Appel à la résistance


	Des étudiants ont manifesté hier matin pour empêcher le retour en classe à l’UQAM.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Des étudiants ont manifesté hier matin pour empêcher le retour en classe à l’UQAM.

Entre la tristesse et la colère, les étudiants promettent de résister et même de contester la loi spéciale du gouvernement Charest qui force le retour en classe. Encore sous le choc de la solution qui leur est imposée, les principales organisations étudiantes ont appelé hier à continuer la mobilisation de plus belle, avertissant que loin de calmer le jeu, cela pourrait au contraire mettre le feu aux poudres.

« Le gouvernement a délibérément choisi d’augmenter la pression sur les étudiants », a dit Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), réagissant à chaud à l’annonce du gouvernement, au bord des larmes. « Il voulait calmer les tensions, j’ai bien peur qu’elles ne fassent qu’augmenter », a-t-elle ajouté en indiquant toutefois qu’elle appelait à des actions de protestation pacifiques. Le fossé entre le gouvernement et la jeunesse du Québec se creuse, croit-elle.


Les étudiants s’en souviendront longtemps, a indiqué pour sa part Léo Bureau-Blouin, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ). « Ce n’est pas en suspendant la session qu’on suspend la crise. Ce n’est pas à coups de matraques et de loi spéciales qu’on va mettre fin au conflit », a-t-il insisté. M. Bureau-Blouin prédit la perte de confiance des jeunes en leurs institutions démocratiques. « Il ne faut pas se demander pourquoi les jeunes perdent foi en leurs élus et en ces gens qui sont censés les représenter et les écouter. Depuis le début du conflit, le gouvernement du Québec n’est pas de bonne foi. Le gouvernement a attendu que le mouvement devienne violent et que les tensions apparaissent pour faire en sorte que le mouvement se décrédibilise lui-même. Ce sont des milliers de jeunes qui l’auront en travers de la gorge longtemps.»

 

Expressions dures


Les étudiants n’ont pas été tendres devant cette loi spéciale qu’ils ont qualifié de « lockout » ont été très dures. « C’est une loi répressive et autoritaire. Elle brime le droit de grève des étudiants qui était pourtant reconnu depuis des années par les établissements d’enseignement, a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, le coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Le gouvernement préfère frapper les jeunes plutôt que de les écouter. » « Le gouvernement a posé un geste de perdant », a renchéri l’autre porte-parole, Jeanne Reynolds, qui a qualifié le premier ministre de « hautain » et « arrogant ».


Le droit de sortir dans les rues pour clamer son mécontentement n’est toutefois pas entravé, ont-ils rappelé. « Aucune loi ne va nous empêcher de manifester. On relance l’appel à la mobilisation du 22 mai, où on attend une dizaine de milliers de personnes », a dit M. Nadeau-Dubois.


Une contestation de la loi n’est pas exclue, a dit M. Bureau-Blouin. Il s’est dit déçu de l’attitude du gouvernement qui n’a, selon lui, « jamais cherché à régler cette crise ». « J’ai proposé de mettre ma tête sur le billot pour régler ce conflit-là », a-t-il dit en évoquant la proposition que la FECQ avait faite plus tôt hier à la nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne. « J’ai l’impression qu’on utilise les étudiants dans une vaste pièce de théâtre pour marquer les points politiques. »

 

Les réactions des profs


Le président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), Jean Trudelle, a semblé outré par le discours de M. Charest et Mme Courchesne. « Je les ai écoutés avec attention et je ne les crois pas. Il y a dans ce qu’ils ont dit une somme de démagogie qui me renverse. On a évoqué le pseudoconsensus du 6 décembre alors que c’est faux, on a parlé d’accessibilité comme s’il s’agissait simplement d’ouvrir les portes. On n’a rien sur le fond de la question. Le gouvernement n’a fait que souligner à grands traits rouges ses supposées avancées alors qu’il oublie de dire que c’est arrivé après deux mois de conflit, a-t-il dit, visiblement en colère. Selon lui, les enseignants des cégeps qui doivent se rencontrer aujourd’hui seront trop enragés pour discuter du détail de la suspension de la session jusqu’en août.


Le président de la Fédération québécoise des professeurs d’université, Max Roy, a trouvé « extrêmement dommage » que les considérations des étudiants n’aient pas été prises au sérieux. Selon lui, ce sera très difficile pour les professeurs d’université, qui tiennent un point de presse ce matin, de reprendre la session au mois d’août et septembre, moment consacré à la recherche, aux demandes de subvention ou aux déplacements.


Pour l’instant, aucune recommandation formelle à rentrer en classe ne sera formulée et les associations seront consultées localement, a rappelé Martine Desjardins. « On va tenir des assemblées générales. On va regarder pour le 22 mai si on peut y participer et on aura d’autres mobilisations. Chose certaine, on va continuer d’aller manifester et on verra le plan de match pour la suite. »

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