Point chaud - Face-à-face de générations

Jean-Marc Léger voit dans le conflit actuel une « révolution moins tranquille » en marche.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jean-Marc Léger voit dans le conflit actuel une « révolution moins tranquille » en marche.

Une fois un trait tiré à la grève étudiante, « les Québécois ne verront plus les jeunes de la même manière », selon le président et fondateur de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. À ses yeux, « les jeunes ont mérité le respect » de la population au cours des quatorze dernières semaines en « sacrifiant leur session pour leurs convictions ».

Le dirigeant de la plus importante firme de recherche marketing et de sondages à propriété canadienne suit avec grand intérêt l’évolution de la « révolution moins tranquille » qui tient en haleine le Québec depuis 100 jours.


Le conflit étudiant laissera des traces indélébiles dans la mémoire collective, notamment en raison de l’indifférence dont font preuve les baby-boomers face aux revendications des étudiants en grève, qui sont pour la plupart issus de la génération Y.


Jean-Marc Léger accuse à demi-mot la génération du baby-boom - ceux nés au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale - d’imposer ses vues à toute la population québécoise. « La génération des baby-boomers, qui contrôle le Québec depuis les années soixante, impose toujours sa vision. Elle n’accepte pas l’émergence d’un autre groupe qui ne pense pas de la même manière », fait-il valoir avant de lancer : « Ils ont profité d’un système d’éducation quasiment gratuit. Et ils n’acceptent pas que les jeunes paient le même montant qu’eux ont payé. »


Que l’on ne s’y trompe pas : Jean-Marc Léger appuie une hausse des droits de scolarité au Québec, mais celles prévues par le gouvernement libéral - 1625 $ sur cinq ans, puis 1780 $ sur sept ans - sont « trop élevées » et « trop rapides ».


Selon l’économiste, l’équipe du premier ministre Jean Charest s’y est mal prise en enfonçant dans la gorge des étudiants une hausse des droits de scolarité sans avoir auparavant « fait le ménage dans les finances publiques ».


« Les baby-boomers ont endetté le Québec. Ils obligent la génération suivante à payer pour tout le laxisme [dont ils ont fait preuve] dans leurs années », poursuit le fils de l’ancien ministre Marcel Léger.


« Les jeunes se réveillent, ne les écrasez pas. Ce sont eux, demain, qui vont être premiers ministres du Québec, médecins, avocats… Ce sont eux qui dirigeront la société. » Né en 1961, Jean-Marc Léger explique lui-même appartenir à une « une génération écrasée ». « Je fais partie de la « génération sandwich », qui est une génération qui a mangé les miettes des aînés. Quand je suis arrivé sur le marché du travail, il n’y avait aucun poste disponible. Tout était pris. Il n’y avait rien pour nous autres. Donc, on a mangé les miettes. Cette génération essaie encore là d’étouffer les jeunes qui se réveillent. Je trouve que c’est malhabile », souligne M. Léger.


Il craint que l’intention, affichée notamment par la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), de défier la loi spéciale adoptée vendredi dernier n’attise la fracture entre les générations.


Les dirigeants de la CLASSE, de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) doivent s’évertuer à trouver une sortie de crise honorable pour leurs dizaines de milliers de membres toujours en grève. Les étudiants doivent réaliser « quelques gains parce qu’ils méritent quelques gains », affirme Jean-Marc Léger, non sans craindre une multiplication des actes de violence émaillant les manifestations au cours des prochains jours. « Il s’agit juste qu’ils finissent cette grève-là correctement. Le problème est qu’ils sont en train de perdre le sens de leur bagarre, [du moins ceux qui] s’enlisent dans la violence… »

 

Printemps québécois


La fin du conflit étudiant - par une entente négociée entre les parties ou non - ne mettra pas un terme à leur lutte, ajoute-t-il. « Les jeunes ont focalisé leur colère sur les droits de scolarité, mais derrière cela, leur colère est beaucoup plus grande. À mon avis, ce mouvement là ne fait que commencer. Vous allez voir. Il y a une colère importante. Les gens veulent du changement. »


Que les politiques se le tiennent pour dit, ce désir de changement se répercutera inexorablement par une participation plus grande des jeunes aux prochaines élections, rendez-vous qu’ils boudent habituellement en grand nombre, selon Jean-Marc Léger.


Les jeunes constituent près de 20 % de la population du Québec, mais à peine 10 % de l’électorat, précise-t-il. « Ça va changer ! »


M. Léger appelle aujourd’hui à un changement de garde à la tête de la société québécoise. « Laissons l’autre génération prendre le pouvoir », lance-t-il sans détour. Le problème : « les gens veulent du changement, mais il n’y a personne qui l’incarne actuellement » dans un Québec « de plus en plus conservateur ». « Le Québec vieillit.»

67 commentaires
  • Grace Di Lullo - Inscrit 22 mai 2012 00 h 49

    Aimons nos jeunes, car nous serons vieux

    Je trouve ce texte et l'analyse que fait M.Léger intéressants et plein de bon sens.

    Il est très clair que nous sommes devant un mouvement social important. Les gens au pouvoir toutes allégences confondues tentent désespérement de s'aggriper, mais force est de constater que l'exercice devient de plus en plus difficile.

    Ils tentent depuis le début de mépriser, discréditer ou de diminuer ces jeunes, mais ils s'apercoivent que cela est difficile.

    À ces étudiants se sont joints d'autres gens et d'autres causes. Ces dernières sont probablement bigarrées, mais elles ont en commun une demande d'innovation dans les politiques sociales et économiques ainsi qu'une demande d'une plus grande imputabilité, responsabilité et transparence des gens qui exercent le pouvoir et gèrent les deniers publics.C'est en somme l'innovation dans la responsabilité.

    Ces gens disent qu'il faut faire autrement, qu'il faut penser autrement cette société, l'état et la démocratie. Il est possible de sortir de la noirceur des dernières décennies, sans sombrer dans la faillite. Les gens participant à ce mouvement ont raison et ils auront raison n'en déplaise aux tenants de la ligne dure, du conservatisme ambiant et aux exegètes du néo-libéralisme à saveur québécoise.

    Ces innovations ont les voient dans les moyens pris pour faire valoir une politique en éducation, mettre en oeuvre des messages et des participations collectives, contester une loi, etc. Ils sont créateurs!

    M. Léger termine son commentaire en parlant du vide que les Québécois ressentent face à la personne ou le parti incarnant les aspirations de ce mouvement social. En effet, la scène actuelle rèvèle que plusieurs cherchent à maintenir leurs positions politiques..Les gens le trouveront bien et rapidement.

    Les médias ayant tenus une ligne conservatrice et dure durant ce conflit pourraient laisser la place a davantage de compréhension et d'acceptation de ce mouvement social.

    Le mouvement

    • Ghislain Théberge - Abonné 22 mai 2012 08 h 27

      D'accord

    • Jean Charest - Inscrit 22 mai 2012 11 h 11

      En effet, il n’y a pas de conflit intergénérationnel.

      Ce qu’il y a, c‘est une opposition idéologique qui fait abstraction de l’âge.

      De fait, le clivage s’opère uniquement en fonction de l’argent et de l’ignorance.

      De toute façon, plus les gens sont ignorants, plus le pouvoir en place peut mener ces derniers en chaloupe, aux bénéfices des plus fortunés.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 22 mai 2012 02 h 37

    analyse âgiste

    plusieurs baby-boomers à la retraite comprennent les enjeux, sont "carré rouge", et seront présents aujourd'hui. Ils sont les alliés de l'actuelle cause, à mon avis plus que les "X" (démontrez-moi que j'ai tort).

    Certes, comme partout ailleurs, le mouvement étudiant est la locomotive du progrès, mais le malaise est plus profond et transend les générations. Quand un système politique cesse de progresser, quand il dérive vers l'autoritarisme, il est de notre responsabilité citoyenne de s'indigner et prendre le temps de se faire entendre. Rarement une jour n'aura valu la peine de prendre la journée, et au pire d'en subir les conséquences, pour dénoncer ce régime que nous ne voulons plus.

    Ce n'est plus qu'une question que concerne que les jeunes. Aujourd'hui, plus que tout autre jour depuis plus de 15 ans, est l'occasion de dénoncer le modèle PPPP (profits privés, pertes publiques) et clamer notre citoyenneté dans un nouveau cadre. C'est aussi l'occasion de célébrer plus de 3 ans d'allégations de corruption mensuelles, plus de 3 mois de manifestations hebdomadaires, bientot 30 jours de manifestations quotidiennes.

    J'espère que ce sera surtout l'occasion de célébrer le début des audiances de la commission Charbonneau, obtenue après longue obstination, "destinée" par ses juges post-ités à commencer le ménage dans ce système qui divertit nos taxes volontaires des besoins et budgets en santé et éducation pour enrichir des contracteurs interlopes.

    Ça a commencé par la cause étudiante, c'est devenu l'occasion d'un grand nettoyage par et pour les citoyens. Que ça continue, avec la présence de chacun, vers cette nouvelle structure démocratique.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • bruno labelle - Inscrit 22 mai 2012 06 h 46

      bien d accord et il faut tous comprendre les enjeux de cette loi qui veut bailloner les quebecois ce que ici la caq n a pas compris non plus

    • Claude Saint-Jarre - Inscrit 22 mai 2012 06 h 46

      Je pense aussi que c'est une analyse âgiste, en ce qui me concerne du moins. Il y a un besoin d'une commission d'enquête sur la gestion des finances publiques également. Je suis pour la gratuité scolaire, l'indépendance énergétique viable, avec le monorail électrique québécois, la souveraineté alimentaire accompagnée d'une éducation du goût. Je suis pour les soins dentaires gratuits à tout âge. Les baby boomers feraont pression sur le système de santé. Gardons-les en forme et maintenons leurs cerveaux en santé pour abaisser cette pression; nous en avons les connaissances et les possibilités mais pas les politiques.
      BOnne journée!

    • Serge Grenier - Inscrit 22 mai 2012 08 h 53

      Je suis né en 1952. Mais j'ai toujours vécu dans la marge, la contre-culture, l'underground. Alors je trouve que Monsieur Léger fait une erreur quand il place tous les «baby-boomers» dans le même panier.

      Il y en a plusieurs parmi nous qui n'ont jamais eu de beaux emplois, qui ont vécu dans la simplicité volontaire toute leur vie, qui ont participé à toutes les luttes citoyennes.

      Il y en a plusieurs parmi nous qui sont dans la rue avec les jeunes, qui passent des heures à leurs claviers pourles défendre dans les médias sociaux.

      Jean-Marc Léger a raison sur un point : «Ce mouvement ne fait que commencer.»

      Serge Grenier

    • Renaud Dugars - Inscrit 22 mai 2012 09 h 22

      Je suis d'accord.
      Monsieur Léger, comme pour entrer dans la bataille se croit justifier de monter une génération contre l'autre.
      D'ailleurs je me demande pourquoi tout d'un coup, plein de gros bonnets comme Monsieur Léger décident de prendre la part des étudiants ? Pourquoi ces gens là ne se sont pas levés avant ? Serait-ce qu'ils sentent la soupe chaude ? Serait-ce qu'ils sentent la fin du régne de Charest ? Serait--ce qu'ils essaient de se replacer les pieds pour la suite des choses ? Regardez le maire Tremblay !!! Moi j'ai ri en maudit quand je l'ai entendu dire hier soir que le Gouvernemnt devait discuter avec les étudiants ? NOn mais d"où ils sort ce clown ? Ça fait 3 mois que le problème est là ! Il y a des Baby Boomers qui ont profité du système, il y a des gens de la génération X comme monsieur Léger qui ont profité du système, il y aura des gens de la génération Y qui profiteront du sytéme. Les autres doivent agir ensemble et les contrer le plus possible.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 22 mai 2012 10 h 29

      Il est normal pour les enfants devenus adultes de confronter leurs idées avec celles de leurs parents. La génération X (1961-1980) s’est opposée à celle des Baby-boomers (1945-1960) et actuellement c’est au tour des jeunes de la génération Y (1980-2000) de se confronter à la génération de leurs parents (génération X).

      Je suis bien d’accord avec vous M. Blouin-Beaudoin. Les baby-boomers (les grands parents de nos jeunes étudiants, en général de jeunes retraités) comprennent mieux dans l’ensemble la situation que la génération des X, trop souvent encline à suivre n’importe quel Jeff ou Éric.

      La droite à toute vapeur, et vive l’individualisme à outrance. Pour eux n’existent que les droits individuels, qu’ils valorisent comme leur vie. «La juste part» des redneck québécois qui ne demandent qu’à jouir du pouvoir que donne la consommation. Et tant pis pour les droits collectifs.

      C’est grâce aux Baby-boomers tant décriés si le Québec s’est débarrassé du carcan politico-religieux qui le paralysait. Cette génération s’est battue pour l’accès à l’éducation pour tous et aujourd’hui, ces jeunes retraités pour la plupart savent très bien que si l’éducation redevient, comme elle l’était avant la Révolution tranquille une chasse gardée pour les classes argentées, cela équivaudrait à une régression des droits collectifs.

    • Michel Grenier - Abonné 22 mai 2012 16 h 25

      Je suis de la génération tant décriée par ce sondeur,ce n'est pas en montant une génération contre une autre,que l'on trouvera la solution.Ce n'est pas de cette façon qu'un certain Martineau s'est fait connaître?Je crois sauf erreur qu'il avait écrit un livre décriant les boomers au début des années 90.Voyez maintenant,ce n'est pas lui qui approuve les étudiants,et Mr Léger dit qu'il est d'accord avec la hausse,bizarre.

      Michel

  • Line Gingras - Abonnée 22 mai 2012 03 h 09

    Je suis de la génération du baby-boom

    C'est vrai qu'il m'a l'air bien à plaindre, ce monsieur Léger, fils de ministre et pourtant victime de la génération maudite à laquelle j'appartiens.

    Fille d'un cultivateur devenu petit commerçant, je n'oublie pas que si j'ai pu faire des études universitaires, c'est grâce aux artisans de la Révolution tranquille. Je n'oublie pas que d'autres, même de ma génération prétendument privilégiée, n'ont pas eu la chance d'étudier. Je n'oublie pas que l'éducation m'a ouvert une fenêtre sur le monde.

    C'est pourquoi je voudrais, aujourd'hui, que tous les jeunes qui désirent étudier puissent le faire. C'est pourquoi, contrairement à monsieur Léger, je suis en faveur de la gratuité scolaire à tous les niveaux. Comme société, si nous cherchons bien et si nous en faisons notre priorité, il me semble que nous devrions trouver les moyens d'y arriver.

    L'éducation, pour moi, ce n'est pas un droit mais un devoir, individuel et collectif.

    Mais bon, pour les poseurs d'étiquettes, je ne suis qu'un élément de cette génération irresponsable et honnie du baby-boom.

    • Denis Langlois - Inscrit 22 mai 2012 20 h 29

      Je suis un baby boomer (1951) et je suis parfaitement d`accord avec vous. Je n`ai jamais compris cette obsession des médias d`essayer de monter les générations l`une contre l`autre. Je suis derrière ces jeunes et leurs revendications sont justes, plus nous aurons de gens instruits et mieux nous serons équipés pour faire face aux changements qui s`en viennent.

  • Michel Lebel - Abonné 22 mai 2012 05 h 30

    Jovialisme!

    Je ne partage aucunement cette vision jovialiste des jeunes. Précisons qu'il faudrait plutôt parler d'étudiants que de jeunes! Tous les jeunes n'étudient pas! Le comportement de certains étudiants m'attristent plutôt. Comme celui de médias biaisés. Ma conclusion est simple: bien des Québécois ont perdu tout jugement.

  • Claude Bélanger - Abonné 22 mai 2012 06 h 54

    Les moins de 25 semblent plus à gauche, mais cela ne semble pas le cas de la jeunesse en général

    À moins que monsieur Léger ait des statistiques précises sur le sujet, les générations qui ont suivi le baby boom ne semblent pas plus à gauche ou progressistes que leurs aînés. Cela apparaît différent avec les moins de 25 ans, et c'est pourquoi on voit beaucoup de têtes grises appuyer les étudiants.