Le gouvernement Charest met fin aux négociations avec les étudiants

Québec – Les négociations qualifiées de «la dernière chance» ont échoué. La ministre de l’Éducation Michelle Courchesne a choisi de quitter la table de négociations en début d’après-midi, soulevant l’ire des représentants des associations étudiantes.

« Force est de constater que nous sommes dans une impasse », a déclaré la ministre vers 16 h hier. En conférence de presse quelque 90 minutes plus tard, Jean Charest soutenait qu’il y avait « un important fossé qui sépare le gouvernement et les associations étudiantes ». Il a dit souhaiter toujours une entente, mais a explicitement évoqué la possibilité de régler cette question lors d’élections générales, qui doivent être tenues dans les 18 prochains mois.


Après quatre jours d’intenses échanges, la ministre a dit avoir compris que pour les associations, « cette notion de gel [des droits de scolarité] était pour elles non négociable. C’était le gel, le moratoire ou rien », a-t-elle déploré.


Plus tard en entrevue au Devoir, elle s’est dite « triste » et « très, très, très, déçue, sincèrement, vraiment, très déçue. Le Québec mérite qu’on sorte de ça », a-t-elle dit. Aussi, même si c’est elle-même qui a fermé la porte hier, elle soutient que la porte était « toujours ouverte ».


Mme Courchesne a insisté sur le caractère « courtois » des échanges en début de conférence de presse, mais elle a du reste dénoncé un des quatre négociateurs de la CLASSE qui a réagi à la première offre du gouvernement - réduire de 35 $ annuellement la hausse de 1778 $ sur sept ans - en lançant : « Avec cette offre-là, on va vous l’organiser, le Grand Prix. »


Devant cette rupture des négociations dans une crise qui dure depuis quelque 16 semaines, le premier ministre a soutenu qu’il n’allait pas « céder » aux « menaces » qu’ont selon lui proférées les représentants étudiants. Pour éviter des incidents malheureux, le premier ministre a soutenu qu’il allait « travailler avec les gens responsables », se demandant au passage en quoi de telles perturbations éventuelles allaient « aider leur cause ». Pour le reste, il a dit espérer que « dans les prochaines semaines, ce sera une période d’accalmie. Ça permettra à chacun de réfléchir sur ces enjeux-là d’une part ». Mais le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, a soutenu hier que le gouvernement venait de « s’acheter une crise sociale d’une ampleur inégalée ». Gabriel Nadeau-Dubois a convié les Québécois contre la hausse à un grand rassemblement familial le samedi 2 juin.



Raisons politiques


Réagissant à la rupture des négociations, la présidente de la Fédération étudiante universitaire québécoise (FEUQ), Martine Desjardins, a rappelé que la ministre s’était donné une « obligation de résultat ». Hier, cette dernière a donc jugé « que les résultats, ce n’est plus une priorité pour le gouvernement ». Selon elle, la ministre fait de la « petite politique sur le dos des jeunes ».


Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), a déclaré : « Mme Courchesne est allée jusqu’à dire que […] c’était politiquement qu’elle n’était plus capable d’arriver à une entente. On considère que c’est un aveu d’échec de la part des libéraux. »


Selon les négociateurs étudiants, la ministre, à table, a rapidement été à court d’arguments lorsque les associations étudiantes ont réussi à proposer des solutions qui respectaient les paramètres gouvernementaux, soit le respect du plan de financement des universités et du cadre fiscal du gouvernement. Il s’agissait d’arriver à une solution qui serait « à coût nul » pour le gouvernement.


Les titres des journaux interprétant la première offre de Québec - une réduction de la hausse de 35 $ par année - comme celle d’un gouvernement « qui plie », qui « recule » ou qui « fait des compromis » ont eu un effet « refroidissant chez la ministre », raconte une source. Gabriel Nadeau-Dubois a d’ailleurs évoqué hier un important « changement d’attitude » chez la ministre, mercredi.


Questionnée à ce sujet par Le Devoir hier, Mme Courchesne a répliqué que constamment, les étudiants lui rappelaient qu’eux, « sur le Plateau », se faisaient constamment aborder par « les casseroles » qui leur disaient « lâchez pas ». « Je leur ai simplement répondu que nous, là, à travers le Québec, nous aussi, des gens, quand on va à l’épicerie, font le tour du stationnement et nous disent à nous aussi : “ Lâchez pas sur la hausse des droits. ” » Le premier ministre a désigné ces gens hier comme étant la « majorité silencieuse ».

 

Nombreux gestes


Du reste, Michelle Courchesne et Jean Charest ont rappelé chacun à leur tour les gestes que leur gouvernement a posés depuis le début du conflit pour améliorer l’accessibilité aux études : la mise en place d’un programme de remboursement proportionnel au revenu ; la bonification des bourses et l’étalement de la hausse sur sept ans. M.Charest a soutenu qu’il y a désormais 67 000 personnes « pour qui la hausse des droits est comblée et même supérieure ».


Les étudiants, a déploré Michelle Courchesne, ont refusé de discuter de ces mesures. Au fond, ils ne « reconnaissent pas ces gestes […] comme étant des gestes concrets, importants, positifs que le gouvernement a pris au cours des dernières semaines ».


Lors de sa rencontre avec les étudiants, M.Charest dit que ces derniers ont reconnu que le problème qu’ils cherchaient à éviter en luttant contre la hausse en était un d’accessibilité. Or, c’est une meilleure accessibilité que permettent ces mesures, a-t-il insisté.

30 commentaires
  • Chantal Mino - Inscrite 31 mai 2012 20 h 48

    Vous vous attendiez à quoi avec les valeurs néolibérales, monarchiques, égocentriques, narcissiques, opportunistes, etc., etc., etc.

    C'est l'évidence même avec le PLQ ... Deviens un larbin ou sinon tu subiras leurs foudres et qu'importe si des vies sont gâchées, et ce, pendant qu'ils tiennent le pouvoir, qu'ils ne veulent pas le lâcher évidemment, et qu’ils ont eu grâce à certains médias de désinformation tenus par leurs tits amis, mais étant donné Internet qui fait maintenant une très bonne compétition avec ces médias de désinformation, les élections clé en mains risquent d'en être à leur fin.

    Ces gens du PLQ, il apparaît qu’ils n’ont aucun respect pour la démocratie, pour le pouvoir exécutif, pour le pouvoir législatif, i.e. pour nos lois qu’ils appliquent et qu’ils changent quand cela leur chantent afin de s’avantager ou avantager leurs tits amis, pour le pouvoir judiciaire qu’ils utilisent pour s’avantager, et pour intimider et faire taire ceux qui risquent de nuire à leurs pouvoirs et leur profits, pour le peuple québécois et ni aucun respect même pour l’ONU, que peut-on vraiment attendre de ces gens qui paraissent sans aucune valeur morale ? ... Ils ne veulent même pas de médiateur, ce n’est certes pas pour rien.

    Vite des élections ... ou nous devrons les forcer à n’en faire.

    Y a-t-il quelqu'un qui peut dire à M. Charest que la démocratie, ce n'est pas une élection tous les 4 ans et que manifester, ce n'est pas une menace, mais un droit fondamental que nous avons imbriqué dans la Charte canadienne des droits et libertés faisant partie de la Constitution de notre pays, la Canada, dont la province de Québec fait partie Qu'il le veuille ou non, nous sommes en démocratie et non en monarchie et c'est le peuple québécois qui est souverain et non lui.

    Vraiment, mais pour qui se prend-t-il ? Le roi d'une République de bananes ?

  • Pietro Renaldo - Inscrit 31 mai 2012 20 h 48

    Arnaque pathétique

    Ni le gouvernement, ni les étudiants n'ont le mandat d'imposer la gratuité scolaire a la société québécoise. Face a une impasse évidente, un tel dossier aurait normallement du se régler par un référendum.

    Jouer une telle partie politique en tenant l'économie et l'éducation en otage est irresponsable et les couts macro-économiques réels du conflit ont dépassé depuis longtemps les revendications.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 31 mai 2012 22 h 56

      les élections auraient déjà eu lieu s' il y avait pas eu de crises.....Les jeunes ne sont pas patients
      Pensez vous qu'on veut payer pour un référendum pour la minorité ???

    • Paul-André Léveillé - Inscrit 31 mai 2012 23 h 24

      Je suis tout a fait d'accord avec vous!
      N.Dubuc

    • Daniel Bérubé - Inscrit 1 juin 2012 11 h 35

      À Dominic Lamontagne:

      Et selon vous, qu'aurais dû faire les étudiants pour être considérés comme "patient" ? Je trouve qu'ils et elles ont été d'une patience exemplaire : combien de semaines avant la prise de négociation ? Combien de semaine avant que Charest vienne à la table de négociation ? Sans doute vous aurait-il été nécessaire une attente de deux ans (comme l'enquête publique sur la construction et le PLQ) ?
      J'ai bien peur que l'été 2012 s'annonce difficile...

  • Serge Marchand - Inscrit 31 mai 2012 21 h 02

    Est qu'il est sérieux ???

    Le gouvernement Charest met fin aux négociations avec les étudiants mais son gouvernement est toujours ouvert à la négociation.

    Tout le Québec a compris ton jeu ignoble de ne pas vouloir parler de corruption ou de collusion à la prochaine élection. Tu préfèrerais parler du conflit étudiant que tu as créer pour ta soif du pouvoir. Ainsi, tu pourrais continuer à vider le Québec de ses richesses naturelles.

    Vite, amenez-moi une casserole !

  • Lydia Anfossi - Inscrite 31 mai 2012 21 h 05

    Et l'offre des étudiants et des étudiantes?

    Il serait intéressant de mentionner que l'offre des syndicats étudiants répondait aux paramètres qu'avait fixés le gouvernement. Une diminution du pourcentage des crédits d'impôts aux étudiantset dont le montant serait versé pour effacer la hausse. Pas de coût pour le gouvernement, pas de coût pour les contribuables, respect du budget gobal et financement des universités. Les deux parties y trouvent leur compte.
    Charest était d'une condescendance sans borne lors de son allocution , une hargne contre la CLASSE (qu'il appelle toujours la classé comme on disait séparatiss ou communiss) et une hypocrisie flagrante! Si nous avions des doutes, la ministre Courchesne a démontré sa double personnalité, qui fait la toute oreille et qui, une fois retournée accuse les étudiants de ce dont elle souffre elle- même. On tente de diaboliser encore la CLASSE, sous-entendre des menaces alors qu'on leur fait porter l'odieux. Ajoute l'injure à l'insulte.
    La mauvaise foi, on sait où elle se trouve et on se souviendra.

    • Pierre Sabourin - Inscrit 31 mai 2012 22 h 53

      À vous lire, j'ai l'impression de lire la définition d'une autocratie totalitariste à tendance capitaliste...

      Charest est un despote et grâce à ce conflit, nous voyons comment il n'est pas à la hauteur du poste de premier ministre, et surtout, premier ministre du Québec.

      S'il veut reigner comme ça, qu'il aille en Indonésie. Mais je crois que même eux commence à en avoir mare de cette façon de gouverner pour les ''intèrêts'' de quelques uns.

      Pierre Sabourin

  • Serge Beauchemin - Inscrit 31 mai 2012 21 h 21

    Le jupon dépasse

    Les hormones de guerre du gouvernement Charest font surface au grand déplaisir de ceux qui auraient aimé une entente négociée même à court terme. Dommage...

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 31 mai 2012 23 h 33

      Charest a roulé les étudiants dans la farine, alors que ceux-ci apportaient la colombe.