Conflit étudiant - La négociation pour sortir de la crise

La 34e manifestation nocturne à se tenir à Montréal a une fois de plus été rapidement déclarée illégale par les policiers.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La 34e manifestation nocturne à se tenir à Montréal a une fois de plus été rapidement déclarée illégale par les policiers.

Les représentants étudiants ont finalement reçu un appel à la négociation de la part de la ministre de l’Éducation, et tous doivent se retrouver à Québec cet après-midi dans l’espoir de trouver une sortie à une crise qui prend de l’ampleur depuis des mois et dépasse désormais la question des droits de scolarité. Des gens d’affaires espèrent d’ailleurs la conclusion d’une entente, se disant inquiets des répercussions sur la saison touristique montréalaise. La reprise des discussions n’a par ailleurs ralenti les ardeurs des milliers de manifestants qui ont repris la rue hier soir à Montréal et ailleurs au Québec pour le concert quotidien de casseroles.

« On y va avec une certaine dose de confiance, mais aussi de prudence. La dernière fois que nous sommes sortis d’une rencontre avec la ministre, nous étions confiants et, le lendemain, on apprenait le dépôt d’une loi spéciale », a commenté hier soir la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins.
 

Mais, cette fois, la ministre Michelle Courchesne n’entendrait pas se contenter de faire le point sur la situation, contrairement à la dernière rencontre. « On ne nous a pas fait de proposition jusqu’à présent en vue de cette rencontre. C’est toutefois clair qu’il s’agit d’une rencontre de négociations et, selon ce qu’a dit la ministre Michelle Courchesne, la question des frais de scolarité sera sur la table », a souligné Mme Desjardins.


Selon elle, si le gouvernement s’entête à refuser de discuter de la hausse des droits imposée aux étudiants, il ne peut y avoir de « sortie de crise ». Et la FEUQ souhaite toujours la suspension de la loi 78, surtout en ce qui a trait aux articles qui limitent le droit de manifester. Le regroupement compte aussi présenter de « nouvelles propositions » en lien avec le financement des universités et l’accessibilité aux études supérieures, selon ce qu’a dit Mme Desjardins, sans plus de précision.


Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, s’est quant à lui montré optimiste en vue de la rencontre d’aujourd’hui. « Je pense que la balle est maintenant dans le camp du gouvernement. On aborde la réunion de demain avec l’esprit ouvert et on espère évidemment arriver à s’entendre rapidement avec le


La CLASSE a confirmé hier sa présence à cette nouvelle rencontre. Elle n’a toutefois pas souhaité faire de commentaires.


Il n’a pas été possible de discuter avec un porte-parole gouvernemental hier. La FEUQ a cependant dit avoir appris que la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, et le négociateur Pierre Pilotte représenteraient le gouvernement.


Selon la chef péquiste Pauline Marois, la responsabilité de conclure une entente incombe au gouvernement Charest qui, selon elle, a mal géré le dossier depuis le début. Elle déplore que le premier ministre lui-même ait contribué à diviser les Québécois dans ce conflit, par ses propos et par ses actes.


Les gens d’affaires de Montréal sont quant à eux de plus en plus pressés de voir le conflit entre le gouvernement et une partie de la population se conclure. Le Regroupement des événements majeurs internationaux s’est d’ailleurs dit « préoccupé » par le climat actuel. Mais son président, l’ancien chef péquiste André Boisclair, est certain que le respect prévaudra cette saison. Selon l’homme d’affaires Gilbert Rozon, qui a pris position en faveur de la Loi 78, les nombreuses manifestations qui se déroulent à Montréal - bien que très majoritairement pacifiques - pourraient nuire à l’industrie des congrès dans la métropole.


Hier, le maire de Montréal, des représentants de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le ministre responsable de la région de Montréal, Raymond Bachand, ont aussi pris part à une rencontre où il a été question des possibles impacts de l’actuelle crise sociale sur le secteur des affaires. Aucun détail n’a filtré de cette réunion à huis clos. Plusieurs acteurs du secteur touristique disent déjà ressentir les impacts de la crise actuelle.


En soirée, plusieurs milliers de citoyens de Montréal, Québec et Sherbrooke notamment ont de nouveau participé au concert quotidien de casseroles. À Montréal, la 34e manifestation nocturne a été déclarée illégale dès le départ, mais a tout de même été tolérée par les policiers qui ont laissé des milliers de personnes entreprendre leur marche. Celle partie de la Place Émilie-Gamelin a été rejointe par deux autres marches sur son parcours. Les manifestants, motivés par ces afflux de participants, ont chanté et dansé dans une ambiance festive, sous le regard amusé des passants et des gens attablés aux terrasses du boulevard Saint-Laurent. La présence policière s’est surtout fait sentir au coin des rues Sherbrooke et Saint-Denis. Là, l’escouade anti-émeute a empêché les manifestants de descendre la rue Saint-Denis. Au moment de mettre sous presse, tout se déroulait pacifiquement.


Par ailleurs, quelques centaines de juristes entendent manifester aujourd’hui leur désapprobation de la Loi 78 en marchant en silence au centre-ville de Montréal. « Notre marche a pour but d’exprimer notre désarroi devant l’adoption d’une loi spéciale qui nous semble constituer une atteinte disproportionnée aux libertés d’expression, d’association et de manifestation pacifique. Nous souhaitons également manifester notre préoccupation devant la perte de confiance d’un nombre croissant de citoyens envers nos institutions judiciaires suite à l’adoption de cette Loi », a expliqué au Devoir l’un des organisateurs de l’événement, Me Rémi Bourget.


« Nous sommes officiers de justice, a-t-il ajouté. Nous serons aux premières lignes du combat pour invalider les dispositions de la Loi qui nous semblent incompatibles avec notre Constitution et nos Chartes des droits. Nous sommes d’avis que cette démarche contribuera à restaurer la confiance ébranlée des citoyens envers leurs institutions judiciaires. »


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Avec La Presse canadienne

16 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 28 mai 2012 06 h 10

    Yesss!

    Les gens d'affaire espèrent une conclusion? Elle va venir. ILs n'ont qu'à couper les vivres à Charest.

  • Serge Grenier - Inscrit 28 mai 2012 06 h 57

    Sortir de l'obstination idéologique

    Le gouvernement doit sortir de l'obstination à défendre son idéologie néolibérale. Il a amplement démontré que ce n'est pas une question d'argent, mais seulement un mauvais choix politique.

    En tant que citoyen, je mandate la ministre pour abandonner complètement l'idée de hausser les droits de scolarité et mettre en place les instances nécessaires pour permettre aux professeurs et aux étudiants d'avoir autant d'influence que les autres acteurs dans le monde de l'Éducation.

    Serge Grenier

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 28 mai 2012 09 h 38

      Je seconde la proposition de mandater la ministre pour abandonner complètement l'idée de hausser les droits de scolarité.

      À défaut, il faudrait bien s'élire au suffrage universel un+e autre ministre de l'éducation qui n'ait pas déja d'emploi à temps-plein (tel que député).

      En démocratie, la légitimité d'occuper un poste passe par avoir son nom sur un bulletin de vote.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

    • André Michaud - Inscrit 28 mai 2012 09 h 54

      En tant que citoyen je demande aux étudiants d'abandonner L'idée du gel perpétuel et se concentrer sur une diminution de l'augmentation.

    • Jimmy St-Germain - Inscrit 28 mai 2012 13 h 08

      et pourquoi pas une augmentation de la diminution?

  • Lorien Routhier - Abonné 28 mai 2012 07 h 27

    Médiation?

    On ne parle plus d'engager un médiateur? Il me semble que dans la situation actuelle, ça serait la chose à faire pour que ces nouvelles négos aboutissent à autre chose que davantage de tensions.

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 28 mai 2012 09 h 39

      je seconde la proposition!

      Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Daniel Bérubé - Inscrit 28 mai 2012 13 h 09

      Je seconde la seconde proposition !

      Daniel Bérubé

  • Carole Dionne - Inscrite 28 mai 2012 07 h 28

    Et les médias?

    La journée que les médias ne parleront plus de la crise étudiante, ce dossier va être réglé. mais les étudiants ont besoin des médias. Et les médias ont besoin des étudiants pour vendre leur produits.

    • Annie Girard - Inscrite 28 mai 2012 08 h 16

      C'est dommage de réduire cette crise à des caprices de la part des étudiants et à des intentions mercantiles de la part des médias.
      Il me semble que les questions soulevées (car il est évident qu'il y a plus d'une question ici) méritent d'être étudiées sérieusement. Je trouve que trop de problèmes de société sont simplement raités en les mettant sous le boisseau. Ce n'est pas une solution.
      Il me semble qu'il serait simpliste de remettre simplement le couvercle sur la marmite. En attendant quoi?

    • Sylvain Lévesque - Abonné 28 mai 2012 08 h 16

      Alors, d'après vous, les médias devraient nous informer sur quoi de plus important ? Star Académie ? Juste pour rire ?

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 28 mai 2012 09 h 47

      Il ne s'agit plus d'une crise étudiante : il s'agit d'un éveil démocratique citoyen.

      Ce que je comprends de votre position, c'est que les médias de masse devraient ignorer de grands mouvements sociaux, voire que la fonction des médias de masse devrait demeurer la propagation de l'ignorance?

      La nature des médias a beaucoup changé et chacun peut utiliser les médias pour s'exprimer, tel que nous le faisons ici et maintenant. La stratégie que vous proposez ne pourrait plus fonctionner.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Annie Girard - Inscrite 28 mai 2012 08 h 28

    Pire...

    "Pire que le bruit des bolles, le silence des pantoufles". J'oublie de qui.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 28 mai 2012 13 h 15

      La meilleure des pires !

      Courte phrase qui en dit long...