Conflit étudiant: une nouvelle négociation s'est amorcée

Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin, deux des quatre leaders étudiants qui participent cet après-midi à la rencontre (photo d'archives)<br />
Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin, deux des quatre leaders étudiants qui participent cet après-midi à la rencontre (photo d'archives)

Les leaders étudiants et la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne ont repris leurs pourparlers aujourd'hui à Québec dans l'espoir de mettre fin à plus de 100 jours d'impasse.

Les leaders étudiants ont été très clairs quant à leurs attentes: les discussions devront porter sur les droits de scolarité et sur une possible suspension de la loi spéciale 78 adoptée le 18 mai.

Cette reprise des discussions n'a aucunement empêché les manifestations de se poursuivre au Québec en soirée, au son des casseroles.

Mais les associations étudiantes n'ont pas de position commune. Dans les derniers jours, la FEUQ, la FECQ, la CLASSE et la TaCEQ ont eu des rencontres mais n'ont pas réussi à s'entendre. Des pourparlers ont même eu lieu dans les heures qui ont précédé la reprise des discussions avec le gouvernement, vers 14h, selon ce qu'a révélé Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE: «Il n'y a pas une offre formelle et commune qui va être faite aujourd'hui par les associations étudiantes. On s'est coordonnés, on s'arrange toujours pour faire front commun autour de la table. Mais non, en effet, il n'y a pas de position concrète commune.»

Alors que le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau-Blouin, avait laissé entendre que son organisation pourrait accepter une certaine hausse des droits de scolarité, M. Nadeau-Dubois a soutenu qu'il était, lui, à cette rencontre pour bloquer la hausse. «Nous, ce qu'on nous a envoyé comme signal du côté des fédérations étudiantes, c'est qu'on se présentait aujourd'hui pour discuter de la hausse des droits de scolarité, Ce que les autres organisations ont accepté, il faut leur demander», a lancé Gabriel Nadeau-Dubois à son entrée.

Martine Desjardins, de la Fédération étudiante unversitaire du Québec (FEUQ), a soutenu qu'à ses yeux, «il n’y a pas de sortie de crise possible si on ne se positionne pas sur la question des droits de scolarité». Selon elle, c'est «la raison première pour laquelle» la dernière entente, celle du 4-5 mai, a été rejetée. L'autre sujet inévitable est la loi 78, loi spéciale votée par le gouvernement le vendredi 18 mai.

Pour Mme Desjardins, cette loi «brime la liberté d’expression et d'association». Elle a rappelé que les étudiants ont déjà deux recours devant les tribunaux, dont une requête «en sursis» qui sera traitée mercredi. «Il va falloir que le gouvernement montre sa bonne foi», a insisté Mme Desjardins, soutenant que la loi spéciale était une «épée de Damoclès sur la tête des associations étudiantes».

Si le gouvernement refuse de «bouger» sur les frais de scolarité et sur la loi 78, «c'est sûr qu'on va remettre en question notre participation à la discussion», a averti M. Gabriel Nadeau-Dubois.

Une obligation de résultat

Lorsque, peu après 14h, la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne s'est présentée, elle a soutenu aborder cette rencontre «sans être fermée, avec ouverture».

Depuis le début du conflit, il s'agit de la quatrième rencontre où le gouvernement et les étudiants tentent de définir une sortie de crise. «Nous avons tous une obligation de résultat, pas uniquement le gouvernement», a déclaré Mme Courchesne. «Les associations étudiantes aussi en ont une. C'est ensemble qu'on va trouver une solution. C'est autour d'une table qu'on trouve la solution», a-t-elle dit, flanquée par le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet.

L'avocat Pierre Pilote participera aussi aux «discussions» (la ministre a encore une fois évité le mot «négociations»). Elle a refusé en ces termes de révéler quoique ce soit d'une éventuelle offre de sa part : «évidemment, vous aurez compris [...] que ce n'est pas ici au coin de la rue que je vais vous faire part des discussions que j'entends entamer avec les associations étudiantes.»

Le cabinet de la ministre Courchesne avait refusé de confirmer le dépôt d'une nouvelle proposition gouvernementale, mais le ministre des Finances, Raymond Bachand, avait  confié plus tôt en matinée que sa collègue avait reçu «un mandat précis» pour «mettre des choses sur la table».

Longue rencontre

Tous les participants s'attendent à une rencontre assez longue. «On prendra le temps qu'il faut pour trouver une solution», a soutenu la ministre Courchesne.

«Ça va prendre le temps qu’il faudra», a déclaré Léo Bureau-Blouin, de la FECQ, tout en ajoutant qu'«on va essayer de travailler dans des délais qui sont courts».

Pour Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, si l'on se fie à l'expérience des trois autres négociations, «lorsqu'on prend le temps de discuter, il y a parfois certaines sorties qu'on peut trouver». Il s'est dit peu «pressé» car il veut éviter de prendre «des décisions précipitées».

Le temps jouerait selon lui pour le mouvement étudiant. «Étant donné la suspension des sessions, de notre côté la grève est suspendue.» Selon lui, la pression est davantage sur le gouvernement car «la saison touristique approche, et le milieu des affaires s'attend à un règlement pour éviter qu'il y ait des perturbations cet été».

D'autre part, Léo Bureau-Blouin a souligné que des appuis de taille se sont manifestés pour le mouvement étudiant dans la dernière semaine : «il n’y a plus seulement des étudiants dans les rues, mais des citoyens de tout acabit.»

M. Bureau-Blouin quittera son poste de président de la FECQ vendredi. Il sera remplacé par Éliane Laberge, élu en avril dernier. «Sur un plan personnel, c’est sûr que j’espère pouvoir quitter mon mandat avec le sentiment du devoir accompli. […] C’est une raison de plus pour avoir une certaine obligation de résultat et régler cette crise qui secoue le Québec», a-t-il soutenu.

La soirée des casseroles

En début de soirée, plusieurs manifestations étaient annoncées sur le compte twitter #casserolesencours, particulièrement dans la région métropolitaine. Mais, on faisait état d'invitations dans des villes plus éloignées comme Rimouski, Gatineau ou Joliette.

Le mouvement des casseroles pourrait s'étendre au Canada au cours des prochains jours. Un site Internet, rabble.ca, a appelé les Canadiens à montrer "leur solidarité en faisant entendre un tintamarre de casseroles." S'il est fait mention de la loi 78 et de la hausse de frais de scolarité, les organisateurs espèrent que le mouvement pourrait également s'en prendre au gouvernement fédéral.

-Avec Antoine Robitaille et La Presse Canadienne


9 commentaires
  • Jean michel Grangeon - Inscrit 28 mai 2012 16 h 33

    solidarité

    solidarité depuis la france avec le mouvement québéquois ,le monde entier vous regarde désobeir et résister ....globalisation des casseroles !!!!

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 mai 2012 18 h 15

      Bonjour. Vous avez des images de cassseroles françaises?
      À la sauce hollandaise alors?
      Bonne journée cousin!

  • Michel Belisle - Inscrit 28 mai 2012 16 h 48

    Des absents à la table

    Les étudiants contribuent pour moins de 12% des frais de scolarité. Les associations en grèves représentent moins de 35% de tous les étudiants du CEGEP et de l’université.

    Où est le 65% des étudiants qui ont déjà terminés leur cours. Il me semble que s’il y a négociation des dates de retour en classe, ces derniers auraient au moins un mot à dire.

    Où sont les contribuables ? 50% des travailleurs seulement paient de l’impôt. 250,000 travailleurs les plus riches contribuent pour 33% de tous les impôts du Québec avec un taux d’impôt marginal de 52%. Le Québec avec les frais de scolarité parmi les plus bas Canada a un taux d’abandon de 72% des programmes universitaires par les étudiants. Je pense que des représentants de la population devraient être présents.

    Où sont les entreprises ? qui contribuent en proportion davantage que les étudiants. Le conseil du patronat devrait à tout le moins y être.

    Les représentants des associations n’ont pas la légitimiter de négocier au nom de toute la population du Québec.

    Certain prône une démocratie de rue, donc tous les acteurs devraient être réunis. Vous compreniez bien le ridicule de la chose. C’est pourquoi nous élisons un gouvernement, pour prendre des décisions, pour gouverner. Il ne s'agit pas ici d'une négociation entre un employeur et un syndicat.

    Un gouvernement ne peut gouverner en fonction de menaces d'étudiants en boycottes. Je crois personnellement que ces négociations vont aboutir à rien. Nous allons encore perdre du temps. Tant mieux si je me trompe.

    Lorsqu’un gouvernement ne peut arriver à régler un problème majeur de société, il doit démissionner et laisser la place aux autres.

    • Francis Paradis - Inscrit 28 mai 2012 23 h 23

      Le taux d'abandon est une variable à manipuler avec précaution: si le taux de réussite à l'université était de 90%, on se poserait des questions sur la valeur réelle des diplômes.

      De plus, les entreprises n'ont pas vraiment de place autour de la table. Ce conflit ne les concerne absolument pas. Ils financent l'éducation supérieure parce qu'ils en sont parmi les principaux bénéficiaires. Tout simplement.

  • Jean-Francis Du Cresson de la Rochandière - Inscrit 28 mai 2012 18 h 22

    Enième rebondissement...

    Soyons honnêtes: n’importe quelle personne sensée, de bonne foi et sachant faire quelques additions pourra constater que l’accès à l’éducation n’est aucunement compromis par la hausse, à plus forte raison avec les mesures d’atténuation ajoutées en cours de route. Et à terme, les droits rehaussés seront encore bien en-dessous de la moyenne canadienne.

    Certains pensent que le monde a été créé en sept jours et que nos ancêtres ont côtoyé des dinosaures. D’autres croient plutôt qu’une hausse des droits de scolarité accompagnée d’une amélioration des bourses et des mécanismes de remboursement restreint l’accès à l’éducation. Ça n’est pas vrai, mais ça n’a plus d’importance. On est dans l’idéologie.

    Aveuglés par la haine – parfois compréhensible – qu’ils ressentent envers le gouvernement Charest, des individus et des pans entiers de la société ont oublié qu’une horloge brisée donne tout de même l’heure juste deux fois par jour. Dans ce dossier, le gouvernement a à peu près tout fait tout croche, incluant de jouer au pyromane avec la loi 78, mais il avait raison sur le fond. Le carré rouge, icône d’un dossier somme toute mineur, est devenu un symbole de tout ce qui ne va pas au Québec.

    Le défoulement collectif qui perdure n’a donné aucun autre résultat concret que de foutre le bordel, de polariser les opinions et de rendre encore plus difficile une solution négociée.

    Le remplacement de la casse par les casseroles, c’est bien joli, ça fait festif, et ça attire davantage la sympathie que des manifestants masqués. Mais la colère sourde reste la même, et les dangers de dérapages bien présents, particulièrement au centre-ville. Peut-être y aura-t-il entente d’ici là, mais le Grand Prix, dans deux semaines, sera particulièrement alléchant pour les plus radicaux, qui ne seront satisfaits que lorsque Jean Charest aura démissionné et annulé la hausse, et encore.

  • Yannick Cornet - Inscrit 28 mai 2012 18 h 25

    Taxer la pollution pour payer l'éducation

    Il faut élargir le débat.

    Rester dans le carcans d'un budget qui ne changera pas, ca ne pourra que rebrasser la soupe sans rien changer, comme auparavant. Évidemment, cela est bien à l'avantage de la ministre.

    Dans toute négotiation'sérieuse', on prend beaucoup de temps pour finalement couper la poire en deux. Mais est-ce que ça va avoir valu la peine de se battre pour une petite hause plutôt qu'une grosse hausse? Si cela n'est que le résultat, c'est nul.

    Mais comment s'y prendre? Il faut quand même de 'vraies' solutions. Pour ça, il faut élargir le débat, et inviter aussi le ministre de l'environnement, le ministre des transports, et même, oui oui, Mr Charest. Faudra bien que l'argent vienne de quelque part, et il ne viendra pas de Mm Courchesne.

    Donc que proposer? Si on ose voir plus grand, comme en semble être capable cet incroyable M. Nadeau-Dubois, je proposerais de taxer la pollution pour payer l'éducation. Nous voulons tous moins de traffic, moins de pollution, des villes moins bruillantes, plus seines, plus vivantes et plus belles. Nous voulons aussi plus d'éducation et de couverture sociales qui finalement, bénéficient tout le monde au long terme. Pourquoi justement ne pas taxer l'un pour payer l'autre? Certains pays taxent l'achat de voitures neuves à 180% (oui oui), ce qui au bout du compte permet de PAYER les étudiants pour étudier - 1000$/mois, rien de moins!

    Utopie? Non. C'est un choix, c'est tout.

    Référence sur les taxes de voitures: http://www.skm.dk/foreign/english/taxindenmark2008
    Référence sur le paiement des étudiant et l'éducaton gratuite: http://www.su.dk/English/Sider/amounts2009.aspx