Campagne électorale: la CLASSE ne restera pas silencieuse

«On va porter ce manifeste-là qu'il y ait campagne électorale ou pas. Mais, c'est certain que s'il y a campagne électorale, ça va prendre peut-être une couleur différente», a indiqué Gabriel Nadeau-Dubois.
Photo: François Pesant - Le Devoir «On va porter ce manifeste-là qu'il y ait campagne électorale ou pas. Mais, c'est certain que s'il y a campagne électorale, ça va prendre peut-être une couleur différente», a indiqué Gabriel Nadeau-Dubois.

La CLASSE n'entend pas rester silencieuse ni tranquille durant la campagne électorale qui s'amorcera vraisemblablement bientôt, mais la forme que prendra son action n'est pas encore définie.

C'est en fin de semaine prochaine, lors d'un congrès à l'Université Laval, à Québec, que les contours de cette stratégie seront définis, ont fait savoir les coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds, au cours d'une rencontre avec la presse, ce matin à Montréal, pour présenter leur nouveau manifeste.

La stratégie électorale de la CLASSE sera donc arrêtée samedi, mais une chose est acquise, le plus militant des regroupements d'associations étudiantes ne restera pas silencieux ni tranquille, ont prévenu Mme Reynolds et M. Nadeau-Dubois. «La stratégie, pour le moment, elle n'est pas fixée. Mais ce qui est clair, c'est qu'on ne restera pas silencieux. Il y a des raisons pour lesquelles on trouve que le Parti libéral n'amène pas le Québec dans la bonne direction; ces raisons-là sont dans le manifeste. Et on va porter ce manifeste-là qu'il y ait campagne électorale ou pas. Mais, c'est certain que s'il y a campagne électorale, ça va prendre peut-être une couleur différente», a indiqué M. Nadeau-Dubois.

Il trouve par ailleurs «cynique» de voir le premier ministre Jean Charest déclencher une élection estivale bientôt, si tel est le cas. «Il sait très bien que par le passé, son parti a été élu quand il y avait des bas taux de participation. C'est le pari qu'il prend. Espérons qu'il se fera prendre à son propre jeu. Depuis le début du conflit, la principale erreur de monsieur Charest, ça a été de systématiquement sous-estimer la force de la mobilisation», a commenté M. Nadeau-Dubois.

Il n'est cependant pas question que la CLASSE appuie un parti politique. «Il y a un principe à la CLASSE qui est fondamental, c'est celui de l'indépendance face aux partis politiques. C'est un principe qui est à l'origine de notre coalition et qui est une des principes sur lequel il est absolument inconcevable de faire des compromis», a souligné M. Nadeau-Dubois.

Le Parti québécois et Québec solidaire sont plutôt favorables aux positions étudiantes et leurs représentants arboraient généralement le carré rouge, symbole de la lutte étudiante.

Sollicité sur les campus de l'Ontario

Par ailleurs, la tournée estivale de la CLASSE ne se limitera pas qu'au Québec: elle sillonnera également l'Ontario, pour diffuser le message de mobilisation étudiante sur les campus de cette province où les droits de scolarité sont les plus élevés au pays.

La «tournée de solidarité étudiante» s'échelonnera sur neuf jours et devait démarrer jeudi soir à Ottawa avec un discours d'un des coporte-parole de la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante, Gabriel Nadeau-Dubois.

Les campus de Kingston, Hamilton, Windsor, Niagara, London, Guelph et Toronto figurent également sur l'itinéraire prévu. La tournée se terminera à Peterborough le 20 juillet.

Cet événement vise à renseigner les étudiants sur les façons de mener la lutte contre la hausse des droits de scolarité en Ontario, a expliqué la présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants pour l'Ontario, Sarah Jayne King.

Elle ajoute que depuis 2006, la hausse s'est accélérée dans la province.

Pour l'année 2010-2011, selon Statistique Canada, les Ontariens ont déboursé en moyenne 6640 $ en droits de scolarité postsecondaires – donc incluant aussi l'équivalent du cégep québécois.

Au Québec, les droits de scolarité à l'université étaient de 2168 $ en 2011-2012, et atteindront près de 3800 $ en 2016-2017, selon les hausses annoncées par le gouvernement Charest. Les milliers d'étudiants québécois qui font la grève depuis février se battent contre une hausse de 254 $ par année pendant sept ans.

Selon Mme King, les représentants de la CLASSE seront là pour partager leurs impressions sur la gestion des forces policières face aux manifestations qui ont ponctué quotidiennement la grève. «Il ne s'agit pas de faire la promotion des actions militantes», a-t-elle plaidé.

Jérémie Bédard-Wien, l'un des responsables de la CLASSE qui prendront part à la tournée ontarienne, affirme que les étudiants de cette province ont toutes les raisons de vouloir manifester.

«Il y a beaucoup d'associations citoyennes qui prennent leur essor en Ontario et qui apprennent de nos stratégies d'organisation, et il est évident que les étudiants ontariens sont intéressés à en savoir plus sur la façon dont nous nous mobilisons et nous préparons pour une grève générale», a indiqué le cégépien de 20 ans.

«Les droits de scolarité sont nettement plus élevés en Ontario qu'ils ne le sont au Québec. Je crois assurément que les étudiants vont réagir plus fortement», a ajouté M. Bédard-Wien. Selon lui, les étudiants ont le devoir de s'organiser et de planifier leurs actions s'ils veulent avoir une influence sur la politique.
34 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 12 juillet 2012 13 h 19

    Oui mais...

    Si la CLASSE veut se fait entendre lors de la prochaine caampagne électorale, c'est son droit le plus strict.

    Par contre, ses dirigeants devraient faire attention. Plusieurs observateurs l'ont déjà écrit ou dit : par sa mobilisation cette association pourrait devenir sans le vouloir l'allié du gouvernement Charest.

    Maintes fois jusqu'ici, les libéraux ont tenté de se servir du conflit étudiant pour ses faire du capital politique et, si celui-ci persiste, ils continuenront de le faire !

    • Jean-François Couture - Inscrit 12 juillet 2012 13 h 34

      «Par contre, ses dirigeants devraient faire attention.»

      Quels dirigeants? La CLASSÉ n'a que des porte parole. Jamais nos Hercule Poirot journalistiques ne se sont donné la peine de nous montrer comment s'exerce cette prétendue «démocratie directe» que brandissent les porte parole de la CLASSÉ.

      Qui sont donc les «décideurs» qui élisent et mandatent ces «porte parole»? Quel est le processus de décision utilisé? Comment se finance cette organisation politico-estudiantine qui se balade un peu partout?

      Non. On préfère s'ébaubir devant les grandes aptitudes à la communication de l'humble porte parole qui, sans autonomie propre, aurait même eu besoin d'un mandat pour rencontrer le maire de Paris.

      Décidément, il y a là de quoi être perplexe.

    • Gilles Théberge - Abonné 12 juillet 2012 13 h 40

      Je crains fortement la même chose que vous monsieur Gervais. Malheureusement cela ne semble pas retenir l'attention de la CLASSE si l'on en croit son discours.

      Je crains aussi qu'il y ait au sein de ce groupe, un certain nombre de jusqu'auboutistes, qui se fichent éperduement de jouer le jeu de Charest, certains espérant même qu'il conserve le pouvoir afin de continuer de la lutte.

      Si c'est le cas et que Charest joue avec bonheur de ces alliés objectifs, imaginez qu'au lieu de progresser, notre société va continuer de régresser.

    • Yves Claudé - Inscrit 12 juillet 2012 15 h 04

      La CLASSE : empêtrée dans ses contradictions …

      Monsieur Bernard Gervais a raison de souligner les possibles conséquences politiques, favorables ou non au PLQ, des interventions de la CLASSE.

      Face à la perspective des élections, cette association étudiante semble passablement empêtrée dans ses contradictions : elle s’est avancée sur le terrain politique en s’opposant à juste titre aux mesures du PLQ sur les droits de scolarité. Cependant, tout en s’opposant au PLQ, elle met de l’avant une mythique «démocratie directe» tout en discréditant la démocratie représentative (électorale), et ceci sur la base d’un manifeste qui n’a été approuvé formellement que par une infime minorité des dizaines de milliers de membres de la CLASSE !

      Un temps de réflexion et une réelle consultation de sa base pourraient permettre à la CLASSE d’éviter des erreurs qui ne nuiraient pas seulement à ses membres…

      Yves Claudé

    • Marc-André Fortier - Abonné 12 juillet 2012 15 h 50

      M. Claudé. vous dites : «tout en discréditant la démocratie représentative (électorale), et ceci sur la base d’un manifeste qui n’a été approuvé formellement que par une infime minorité des dizaines de milliers de membres...»

      Avez-vous songé que cette «infime minorité» comme vous la désignez est représentative d'une tendance très actuelle ici. Le PLQ depuis 2003 est élu justement parce qu'une infime minorité seulement des gens ayant droit de vote au Québec se présente aux urnes.

      Vous reprochez alors aux étudiants de reproduire notre exemple? Le fruit tombe rarement loin de l'arbre M. Claudé.

      Encore heureux que cette génération ait le courage de faire ce que nous avons négligé de faire, s'élever contre la prise de contrôle de notre société par un groupe d'individus intéressés par autre chose que le bien commun.

    • Yves Claudé - Inscrit 12 juillet 2012 17 h 22

      Monsieur Marc-André Fortier

      Je n’appartiens pas à ce «nous» contrit que vous évoquez. Merci de ne pas m’y associer.

      Yves Claudé

    • Georges Washington - Inscrit 12 juillet 2012 23 h 51

      Ce qu'il y a de décourageant dans ce que vous dites, c'est que vous craignez que la CLASSE fasse le jeu du PLQ et de Charest, mais jamais vous ne craignez que l'électeur fasse, lui, le jeu de Charest et du PLQ.

      N'est-ce pas à l'électeur de voir clair? Museler la CLASSE sous prétexte que les électeurs sont trop idiots, c'est un peu faible comme argument. A ce compte, il faudrait simplement éliminer les campagnes électorales qui sont en soit un jeu dans lequel l'électeur joue.

  • France Marcotte - Abonnée 12 juillet 2012 13 h 41

    Tergiversations

    On apprend des choses bien intéressantes en poussant les choses plus loin que de coutume comme ce qui arrive maintenant avec les étudiants. Nous sommes poussés hors de la zone de confort.

    Tergiverser peut servir à se défiler, à exprimer son opposition au progrès sans vraiment se mouiller.

    Alors, tergiversons...mais pas trop tout de même.

  • Huguette Durocher - Inscrite 12 juillet 2012 14 h 24

    Mission du peuple Québécois

    Le peuple du Québec devait ce mettre la mission d'avoir le plus haut taux de participation de vote lors des prochaines élections provinciales.

    Huguette Durocher

    • Claude Champagne - Inscrit 12 juillet 2012 17 h 53

      D'accord un taux de participation minimum mettons 78 %, un chiffre symbolique et normalement s'est suffisant pour débarquer charest le grand manipulateur.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 15 juillet 2012 17 h 37

      Pourquoi se limiter à 78 % pour utiliser le numero du projet de loi maintenant LRQ # 12 de la session. Pourquoi pas 88 % parce que l'enjeu est majeur et déterminant autant que le 95 % en 95 pour le référendum.
      Parce que maintenant c'est la dépossession du Québec le le plan PLQ de Hausser notre dépendance envers le ROC et envers les multinationales. Alors, il faut bien s'informer diffuser généreusement toutes les informations pertinentes pour redevenir "MAÎTRE CHEZ NOUS" ert reprendre le contrôle de nos orientations, de nos décisions et de notre prospérité mise à rude épreuve...

    • J-Paul Thivierge - Abonné 15 juillet 2012 17 h 38

      IL EST URGENT ET BIEN ÉVIDENT QU'ON DOIT <<REDEVENIR MAÎTRE CHEZ NOUS>>

  • Michel Savard - Inscrit 12 juillet 2012 14 h 38

    Incroyable !

    Jean Charest n'a même pas à penser à un piège machiavelique, la CLASSE se piège elle-même !

    Si la CLASSE, comme elle le laisse entendre, se mêle de la prochaine campagne électorale, Jean Charest aura l'argument
    idéal pour camoufler tous les problèmes en exacerbant la population contre les idées d'extrême-gauche de la CLASSE
    sans manquer de rappeler que la CLASSE ne dénonce jamais la violence , sans oublier d'y associer l'anarchie, etc...

    Jean Charest aura tôt fait de se poser comme le seul défenseur de la loi et l'ordre et vous pouvez être certains qu'il récoltera dans les boîtes de scrutin !

    • Huguette Durocher - Inscrite 12 juillet 2012 16 h 36

      La loi et l'ordre n'ont plus aucun contrôles sur Charest et sont Gouvernement.

      S'il remporte les prochaines élections, il va tous nous mettre à genoux pour arriver à ses fins.

      Huguette Durocher

    • Pierre Brulotte - Inscrit 12 juillet 2012 21 h 09

      Mais si les étudiants ne font rien, le parti libéral pourra dire qu'il a eu raison!

    • Georges Washington - Inscrit 12 juillet 2012 23 h 53

      Et les électeurs là-dedans? Ce n'est pas à eux de demander une rédition des comptes au gouvernement actuel? Ce n'est pas à eux de décider du jeu et des enjeux des élections?

      Je déteste cette vision passive de l'électeur qui n'est qu'une sorte de zombie entièrement manipulé comme une marionnette. Il serait temps de cesser de s'apitoyer sur notre sort d'électeur et de se retrousser les manches et d'exiger des choses de nos élus et des candidats qui veulent se faire élire.

      Le misérabilisme ne mène qu'à la misère.

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 12 juillet 2012 14 h 52

    Enfin des gens qui savent que le respect ne s'achète pas mais se gagne au prix parfois de luttes acharnées.

    Les Jean Charest et autres politicailleux qui ne veulent rien savoir de la vraie corruption, de l'état lamentable des finances publiques, des inégalités et des injustices sociales et qui par intérêts personnels se font les ardents défenseurs d'une machine administrative en train de pirater une société qu'elle devrait normalement protéger, vont certainement se 'faire chauffer les oreilles' si la CLASSE simplique réellement dans le prochain processus électoral et conserve sa neutralité politique.
    En tous cas, bravo à la CLASSE pour sa pésente déclaration de principe qui ne fait qu'accroître ses lettres de noblesse.
    Charest et sa petite justice vont-ils tenter de concevoir une nouvelle matraque pour contrer la CLASSE une fois de plus ?

    • Gilles Théberge - Abonné 12 juillet 2012 15 h 59

      Peut-être monsieur Cloutier a-t-on le droit de choisir le suicide, fut-il politique. Mais on a pas le droit de l'imposer aux autres.

      Et tout porte à croire que c'est ce que s'apprête à faire la CLASSE...

    • Jocelyn Cloutier - Inscrit 12 juillet 2012 19 h 44

      Ne pourrait-on pas dire la même chose monsieur Théberge à propos de l'actuel gouvernement: pourquoi accepter de le suivre bêtement dans le suicide social collectif dans lequel il nous entraîne alors qu'une minorité sociale ne s'est jamais autant protégée contre une déconfiture générale ?
      Moi aussi je préférerais un petit coin dans le bunker plutôt qu'être sacrifié sur l'autel des cupides ou de servir de chair à canons pour les Démarais et cie.