Annulation de la «journée portes ouvertes» - Le Grand Prix est-il allé trop vite ?

À l’invitation de la CLASSE, et malgré la pluie, quelques milliers de personnes se sont réunies samedi au parc Jeanne-Mance, à Montréal, pour dénoncer la hausse des droits de scolarité et la loi 78. Ci-dessus, le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois.
Photo: - Le Devoir À l’invitation de la CLASSE, et malgré la pluie, quelques milliers de personnes se sont réunies samedi au parc Jeanne-Mance, à Montréal, pour dénoncer la hausse des droits de scolarité et la loi 78. Ci-dessus, le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois.

La journée portes ouvertes du Grand Prix du Canada, qui permet chaque année aux mordus de Formule 1 de jeter un oeil aux garages, sera annulée ce jeudi matin, en raison des menaces de perturbations par des étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité. Les organisations étudiantes jugent la mesure absolument « exagérée » et « précipitée ».

« À regret », le président du Grand Prix du Canada, François Dumontier, a annoncé hier après-midi que l’événement serait annulé. « Notre premier devoir est d’assurer le confort et la sécurité des partisans et des spectateurs, ce que nous serons assurément en mesure de faire dès l’ouverture des tourniquets, vendredi matin et tout au long du week-end, a-t-il déclaré par voie de communiqué. Or, compte tenu des annonces de perturbation récemment formulées, l’admission gratuite et le caractère naturellement plus ouvert de la journée portes ouvertes présentaient certains risques que nous ne pouvions prendre. »


Les étudiants n’y comprennent rien. La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) estime que les craintes de débordements au Grand Prix exacerbées par les propos tenus pendant les négociations par un représentant de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), sont tout simplement infondées. Un négociateur de la CLASSE avait lancé à la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, que si l’offre des étudiants n’était pas acceptée, « on va vous l’organiser, votre Grand Prix ».


« Je pense qu’on a monté le tout en épingle ; le gouvernement a utilisé [cette phrase] pour discréditer le mouvement étudiant, a dit hier la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. À ma connaissance, la CLASSE a simplement l’intention d’informer les gens, d’aller distribuer des carrés rouges pour faire connaître les enjeux. » Un simple coup de fil aux organisations étudiantes aurait pu rassurer les organisateurs, croit Mme Desjardins.


Même son de cloche à la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), où l’on qualifie aussi la mesure de « démesurée ». « Oui, des manifestations ont lieu tous les soirs, mais, depuis plus d’une semaine, ça se passe dans le calme, rappelle la présidente, Éliane Laberge, qui trouve dommage que des Québécois amateurs de Formule 1 soient privés de l’événement populaire. De là à craindre les étudiants au point de penser que des vies sont en danger, c’est prendre les étudiants pour plus qu’ils ne le sont. »


Les principaux intéressés, à la CLASSE, répètent que le but, en visant le Grand Prix, était de mobiliser les touristes sans empêcher la tenue de l’événement. « C’est normal que ça paraisse un peu quand il y a une crise sociale », affirme Gabriel Nadeau-Dubois. Si François Dumontier l’avait appelé, il lui aurait répété ses propos des derniers jours sur le sujet.


Des membres de la CLASSE seront quand même présents autour de l’événement de course automobile pour le week-end, tandis que la FEUQ et la FECQ n’ont pas prévu d’action liée au Grand Prix.


Pourquoi l’équipe du Grand Prix n’a-t-elle pas pris contact avec les organisations étudiantes ? M. Dumontier n’accordait plus d’entrevues hier soir et n’a donc pas répondu à cette question.


Mais d’autres groupes risquent d’entrer en jeu. Les portes ouvertes ont beau être annulées, les amateurs de vitesse pourraient quand même croiser des manifestants jeudi. La Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) organise un événement pour perturber le cocktail d’ouverture ce jeudi même, pour appuyer les étudiants. « Faisons de leur soirée “de prestige, de faste et de plaisir” notre Grand Soir ! », indique l’invitation sur le site Web du groupe. Les membres prévoient par ailleurs s’inviter toute la semaine là où se trouveront les amateurs de Formule 1, du parc Jean-Drapeau jusque « dans le coin de la rue Crescent où seront stationnées leurs Ferrari », symbole des injustices sociales, selon la CLAC.

 

« Appel à la raison »


Le fondateur du festival Juste pour rire, Gilbert Rozon, rencontrera aujourd’hui les représentants des organisations étudiantes pour tenter de les convaincre de ne pas perturber les événements et festivals qui font « la fierté des Montréalais ». « Je m’en vais juste essayer de faire appel à leur raison », a-t-il dit à La Presse canadienne. Les manifestations étudiantes ont déjà un impact sur les événements montréalais, comme en témoigne la baisse des ventes de billets pour le Grand Prix, confirmée la semaine dernière par François Dumontier.


Éliane Laberge participera sans hésitation à la rencontre. « On nous dit que c’est pour nous ramener à la raison, mais nous aussi on peut montrer que le gouvernement savait pertinemment qu’en quittant la table des négociations, la mobilisation continuerait et que ça aurait un impact sur l’économie de Montréal, ce qui affecterait l’opinion publique.»


La CLASSE n’avait pas reçu d’invitation hier pour se joindre à la rencontre. « Mais honnêtement, je ne saurais pas quoi lui dire [à M. Rozon], a dit Gabriel Nadeau-Dubois. La CLASSE ne prévoit rien au sujet du Festival Juste pour rire. »

 

La SQ et la CLASSE


Radio-Canada a révélé hier que Gabriel Nadeau-Dubois avait été longuement questionné par la division des enquêtes sur la menace extrémiste de la Sûreté du Québec, à la fin d’avril. En entrevue à la télévision publique, le représentant étudiant a affirmé que la première chose que l’enquêteuse lui a dite au début de l’interrogatoire, c’est qu’on le rencontrait à la suite d’une demande du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil. Le cabinet du ministre a plutôt affirmé que M. Dutil ne s’est jamais ingéré dans les enquêtes policières.


« On m’a essentiellement posé des questions sur le mouvement étudiant, sur la CLASSE, sur les actions, on m’a nommé des groupes qui sont actifs sur les réseaux sociaux pour savoir si je les connaissais, si j’avais de l’information », a dit M. Nadeau-Dubois à Radio-Canada. La SQ n’a pas confirmé le contenu de l’interrogatoire.

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