcer (pour le maire) et d'être originaire d'un autre pays. On se rapproche en effet - monsieur Parizeau a raison - de la dictature fasciste d'un maire qui répudie les droits des citoyens. Pourtant, cette semaine tout le monde avait dénoncé les propos de ce maire, qui N,en fait qu'à sa tête.

    • Patrice Hildgen - Abonné 24 août 2012 14 h 48

      ''Le maire de Saguenay étend l'application de la loi 12 au niveau municipal contre des citoyens...'', vous donnez là un bel exemple de la dérive annoncée de cette loi inique. C'est cela que les milieu de manifestant dénonçaient il n'y a pas longtemps. Et merci à Jacques Parizeau qui n'a jamais eu peur d'appeler un chat un chat.

  • F. Georges Gilbert - Inscrit 24 août 2012 09 h 13

    Jacques Parizeau a parfaitment raison.

    Je souhaite à Jacques Nadeau, un immense succès, brillamment mérité,à la hauteur de son immense talent.Merci pour votre regard acéré,juste,rafraîchissant drôle parfois. Vous êtes un gardien précieux de notre Démocratie déjà suffisamment malmenée,galvodée.Merci.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 24 août 2012 09 h 45

    Grand monsieur

    On ne le dira jamais assez souvent, c'est un grand monsieur.

  • André Michaud - Inscrit 24 août 2012 10 h 08

    Faschiste? Nazi ?

    Au Québec les mots fachiste et nazi sont employé à tour de bras pour désigner des situtations qui n'ont rien de totalitaire..c'est une insulte aux victimes du totalitarisme fachistes ou communiste.

    La loi 78 ne resteint pas la liberté de parole ,elle oblige que ce soit fait dans le respect des autres citoyens. Si les manifs avaient été dans le respect, il n'y aurait pas eu obligation de passer cette loi.

    J,ai participé à des dizaines de manifs dans ma vie (groupes de gauche, syndicats, appui international..) et toujours les organisateurs collaboraient avec les policiers, donnaient leur itinéraire, et avaient leur propre service d'ordre.

    Le but d'une manif c'est s'exprimer, pas tout faire pour embêter les citoyens automobilistes, ou jouer au chat et à la souris contre les policiers pour ensuite faire payer aux citoyens une facture de 15 millions en frais policiers directement du au type de manifs anarchiste !!!

    • Djosef Bouteu - Inscrit 24 août 2012 14 h 52

      Allez donc jaser d'«insulte aux victimes» avec les gens qui ont été estropiés par la police qui faisait un usage non-règlementaire (dans le but de blesser et tuer) d'armes «non-léthales».

      Comme d'habitude, l'extrême-droite est très sélective dans la distribution de blâmes pour non-respect des règles. Sont-ils en procès pour négligence criminelle, ces policier? Non.

      La loi 78 - loi 12 est une dérive vers le fascisme. Quasiment un chèque en blanc à la police qui ouvre à tous les abus.

    • Marc Provencher - Inscrit 26 août 2012 13 h 08

      Le citoyen Djosef Bouteu écrit: « Allez donc jaser d'«insulte aux victimes» avec les gens qui ont été estropiés par la police. »

      Je suis tout à fait disposé à le faire. C'est comme pour la génération qui a eu vingt ans en mai 1968 par rapport à celle qui a eu vingt ans le 8 septembre 1943. Car une chose est de manger un coup de matraque devant une facultée occupée, et autre de stopper des Panzerdivizionen maniaquement organisées avec seulement la pétoire rouillée d'oncle Gianni !

      (Il faut dire que je viens de re-regarder, tirée de ma collection de DVD Zone 2, 'La Grande pagaille' (Tutti a casa, 1960), comédie à l'italienne de Luigi Comencini interprétée par Alberto Sordi et scénarisée par Age-Scarpelli, alors je me sens en très grande forme).

      Au fait, j'ai présentement sous les yeux, allez savoir pourquoi, deux sources antifascistes de toute première main - à gauche : Angelo Tasca, militant douteux mais historien de génie avec 'Naissance du fascisme' (1938) ; à droite: Fruttero et Lucentini et leur indispensable 'Trilogie du crétin' - qui énumèrent toutes deux, comme facteurs de la genèse du fascisme, « la perte du sens des proportions ». Je trouve cette observation très juste, pas vous ?