Reprise des négos avec les étudiants: Courchesne dit oui, mais si le moratoire est exclu

Si les associations étudiantes ont des propositions concrètes à formuler, le gouvernement les accueillera avec intérêt, a soutenu Michelle Courchesne.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Si les associations étudiantes ont des propositions concrètes à formuler, le gouvernement les accueillera avec intérêt, a soutenu Michelle Courchesne.

Québec – La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, se dit prête à reprendre les discussions avec les étudiants pour autant qu'ils abandonnent l'idée d'un moratoire sur les droits de scolarité.

 

Au lendemain d'une manifestation monstre réunissant plus de 250 000 personnes à Montréal, le premier ministre Jean Charest et la ministre Courchesne ont tous deux affirmé que la porte restait ouverte pour une reprise des pourparlers avec les leaders étudiants.
 

«Le gouvernement a bougé sur les prêts, a bougé sur les bourses, a bougé sur le remboursement proportionnel au revenu, a bougé sur l'étalement [de la hausse des droits de scolarité]. Le gouvernement a fait plusieurs gestes, mais à chaque fois que nous avons tendu la main, cette main-là a été refusée. Malgré cela, la porte reste ouverte», a déclaré M. Charest pendant la période de questions.
 

Au cours des débats en Chambre, la ministre Courchesne a convenu que la reprise des pourparlers étaient essentielle à la résolution du conflit.
 

«C'est autour d'une table qu'on trouve les solutions», a dit Mme Courchesne avant de poser la même condition que sa prédécesseure Line Beauchamp: s'ils veulent négocier avec le gouvernement, les étudiants devront avoir quelque chose de «concret» à mettre sur la table plutôt que d'exiger un moratoire.
 

«Je pense sincèrement que, oui, nous pouvons encore une fois se rasseoir positivement, constructivement. Mais encore faut-il que les trois associations étudiantes aient quelque chose de concret autre qu'un moratoire

à nous mettre sur la table», a-t-elle lancé.
 

La ministre de l'Éducation a rejeté du revers de la main les critiques de l'opposition péquiste qui accuse le gouvernement de refuser de négocier une sortie de crise avec les leaders étudiants. Au contraire, a-t-elle rappelé, le gouvernement a bonifié à trois reprises ses offres depuis le mois d'avril en plus de signer l'entente du 5 mai, rejetée plus tard par les associations étudiantes. Or, il faut être deux pour négocier, a-t-elle fait valoir. «Est-ce que les associations étudiantes en ont, des propositions? Si elles en ont, à partir de maintenant, nous les accueillerons», a promis Mme Courchesne.

 

Encore une fois aujourd'hui, l'opposition péquiste n'a pas ménagé les épithètes peu flatteuses pour qualifier la loi d'exception 78 visant à mettre fin aux manifestations violentes. De l'avis de la chef Pauline Marois, le gouvernement a cherché à «bâillonner le Québec avec son odieuse loi 78».
 

«Depuis le début de cette crise, nous cherchons à raisonner le gouvernement, à l'inviter à négocier de bonne foi. Nous lui demandons d'arrêter de se comporter comme un gouvernement assiégé, tendre la main vers sa jeunesse plutôt que la matraque et les lois spéciales», a-t-elle pesté.
 

Aussi sévère qu'elle soit, la loi 78 n'est pas respectée. L'obligation faite aux initiateurs d'informer les forces de l'ordre de l'itinéraire, de l'heure et de la durée d'une manifestation huit heures à l'avance est carrément bafouée à Montréal, a constaté le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil.
 

«Elle est appliquée partout en province, elle n'est pas appliquée à Montréal [où] il y a quelqu'un qui a décidé de défier la loi. Ce n'est pas correct. [...] Il faut appliquer cette loi», a-t-il dit, sans préciser les moyens à prendre pour y arriver.
 

Par Martin Ouellet
69 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 23 mai 2012 14 h 13

    Il faut être siphoné

    Je suis prêt à discuter si vous ne dites que les choses que je veux entendre. On nous prend vraiment pour des crétins.

    • Claude Champagne - Inscrit 23 mai 2012 15 h 18

      Je suis prêt à discuter seulement au petit déjeuner, très confortable au petit déjeuner. Non mais comme vous M. Davignon des élections au plus c...is...le dramatique relation publique libéraux pu capable.

    • Yves Lever - Abonné 23 mai 2012 15 h 39

      Est-il possible de discuter?

      L'une dit: «pas de moratoire».

      Les autres disent : «on ne vient pas négocier, on vient exiger». Quand les étudiant répètent «on veut être écoutés», ils veulent dire : «on veut être obéis»...

      Si, au lieu de parler continuellement de rapport de forces, on
      essayait de parler de rapport d'intelligence?

    • A Jutras - Inscrite 23 mai 2012 16 h 18

      Le moratoire et la tenue d'États Généraux donneraient le temps de se pencher sur la question, faire de la recherche, etc. Justement, ca aiderait à prendre une décision intelligente et non-précipitée.

    • Muriel deToledo - Inscrit 23 mai 2012 20 h 52

      Il faudrait peut-être lire tout l'article et ne pas se limiter aux grands titres...

      L'impression que j'en tire est que les représentants des étudiants sont partis sur une bonne cause et en route ils ont perdu de vue les vrais intérêts de ceux qu'ils représentent.

      Il suffit de faire quelques calculs très simples sur ce que le gouvernement Charest a déjà offert pour améliorer la condition des étudiants (bien au delà de l'infâme augmentation), pour comprendre que ces démonstrations sont bien autre chose en réalité.

      Personnellement je considère qu'un gouvernement élu démocratiquement doit avoir la chance de terminer son mandat, ne serait-ce que par respect envers la majorité qui l'a élu.

      Éssayer de provoquer une crise qui devienne 'socialement insoutenable' dans le seul but de faire tomber le gouvernement et tout simplement, dans mes livres, une tentative de coup-d'état. Pas difficile de voir qui sont les parlementaires qui affichent le carré rouge et encouragent la 'révolte sociale'.

      Le Canada n'est pas un pays où la démocratie pourrait être égraffignée... par pitié, ne faisons pas de comparaisons qui touchent le ridicule.

      Si je concorde sur le fait que ce n'était pas le meilleur moment pour une loi spéciale, j'aimerais savoir en quoi cela dérange les organisateurs honnêtes d'une manifestation pacifique de donner aux autorités le parcours et l'horaire de la manifestation... Si ce n'est pas un enfantillage, quelles sont les raisons voilées de ce refus?

    • Bernard Leblanc - Inscrit 24 mai 2012 00 h 11

      Le premier ministre s’est assuré que les étudiants vont payer plus. Si l’entente est acceptée, comme on vient de le voir, l’élimination du gaspillage ne suffira pas à faire baisser les frais. Charest pourra donc se présenter comme le grand médiateur qui a réussi à mettre fin à la plus grande crise sociale de l’histoire de la nation québécoise (le PLQ n’aura pas peur de spinner et d’en beurrer épais…), pendant que l'on accusera Pauline Marois de n’avoir été bonne qu’à jeter de l’huile sur le feu en portant le carré rouge.

      Bernard Leblanc

  • Thierry Verviers - Inscrit 23 mai 2012 14 h 13

    Et pourquoi pas des négociations publiques avec présence d'un arbitre

    Il est impossible d'avoir des négociations sincères dès que l'on dit que nous voulons bien négocier à la condition que.....

    Pourquoi pas une négociation publique (à la télé) avec toutes les parties réunies avec présence d'un arbitre impartial ?

    De cette façon, la population pourrait vraiment voir et savoir qui est sincère ou pas dans ces négociations.

    Je vous parie un 10$ que les négociations iraient beaucoup plus vites et seraient beaucoup plus calmes.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 23 mai 2012 19 h 25

      Et qui va trouver un arbitre impartiale?

      De plus, il suffit de lires les journaux (excluant le journal de Montréal) pour savoir qui manque de sincérité et qui non.

  • Albert Turcotte - Inscrit 23 mai 2012 14 h 15

    La fausse représentation



    La hausse des frais de scolarité est un détournement de la philosophie traditionnelle du parti libéral québécois.

    Un élément capital a été oublié dans l'analyse de cette crise:

    Tout comme le Parti québécois avait fait chef un ancien conservateur, Lucien Bouchard, qui donna $68 millions à l'Église catholique pour ses églises, le parti libéral québécois, par deux fois, a donné la chefferie à deux gros conservateurs: Claude Ryan et Jean Charest.


    Il y eut là, tout récemment, un détournement de parti, par électoralisme, par l'establishment de ces partis, car Jean Lesage s'était dit publiquement de centre-gauche et René Lévesque de même.

    Le parti libéral fédéral de même, de Laurier à Trudeau, était centre-gauche.

    Voilà pourquoi tout a tourné au vinaigre, et pour les deux partis.

    Quand comprendront-ils que la voie fort étroite en démocratie pour une société juste et stable est la social-démocratie, budgétairement raisonnable et continuellement progressiste ?

    Jean Charest, avec ses accommodements raisonnables, sa complaisance avec les arrivistes et les magouilleurs, son cours ECR, et sa hausse des frais de scolarité a viré net à droite un parti qui a pourtant de belles gloires progressistes derrière lui.

    La seule voie démocratique prospère, stable et juste: la social-démocratie bien gérée.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 mai 2012 15 h 16

      Pas si sûr. Toutes les augmentations des frais de scolarité depuis 1970 ont eu lieu sous le Parti libéral.

      Récemment, mon fils de 16 ans trouvait très amusant de lire les textes du site du PLQ. Après avoir lu la fierté qu'avait le PLQ du fait que Robert Bourrassa avait fait adopter la Charte des droits et libertés du Québec, il m'a demandé si c'était bien le même qui avait demandé la déclaration de la Loi des mesures de guerre...

  • Bernard Duplessis - Inscrit 23 mai 2012 14 h 16

    Hypocrisie

    La ministre a prouvée son hypocrisie en clamant ses tentatives d'appels aux associations... ce qui a été démenti alors pas de conditions hypocrites..

    • André Davinci - Inscrit 23 mai 2012 15 h 58

      Exactement. Une hypocrite de la pire espèce... On l'a bien vu lorsqu'elle a quitté la table des négociations, que les étudiants semblaient encouragés, Et que le soir même elle confirme que les négociations sont rompues... Par une loi qui developpée depuis des semaines.. J'espère que les étudiants vont demander un autre négociateur, plus franc et honnête..

  • Gilles Landry - Inscrit 23 mai 2012 14 h 21

    Reprise des négos avec les étudiants: Courchesne dit non.

    Charest ne retirera pas la loi spéciale et il n'y aura pas de moratoire. Nos leaders étudiants n'iront sûrement pas "négocier" avec une épée de Damocles suspendue sur leurs têtes.

    Elle sait très bien que les étudiants vont refuser cette nouvelle trappe médiatique. Envoye la police!

    • Jean Côté - Inscrit 23 mai 2012 17 h 13

      La loi spéciale a été adoptée pour régler un problème bien réel: les étudiants en boycott bafouent la démocratie et ne respectent pas la primauté du droit. Cette loi est nécessaire pour la reprise des cours alors elle ne doit pas être annulée, elle doit être pleinement appliquée.

      Le moratoire n'est pas une option non plus, les universités étant sous-financées depuis des années. Un moratoire réduirait le financement des universités, ce qui réduirait à son tour la qualité de l'enseignement. Pour certaines facultés de sciences humaines, on devrait parler réduirait encore plus...

      Les boycotteux n'ont jamais négocié de bonne foi avec le gouvernement. Ils ont dit oui à la bonification des bourses, ils ont dit oui à l'étalement de la hausse, ils ont dit oui au remboursement proportionnel. Ils ont dit oui à toutes les ouvertures du gouvernement, mais ils n'ont pas bougé d'un pouce concernant la hausse (l'entente a été massivement rejetée, on s'en souvient).

      Dans ces conditions, pourquoi le gouvernement accepterait-il de s'asseoir avec un groupe d'extrémistes minoritaires qui exigent du gouvernement qu'il recule? Pour bien des Québécois insatisfaits du gouvernement, le problème est qu'on est trop généreux et patient avec les boycotteux.

      Ce mouvement n'a d'ailleurs plus beaucoup de crédibilité... Dictature? C'est ridicule. État policier? C'est risible. Les casseroles comme au Chili? C'est une insulte au peuple chilien. Honte aux boycotteux d'oser se comparer avec des gens qui ont véritablement souffert de répression.

      Le gouvernement démocratiquement élu ne peut pas plier et ne doit pas plier face à une minorité extrémiste qui tente d'imposer un agenda.

      Jean Côté

    • David Mourinet - Inscrit 23 mai 2012 21 h 07

      M. Côté
      Si minoritaire alors qui sont les 80% qui disent Non aux propositions du gouvernement, pourquoi les majoritaires ne votent pas, soyons sérieux.
      Cette loi n'a pour effet que faire taire les étudiants, ni plus, ni moins. ils existent suffisamment de lois pour punir les casseurs et autres voyous qui profitent des manifestions ( tous les types de manifestations et ceci partout dans le monde).
      Et les offres du gouvernement, étalement sur 7ans avec augmentation plus importantes au bout de la ligne, revenu inférieur à 45000$ soyons sérieux.
      Je suis sûr qu'il y'a bien longtemps que nous n'êtes plus aux études.
      Les universités manquent d'argent en partie à cause des très mauvaises gestions.
      Et si demain nous augmentions de 85% le prix de l'essence pour l' entretiens des routes qu'elle serait votre réaction , Oui, Oui Monsieur le premier ministre avec plaisir.
      Les quebequois sont depuis trop longtemps des moutons qui suivent trop facilement leurs politiciens.
      Par contre une loi est une loi et il faut la respecter et trouver un autre moyen d'arriver à ses fins.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2012 23 h 16

      Et quand c'est le gouvernement qui se comporte de façon extrémiste, qu'est-ce qu'on fait monsieur Côté ?

    • Jean Côté - Inscrit 24 mai 2012 17 h 43

      @M. Mourinet

      Cette loi vise à permettre aux grands oubliés de ce conflit, les étudiants responsables, de retourner en classe. Cette loi est nécessaire parce que les boycotteux refusent de respecter la démocratie.

      @M. Théberge

      On verra si cela se produit. Pour le moment, ce gouvernement prend les moyens pour gouverner, ce que la population lui a donné comme mandat aux dernières élections. Ce qui est extrème, c'est de descendre dans la rue pour combattre une augmentation des frais de scolarité qui est plus petite que ce que les étudiants allouent pour leur budget loisir (50$ / semaine selon la FEUQ).

      Ce mouvement crie très fort, mais quand on regarde pourquoi il crie, on voit bien que ses priorités ne sont pas à la bonne place.

      Et honte à ceux qui le supportent.

      Jean Côté