Entre scepticisme et optimisme

Léo Bureau-Blouin (FECQ) et Martine Desjardins (FEUQ) espèrent une sortie de crise rapide.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Léo Bureau-Blouin (FECQ) et Martine Desjardins (FEUQ) espèrent une sortie de crise rapide.

Si la réaction de surprise a été unanime, les étudiants sont divisés sur la question de l’impact réel qu’aura sur le conflit l’arrivée d’une nouvelle ministre de l’Éducation. Ils espèrent néanmoins que la rencontre de 18 h, ce soir, où sont convoqués les leaders étudiants et les administrateurs des cégeps et universités, permettra de faire un pas de plus vers une sortie de crise.

Le porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, fait résolument partie du camp des sceptiques. « Ce n’est pas en changeant de ministre, je crois, qu’on va régler la crise actuelle. On va la régler lorsqu’on va accepter de parler de la raison pour laquelle les étudiants sont en grève, c’est-à-dire la hausse des frais de scolarité », a-t-il déclaré hier quelques minutes après avoir appris que Line Beauchamp démissionnait de ses fonctions de ministre de l’Éducation et de vice-première ministre. Michelle Courchesne allait être nommée à sa place moins d’une heure plus tard.


La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, est plus nuancée, mais demeure tout de même sceptique. « Mme Courchesne semble plus conciliante, mais elle a une réputation. C’est elle qui était ministre de l’Éducation quand il y a eu une hausse [des droits de scolarité] en 2007, a-t-elle rappelé. C’est une femme de compromis, mais elle ne passe pas par quatre chemins. »


Mme Desjardins dit oser croire qu’il n’y aura pas de « jeu politique » fait sur le dos des étudiants. « On nous a convoqués pour nous dire qu’on allait retourner à l’entente qu’on a eue la dernière fois et repartir de cette base-là. Ça nous plaît bien d’aller s’asseoir et de revoir les différentes sorties de crise. »


Plus optimiste que les deux autres, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) « accueille positivement » l’arrivée d’une nouvelle personne à la table. « C’est une femme d’expérience qui a les cordons de la bourse. Ça me semble être un signal positif », a dit le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. « Je ne peux pas croire que Mme Courchesne ait accepté ce rôle-là sans être convaincue qu’elle aurait toutes les cartes en main pour régler », a-t-il ajouté.


Même son de cloche pour le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, qui dit espérer que Mme Courchesne aura les mandats pour parler de la hausse des droits de scolarité. « On espère avoir un cadre où on va parler des choses essentielles », a-t-il indiqué.


Xavier Lafrance, l’ancien porte-parole de la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (l’équivalent de la CLASSE lors de la grève de 2005), estime que ce changement de ministre n’est que cosmétique. « Mme Beauchamp est peut-être épuisée, mais face à un mouvement d’une étanchéité incroyable, je ne vois pas comment ça pourrait amener quelque chose de neuf », a-t-il soutenu. Selon lui, ce changement de ministre diffère légèrement de celui survenu en 2005, tout juste avant que la grève ne soit déclenchée, alors que Pierre Reid cédait sa place à Jean-Marc Fournier à l’Éducation. « À l’époque, c’était clair que Pierre Reid s’était mis les pieds dans les plats. Ils ont essayé de faire quelque chose de démocratique, mais, en fin de compte, on sait que c’est Jean Charest qui prend les décisions. »


Le président de la CSQ, Réjean Parent, croit aussi que Line Beauchamp jouait les seconds rôles. « Le chef d’orchestre, c’était le premier ministre avec le ministre des Finances, Raymond Bachand. Elle a joué la partition du mieux qu’elle a pu. Une ministre sacrifiée ne règle pas la question », a-t-il noté. Son homologue à la CSN, Louis Roy, croit qu’il faudra plus qu’un changement de tête pour régler le conflit. « Le problème, c’est la hausse. »


Quant au président-directeur général de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, il rappelle que les étudiants avaient massivement rejeté l’entente négociée il y a dix jours entre l’ex-ministre Beauchamp et les étudiants. Il croit toutefois que l’idée d’un moratoire, avec certaines conditions associées, mérite d’être analysée. M. Beauchesne participera aux différentes rencontres de la journée aux côtés des représentants de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), qui n’accordait pas d’entrevue hier.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 mai 2012 07 h 55

    Le message

    Le messager change, le message du «cheuf» demeure.

  • Régine Pierre - Inscrite 15 mai 2012 09 h 19

    L'obligation de résultat

    La conférence de presse, après la nomination de Michelle Courchesne n'était guère encourageante: même discours, même incompréhension, même intransigeance. J'espère que c'était juste pour la galerie et que, dans le secret des négociations avec les leaders étudiants, madame Courchesne pourra jouer de son expérience comme ministre de l'éducation pour trouver de vraies solutions de compromis. Tout retour forcé laisserait des traces pendant des années.