«Charest dehors», mot d’ordre des manifestants

Des milliers de manifestants ont marché dans les rues de Montréal, mercredi.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des milliers de manifestants ont marché dans les rues de Montréal, mercredi.

Estimant qu’on avait peu parlé d’eux pendant la campagne électorale, ils ont pris la rue pour se faire entendre. Des milliers de manifestants étudiants et anticapitalistes ont marché hier au centre-ville de Montréal, livrant en bloc un message sans équivoque : « Cha-rest ! De-hors ! »

La bonne humeur et le calme dans lesquels s’est déroulée la grande marche de protestation contrastaient avec la véhémence du ras-le-bol des marcheurs, tous sympathiques au mouvement des « carrés rouges ». « Le thème de la manif, c’est de mettre Charest dehors. Je me devais d’être là », a lancé franchement Alicia, qui n’est pas étudiante, mais qui s’est laissé rapidement gagner par le mouvement. « Les Québécois sont dans la rue en ce moment, et c’est assez clair pour qui ils prennent ! »


Encore une fois, la marche du 22e jour du mois, une tradition instaurée par le mouvement étudiant depuis le mois de mars, a eu de plus larges desseins. Elle a servi de prétexte à des citoyens de tous âges et des organismes de la société civile en ont profité pour dénoncer les politiques néolibérales du gouvernement, la tendance à la privatisation, sans oublier, bien sûr, la hausse des droits de scolarité. « Je suis tannée du gouvernement et je suis contre son néolibéralisme », a lancé Maritza Hernandez, une résidante de l’arrondissement Saint-Léonard, pour expliquer sa présence.


« On espère porter un grand coup. C’est notre dernière chance pour nous donner une grande visibilité et montrer aux libéraux et au reste du Québec qu’on n’a pas lâché, malgré un relâchement normal pendant l’été », a soutenu Pascale André, étudiante à l’UQAM et mère de famille.


La porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, Véronique Laflamme, souhaite voir les formations politiques proposer de nouvelles avenues fiscales afin de tourner le dos aux « politiques néolibérales instaurées en douce […] depuis près de 20 ans ». « On a les moyens », mais « il faut faire des choix fiscaux », a dit Mme Laflamme, dont l’organisme a coorganisé la manifestation avec la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE).


La manifestation, dont le trajet n’a pas été divulgué à la police, s’est mise en branle vers 15 h pour se terminer environ deux heures plus tard, à la place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal. Les policiers ont procédé à une arrestation, mais aucun affrontement avec des manifestants n’a eu lieu. Dix cégeps et plusieurs associations étudiantes universitaires avaient voté une levée des cours pour participer à la journée, décision que les directions d’établissements n’ont finalement pas contrecarrée.


Dans ce grand rassemblement portant assez volontiers les couleurs du Parti québécois (PQ) mais surtout celles de Québec solidaire et d’Option nationale, les manifestants en voulaient d’abord au Parti libéral et à la Coalition avenir Québec (CAQ). Une poignée d’individus ont été aperçus en train d’arracher les pancartes de ces partis en début de parcours.


Lors d’un point de presse, en début d’après-midi, les leaders étudiants ont appelé à ne pas voter pour ces deux partis. « On rappelle au Parti libéral du Québec, mais aussi aux caquistes, car ils semblent [afficher] le même mépris envers nous, que la “rue”, c’est aussi les Québécois », a souligné Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). « Dans les débats des derniers jours, il n’y a pas beaucoup de partis qui offrent une vision de l’éducation et une vraie évaluation de nos besoins. C’est déplorable de voir si peu de leadership, notamment du gouvernement et d’autant plus des caquistes, qui disent vouloir le changement, mais qui répètent exactement la même plateforme que le gouvernement libéral en 2003. »


Est-ce un appel à voter pour le PQ ? « Pas nécessairement », a répondu Éliane Laberge, présidente de la Fédération étudiante collégiale (FECQ). « Mais on invite les citoyens québécois et particulièrement les jeunes à être critiques et, oui, à réaliser que certains prônent l’accessibilité aux études et d’autres, certainement pas. » Pour inciter les jeunes à voter, des bénévoles mènent actuellement une campagne téléphonique.


L’issue du scrutin est incertaine, mais déjà, les étudiants ont annoncé que plusieurs congrès et assemblées générales se tiendront dans les jours qui suivront l’élection. « Peu importe ce qui va se passer dans les prochaines semaines, il va falloir continuer à se mobiliser et à se questionner collectivement. Et à continuer à parler d’éducation, parce qu’on a beau annuler cette hausse-là, il y a quand même des menaces d’une marchandisation de l’éducation », a affirmé la coporte-parole de la CLASSE Jeanne Reynolds. « Le 4 septembre est moins important que le 5 septembre. Et le 5 septembre, nous continuerons à nous battre comme nous nous sommes battus depuis six mois, comme nous nous battrons chaque soir jusqu’à la victoire. »

32 commentaires
  • Lorraine Dubé - Inscrite 23 août 2012 06 h 27

    La rue pour tout le monde

    Certains militants de QS témoignent leur hargne du PQ dans les tribunes de lecteurs. J’ai vu pire hier.

    J'ai participé à cette mobilisation citoyenne.

    Je revendique le droit de marcher aux côtés des miens dans la rue sans voir tout le long du parcours un spectacle désolant. Croyez-vous rassembleur d'enlever toutes les affiches électorales des candidats du parti québécois sur votre route alors que leurs militants sont également dans la rue avec vous?!

    Lorsque je me suis objectée, on m'a fait comprendre qu'on pouvait se passer de mes convictions. Que de condescendance! Le monopole de la vérité?

    J'avais dénoncé le fait que J-M. Aussant soit exclu du débat, lui qui est élu à l'Assemblée nationale. Certains militants de ON ont également participé au vandalisme.

    En terminant, madame Françoise David mérite le respect. Je souhaite par contre que les citoyens de Gouin se rappellent de toute l'implication de leur député Nicolas Girard. Grâce à son travail remarquable à l'opposition, le scandale des garderies a été mis à jour, Tony Tomassi a démissionné et des rapports accablants du VG mettant en cause Michelle Courchesnes ont suivi à L'UPAC. Etc...

    Merci Nicolas Girard. J'espère que les électeurs ne seront pas ingrats. Vous méritez de vous retrouver enfin au pouvoir.

    • France Marcotte - Abonnée 23 août 2012 08 h 46

      Ce que vous déplorez est vraiment terrible et désolant.

      Heureusement pour moi je n'ai rien vu de tel.
      C'est vrai que j'avais le nez en l'air, ne prêtant attention qu'à la clameur de cette foule énergique.

    • Killian Meilleur - Inscrit 23 août 2012 10 h 03

      Tous les milieux, tous les partis, tous les mouvements ont leurs pommes pourries radicales. Ce sont des gens qui se cherchent des raisons pour détruire, pas des « militants ».

      Le mieux qu'on puisse faire, dans la société humaine, est de s'assurer que ceux-ci n'aient pas l'occasion de faire des dégâts. la première chose à faire est de ne pas les élire, bien évidemment ; raison pour laquelle le PLQ et la CAQ devraient retourner aux oubliettes.

    • Lorien Routhier - Abonné 23 août 2012 12 h 15

      C'était presque comique, en fait, ces destructions de pancartes. J'ai vu des gens grimper dans un lampadaire pour enlever une pancarte du PQ (moi aussi je me demande pourquoi) puis glisser à sa place une pancarte de ON qui était plus bas... Puis, 10 seconde après, deux anarchistes sont montés dans le même lampadaire pour enlever aussi la pancarte de ON.

      Différents groupes sont opposés à différents partis pour différentes raisons. Mais le résultat est qu'au final, il ne reste pas grand monde dont la photo ne se fait pas piétiner.

    • Simon Alix - Inscrit 23 août 2012 14 h 59

      J'aimerais rappeler aux citoyens de Gouin que Mme David représente tout un système de valeur à l'assemblée nationale qui amène un renouveau démocratique par sa présence. Pour la dénonciation des scandales, il y a toujours le journalisme.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 23 août 2012 16 h 16

      Monsieur Nicolas Girard est au service des citoyens du Québec. Il n'a pas fait que condamner des scandales monsieur Alix. C'est méprisant de votre part.

      Et, il n'y a pas que les journalistes pour éclairer la population.

      Le député Girard a représenté ses électeurs de Gouin avec brio pendant 8 ans. On remplace un incompétent qui n'a pas fait ce pour quoi on l'a élu. C'est loin d'être son cas.

      Par conséquent
      Je souhaite qu'il nous revienne et cette fois en tant que membre du gouvernement.

  • Lorraine Dubé - Inscrite 23 août 2012 07 h 44

    Les médias ont minimiser l'ampleur de la manifestation

    «La manifestation de quelques milliers de personnes»

    Quelle désinformation Gesca! Au plus fort de la mobilisation citoyenne, nous avons évalué la foule à 130-150,000 personnes au minimum.

    Ce manque de précision consiste en un lavage de cerveau, comme l'argumentaire propagandiste de Jean Lapierre, Mario Dumont et Richard Martineau suite au débat des chefs hier. Ils en ont perdu leur latin, en bon capitulards, oubliant que «province» signifie «être pour la victoire».

    Jamais ils n’oseraient demander de compte aux adeptes du statu quo, l'oligarchie, qui commande leur tolérance et banalisation de la constitution de 1982 dont le Québec est toujours exclu. On mentionnait «Avis d'experts». Rectification: Publicité non comptabilisée et commanditée par la CAQ de François Legault, le petit comptable des libéraux et nouveau Sarkosy de Desmarais.
    Voyant son poulain Charest en difficulté, il fallait trouver une alternative pour éviter un gouvernement souverainiste à Québec.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 23 août 2012 16 h 55

      Correction-
      Les médias ont minimisé l'ampleur de la manifestation

  • Lorraine Dubé - Inscrite 23 août 2012 07 h 51

    Une précision à mon message précédent

    Après consultation de la revue de presse...

  • Normand Gélinas - Inscrit 23 août 2012 08 h 05

    Dehors Charest

    Welcome Pauline! Il serait souhaitable que le PQ entre au pouvoir avec beacoup de députés de Québec Solidaire à l'assemblée afgin de faire bouger le PQ en temps venu. Cette synergie ne peut qu'être positive. Le PLQ s'il en reste devra former front commun avec la CAQ, nous verrons que quel bois se chauffe ces deux partis. (Le tremble et le bouleau?) Des bois mous.

    • André Le Belge - Inscrit 23 août 2012 09 h 51

      Notre système électoral est à un tour pas à deux tours. Si QS enlève 1000 votes au candidat PQ et que les libéraux ont 500 votes de plus que le PQ, c'est pas le candidat du PQ qui gagne mais bien celui du PLQ. Ça me semble difficile à comprendre cette simple mathématique...

    • Yves Côté - Abonné 23 août 2012 09 h 56

      Excellent .

  • France Marcotte - Abonnée 23 août 2012 08 h 26

    Pourquoi ne pas dire combien?

    100 000, 150 000, plus?

    Quand on est dedans, c'est impossible d'évaluer le nombre, mais du haut d'un édifice, d'un hélicopère ou d'un arbre s'il le faut?

    La technologie et les mathématiques peuvent nous mener à la lune mais ne seraient pas assez élaborés pour évaluer une foule en marche?