Gestion de crise - Il faut profiter de l’appel d’air pour avancer, estiment des experts

Stratégie alambiquée du gouvernement ou vrai « ras-le-bol » de la ministre de l’Éducation ? Difficile de conjecturer, répondent les experts en gestion de crise, mais l’appel d’air permettra sûrement de faire évoluer la situation.

« J’imagine que Jean Charest l’avait vu venir et avait dû le prévoir », estime Frédéric Bérard, vice-président du cabinet d’affaires publiques Hill et Knowlton, au sujet de la démission hier de la ministre de l’Éducation Line Beauchamp. M. Bérard estime que cette dernière « paye les frais » de sa stratégie de « personnalisation » du conflit avec Gabriel Nadeau-Dubois et sa tentative de diviser le mouvement étudiant.


« La ministre a été un peu sacrifiée, et ça pourrait s’inscrire dans un cadre stratégique formel », ajoute Frédéric Bérard qui pense que le gouvernement pourrait blâmer les étudiants pour cette démission et en profiter pour adopter une ligne plus dure.


André Bouthillier, associé principal de la firme de relations publiques Infrarouge, n’adhère pas à la thèse de la stratégie gouvernementale, mais reconnaît que le premier ministre devrait utiliser cette occasion de changement comme un mouvement stratégique. « On change le porte-parole, mais c’est le message qu’il faut changer pour résoudre le problème. »


Le point de vue est partagé par Marie-Christine Therrien, professeure à l’École nationale d’administration publique, pour qui il est temps d’assumer le fait que les racines du débat sont beaucoup plus larges. « Le conflit porte sur la hausse des frais de scolarité, mais la crise, elle, est beaucoup plus profonde. La crise n’est pas sortie d’un chapeau, il y a de vrais enjeux sur la place de l’université dans notre société. »


Quels auraient dû être les bons choix à faire pour éviter d’en arriver là ? Difficile de comparer avec une compagnie privée, avoue M. Bouthillier, qui a travaillé à titre de conseiller durant la crise d’Oka. Mais en règle générale, la priorité est d’agir vite et de montrer qu’on a le contrôle de la situation. C’est là où le bât blesse, selon Mme Therrien. « Rendu aussi loin dans une crise, il est indispensable que ce soit la tête de l’organisation qui gère la crise. Avec la nomination de Mme Courchesne, encore une fois ce n’est pas le premier ministre qui s’en charge », déplore-t-elle.

2 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 15 mai 2012 08 h 25

    Les italiens et les anglophones la base électorale du PLQ, voilà le fond de l'histoire.

    Il ne faut pas oublier que le gouvernement du PLQ ne fera pas un moratoire technique et encore moins une Commission d’évaluation de la gestion des Universités.

    Il faut savoir que les universités anglophones reçoivent 25% des étudiants universitaires au Québec. Il est curieux aussi de savoir que la masse salariale des universités anglophones représente 50% des coûts des l’ensemble des universités au Québec. Les universités anglophones du Québec sont des Mercédes.

    Donc, il est peu probable que le gouvernement Charest heurte de cette façon la communauté anglophone du Québec qui est sa base électorale.

    Il faut oublier pour les étudiants qu’ils n’auront pas accès à la gestion des universités.

    Pour les étudiants, il faudra vérifier si les terrains de soccer des universités ont utilisé le seul produit fieldturf suggéré par la ministre Courchesne pour se qualifier pour une subvention. Attention les leaders étudiants de ne pas vous faire rouler dans la farine.

    Le conflit étudiant est probablement une patate chaude pour le gouvernement face à quelques dizaines de milliers d’étudiants et d’étudiantes qui ont l’honneur de ne pas avoir abandonné leur but ultime d’obtenir un gel des frais de scolarité. Le ministre responsable de la Jeunesse est contre la Jeunesse.

    La ministre Courchesne devra montée les marches de l’Oratoire à genoux pour faire plier les genoux des étudiants qui comprennent maintenant ce que represente le mot SOLiDARITÉ

  • Maryse Veilleux - Abonnée 15 mai 2012 17 h 00

    Un long chemin!

    Je ne crois pas que le conflit se réglera en si peu de temps, au-delà des droits de scolarité c'est tout un débat de société qui est en train de se livrer à savoir où vont nos priorités de financement. Socialiste ou capitaliste?

    C'est un long combat de valeurs de société qui se gagnera dans un engagement social des citoyens, pendant des années. On ne peut réduire cette crise uniquement au monde étudiant. C'est le prolongtemps du mouvement des indignés.