Le printemps québécois vu par les médias étudiants

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	Malgré la controverse qui l’entoure, CUTV est probablement le média communautaire qui a bénéficié de la plus grande visibilité depuis le début du conflit. Ses images ont été réutilisées — souvent sans crédit ni rémunération — par des chaînes comme CBC, CTV, TVA, LCN, Al-Jazeera et CNN.</div>
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Malgré la controverse qui l’entoure, CUTV est probablement le média communautaire qui a bénéficié de la plus grande visibilité depuis le début du conflit. Ses images ont été réutilisées — souvent sans crédit ni rémunération — par des chaînes comme CBC, CTV, TVA, LCN, Al-Jazeera et CNN.

Après avoir tiré sur un manifestant avec un fusil à balles de caoutchouc, un policier de la SPVM s’écrie : « Tiens ! Dans les fesses, mon calisse. » Cette scène, reprise par TVA et vue à plus de 220 000 reprises sur YouTube, a été saisie par Nicolas Quiazua, jeune journaliste étudiant et rédacteur en chef du journal Le Délit à l’Université McGill. Cette séquence n’est qu’un exemple parmi une foule de vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux et qui ont été réutilisées par les grandes chaînes de télévision du Québec et d’ailleurs.

Selon Jean-Hugues Roy, qui enseigne le journalisme à l’Université du Québec à Montréal, « la grande différence [d’avec les médias traditionnels], c’est qu’ils font partie intégrante du conflit. […] Les médias étudiants couvrent plus finement, plus profondément le conflit étudiant parce qu’ils sont dedans tous les jours. » Ils le font aussi depuis plus longtemps : alors que les grands médias se sont braqués sur la crise actuelle depuis que les étudiants ont pris la rue pour la première fois, le 10 novembre dernier, la presse estudiantine, qui n’a jamais cessé de suivre le dossier de l’éducation depuis la dernière grève étudiante en 2005, a intensifié sa couverture à la suite des premières rumeurs d’une hausse des droits de scolarité en février 2010.


Elle s’est vite affirmée comme un précieux outil de communication. Lors des votes de grève en février et mars derniers, « la communication entre les associations et envers leurs membres était devenue un peu déficiente », dit Catherine Lévesque, du Montréal Campus. Le périodique de l’UQAM a pallié cette lacune en rapportant, souvent en temps réel, les résultats des votes des assemblées générales et départementales.


Ce dialogue avec la communauté estudiantine confère aux médias étudiants un rôle d’informateur clé auprès des journalistes professionnels. « Les gens nous envoient des tweets, des courriels et des textos, ils nous disent tout ce qui se passe », explique Chico Peres, directeur de la production pour CUTV, la chaîne de télévision de l’Université Concordia. « C’est un travail communautaire fort. »


Cet engagement à la cause étudiante pose la question de la neutralité journalistique. Si plusieurs journaux, tels que Le Délit et Impact Campus, font un effort conscient pour couvrir le mouvement étudiant sans parti pris, d’autres se présentent comme des journaux de combat. À la veille de la manifestation du 10 novembre 2011, le McGill Daily et The Link ont écrit un éditorial exprimant leur solidarité à la cause : « Cette semaine, encore une fois, nous joignons nos forces alors que les étudiants du Québec vont écrire leur histoire dans le long combat qu’est la lutte pour l’accès à l’éducation. »


Le cas CUTV


Ces médias engagés descendent dans la rue à la fois comme manifestants et comme journalistes. Lorsque l’équipe de CUTV est prise en souricière par l’escouade antiémeute durant la manifestation nocturne du 23 mai, le directeur de la programmation, Laith Marouf, s’adresse au micro à l’équipe d’intervention : « Le jour viendra où vous serez tous traînés en justice. […] Vous savez que le monde entier vous regarde et vous donnez une mauvaise image de Montréal, du Québec et de toute la force policière. »


Selon Chico Peres, les membres n’ont aucune position éditoriale à respecter, mais jouissent plutôt d’une entière liberté d’opinion : « Lorsque tu vois un policier battre un enfant, tu dois dire quelque chose. […] Nous n’avons pas de programme, comme certains le pensent, nous sommes simplement des êtres humains qui réagissent à ce qu’ils voient. »


Cette même réactivité mine la réputation de CUTV auprès du reste de la presse estudiantine, à cause de l’image radicale que ses arrestations médiatisées jettent sur le journalisme étudiant.


« CUTV m’a donné beaucoup d’ouvrage. Ils se proclament eux-mêmes le réseau de la révolution ! », dit le sergent Ian Lafrenière. Le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) déplore les fausses rumeurs véhiculées par la station de Concordia à propos des policiers.


Malgré la controverse qui l’entoure, CUTV est probablement le média communautaire qui a bénéficié de la plus grande visibilité depuis le début du conflit. Ses images ont été réutilisées - souvent sans crédit ni rémunération - par des chaînes comme CBC, CTV, TVA, LCN, Al-Jazeera et CNN.


Relations ambiguës avec les policiers


Les rapports entre policiers et journalistes étudiants se sont développés en trois étapes, d’après Nicolas Quiazua. « Au début, les événements étaient durs à couvrir, car les policiers étaient plus violents. Après quelques semaines, une relation s’est créée, ils ont compris qu’on était là en tant que journalistes. Mais depuis la loi 78, c’est beaucoup plus difficile. Lorsqu’il y a une arrestation de masse, on n’a pas le choix d’être arrêtés. »


Lors de l’émeute de Victoriaville du 4 mai, Quiazua a été arrêté et confiné dans un autobus avec d’autres journalistes. D'après lui, les policiers ont finalement renoncé à leur imposer une charge criminelle à cause de la pression des sympathisants qui se déchaînaient sur les réseaux sociaux.

Le 16 mai, une manifestation étudiante contre le projet de loi spéciale a rapidement tourné en affrontement avec le SPVM, qui s'est conclu par 122 arrestations, dont plusieurs journalistes. «Les journalistes professionnels ont été immédiatement libérés. Quant aux journalistes étudiants, une relationniste de la SPVM nous a dit qu'ils seraient retenus sous prétexte qu'ils n'étaient pas accrédités par la FPJQ [Fédération des journalistes professionnels du Québec].»


Ian Lafrenière précise que la montée du journalisme citoyen rend la situation très complexe : « Quelqu’un s’ouvre un site Web et il devient journaliste. Lorsqu’on va dans une foule et qu’on arrête 150 personnes, on se rend compte qu’il y a 150 journalistes. […] Il faut s’assurer que les gens qui se proclament journalistes ne sont pas manifestants aussi. » Selon lui, les journalistes étudiants utilisent un équipement amateur les rendant difficilement reconnaissables des autres manifestants lors des arrestations.


Médias ultramodernes


Malgré ce manque de moyens et du matériel souvent rudimentaire, les médias étudiants font preuve de polyvalence. Durant la marche des casseroles du 24 mai, un automobiliste a accéléré dans la foule en mouvement. Quiazua a accouru vers la scène, filmé la voiture assaillie par les manifestants, photographié la fuite de l’automobiliste, rattrapé celui-ci pour l’interviewer, puis rapporté l’événement sur Twitter.


Lorsqu’il s’abonne au compte Twitter d’un média comme celui du Délit, un marcheur est informé en temps réel des possibles interventions policières et des changements de trajet d’une manifestation. En complétant le virage du journalisme 2.0, les médias étudiants se sont placés à l’avant-plan d’une nouvelle manière de s’informer. L’information qu’ils diffusent est partagée exponentiellement sur les réseaux sociaux, où elle ouvre des centaines de milliers d’espaces de discussion.


Si l’on voit chez les leaders étudiants nos futurs politiciens, alors les médias étudiants, qui sont propulsés au coeur d’une mobilisation sans précédent au Québec, et dont les images sont diffusées par des médias de toute la planète, recèlent sûrement nos futurs grands reporters.

6 commentaires
  • Jacques Pruneau - Inscrit 2 juin 2012 10 h 48

    CUTV : BRAVO!

    Alors que je suis les événements dans la rue à RDI, il y a quelques temps, je ne vois que deux "analystes" qui placotent sur les agissements des policiers occupés à mattraquer les manifestants à portée de bâtons. Le premier est le souriant retraité Poéti, flic provincial. On ne peut parler de flic retraité ni d'un alcoolique guéri. Et puis l'incroyable Mathias Tellier qui nous explique grassement que les flics tapent comme des bêtes pour protéger la population. Bref, on demande à des flics de défendre des flics et on pousse la complaisance jusqu'à inclure leurs propos vaseux dans les bulletins de nouvelles subséquents. Wow! Radio-Gestapo baisse encore...
    LCN ou TVA je n'en parle même pas, personne n'osera jamais transgresser le moindrement la ligne de parti de Pélado.
    Je passe à CUTV et là... je vois autre chose. Les journalistes sont dans la manif, ils dénoncent en direct, pas de fioriture et le meilleur: ils nous laissent penser par nous-même. Pas de pub à vendre ni de suçage de Mossieu le Minisse... Merveilleux!
    J'ai tout à coup cette bonne vieille impression que je n'ai pas besoin de "preachers" médiatiques pour savoir penser ou interpréter une situation.
    Merci CUTV et merci à vous d'être là, pour la communauté.

    • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 3 juin 2012 19 h 33

      Y'a des gens qui se sont désabonnés de Sympathico/Bell et de Illico/Vidéotron, et qui ont utilisé cet argent comme don systématique à CUTV.

    • Chantal Mino - Inscrite 7 juin 2012 07 h 16

      Et merci à vous M. Pruneau ainsi qu'à tous ceux qui participent si agréablement aux commentaires dans Le Devoir ! Vous enrichissez aussi notre savoir et redonnez espoir pour une meilleure société québécoise, ce dont a le plus besoin notre jeunesse.

      Votre réveil à la réalité québécoise de nos étudiants en grève grâce à CUTV démontre à quel point l'information a un lien direct avec la démocratie, ce que nous avons perdu et que nous nous devons de retrouver de façon urgente si nous ne voulons pas léguer une dictature sans valeurs à nos enfants et vieillir en dépérissant graduellement dans l'indifférence la plus totale, ... sauf pour le 1 % naturellement, car lui, il a tout les droits, y compris de bafouer nos droits fondamentaux et de bafouer nos lois et règlements impunément.

      M. Sallé Phelippes de La Marnierre, (vous avez un beau nom en passant), vous proposez une idée judicieuse. À quoi sert de subventionner la désinformation, sinon à s'annihiler soi-même?

      Merci encore à CUTV et surtout au courage de ses journalistes ! Vous sauvez notre démocratie québécoise par votre information véridique appuyée par une preuve testimoniale.

      Merci également au Devoir de demeurer aussi ce phare de l'information objective québécoise et internationale qui préservera notre démocratie et nos droits fondamentaux !

      Et merci à de nombreux site Internet qui remplissent leurs devoirs d’intérêts publics en satisfaisant pleinement un de nos droits les plus fondamentaux en tant que nation québécoise et citoyen(ne)s canadien(ne)s, i.e. le droit à l’information objective, libre et éclairée !

  • Louka Paradis - Inscrit 3 juin 2012 22 h 13

    Bravo et merci !

    Avec toute la désinformation qu'on observe en ce moment, vous faites oeuvre de phare. Merci de votre audace et de votre franchise. Il faut bien un contrepoids à la convergence qui n'a plus de limite : jusqu'au Grand Prix de Montréal (Dumontier qui se dit désolé d'annuler la journée Portes ouvertes, mais avec un sourire dans les yeux et au coin de lèvres/Rozon qui invite 2 assemblées étudiantes mais pas la Classe continuant le petit jeu de tenter la division, etc.) Merci encore et bonne chance pour la suite des choses !
    Louka Paradis, Gatineau

  • Marc Bergeron - Inscrit 7 juin 2012 22 h 53

    Bravo à CUTV!

    Franchement les chaînes traditionelles on nous prend pour des valises. J'entends Lapierre le matin à Paul Arcand, les fins après-midi à Paul Houde, dans les émissions de TVA tout le long de la journée et voilà le soir en spécial manifestation. Mêmne chose à Radio Ca. Céline Galiperau invite des commentateurs quui laisse à désirer. On nous prends pour des valises! On se prom<ene les nouvelles sans plus d'approfondissement et l'on charie dans différentas médias. Autant de convergeance des commentateurs ou journalistes... que les propriétaire des médias. ¨Ca fait pitié à voir....ou à lire....l'éthique journalistique très peu connaissent on commentent sans plus, on met de l'avant les mêmes personnes ce qui en devient de la désinformation. À quand de l'enquête, rapporter des faits et affronter les deux côtés....