Crise étudiante - Imbroglio autour de nouveaux pourparlers

La situation est toujours dans l’impasse, alors que le conflit entre Québec et quelque 155 000 étudiants au sujet de la hausse des droits de scolarité dure depuis 13 semaines.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La situation est toujours dans l’impasse, alors que le conflit entre Québec et quelque 155 000 étudiants au sujet de la hausse des droits de scolarité dure depuis 13 semaines.

Les deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire poursuivent leurs discussions par téléphone avec l’équipe de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp. La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, écartée des pourparlers au cours de la dernière semaine, affirme quant à elle avoir été appelée par un proche de la ministre pour se préparer à des discussions à venir. Une affirmation que le cabinet de Mme Beauchamp nie catégoriquement.

La CLASSE affirme avoir reçu deux appels en soirée hier de la part d’un représentant du gouvernement l’informant que l’organisation pourrait participer à des discussions prochainement. Aucune date n’aurait été fixée, selon l’attaché de presse de la CLASSE, Renaud Poirier St-Pierre, qui précise qu’il ne s’agirait pas d’une table de négociations.


Au cabinet de la ministre, on assure qu’il n’en est rien. L’attachée de presse de Line Beauchamp, Hélène Sauvageau, a fait le tour de l’équipe et assure que ce n’est pas le cas. « Ça ne vient pas du bureau de la ministre. Ils ne sont pas convoqués. »


Impossible d’y voir clair : les deux parties ont réaffirmé leurs propos à maintes reprises.


Chose certaine, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) ont dit ne pas avoir été contactées pour leur part hier. Ces trois groupes, ainsi que la CLASSE, étaient présents lors des dernières négociations avec le gouvernement. « Les échanges vont se poursuivre comme la semaine dernière par téléphone », a déclaré la responsable des communications à la FECQ, Charlotte Watson.


Au sujet de ces discussions, qui ont lieu presque quotidiennement depuis une semaine avec les deux fédérations, Mme Sauvageau s’est faite avare de commentaires, indiquant au Devoir que de plus amples informations viendraient « en temps et lieu ». La situation est toujours dans l’impasse, alors que le conflit entre Québec et quelque 155 000 étudiants au sujet de la hausse des droits de scolarité dure depuis 13 semaines.


Avec ces échanges, les fédérations étudiantes expliquent à l’équipe de la ministre Beauchamp ce qui a déplu aux associations étudiantes dans l’entente de principe de 5 mai, rejetée par les quatre organisations étudiantes. « Ça n’avance pas très très vite pour l’instant, mais on espère que ça va débloquer, a commenté le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. On demande à la ministre d’intensifier ses travaux. Chaque jour compte. » Il s’attend toutefois à des discussions plus formelles prochainement. « Mais c’est difficile de savoir quelles sont les véritables intentions du gouvernement. Une semaine, on pense qu’il veut que ça se règle et l’autre, on ne le sait plus trop. »


La TaCEQ, qui a laissé un message au bureau de la ministre hier dans le but de rentrer dans les échanges, a toujours espoir que le conflit se règle. « Tant qu’il y a des gens qui se mobilisent, il y a de l’espoir, a dit le secrétaire général de la Table, Paul-Émile Auger. Le jeu politique est encore en cours entre les associations, les étudiants dans la rue et le gouvernement. » Pour une vingtième soirée de suite, des manifestants ont d’ailleurs marché dans les rues de Montréal hier pour demander l’annulation de la hausse des droits de scolarité de 1625 $ décrétée par Québec.


Les membres de la CLASSE réunis en congrès à Québec hier ont étudié la question d’un moratoire sur la hausse, proposé notamment par la FEUQ, qui demandait vendredi au gouvernement de s’engager « à mettre en place un réel temps d’arrêt sur la hausse pendant lequel on pourra discuter réellement des enjeux qui relèvent des universités ». Les membres se sont dits prêts à en discuter si Québec le proposait. Mais pour les membres de la CLASSE, il est surtout « temps de parler de la question des frais de scolarité, après avoir tourné autour du pot pendant bientôt 14 semaines », a affirmé le coporte-parole Gabriel Nadeau-Dubois.



Retour imposé


Un piquet de grève est prévu ce matin dès 5 h 30 au collège de Rosemont, où la direction a annoncé vendredi dernier un retour en classe imposé malgré la grève des étudiants. La décision rappelle celles des cégeps de Valleyfield et de Saint-Jean-sur-Richelieu, où la tentative avait échoué. « On espère que ça se passera dans le respect et qu’il n’y aura pas d’affrontements », a dit le président de l’Association étudiante du Collège de Rosemont, Philippe Beaudoin-Martin, qui doute néanmoins que les cours aient réellement lieu ce matin.


Au Québec, une trentaine d’injonctions ont été accordées à des étudiants qui souhaitaient suivre leurs cours malgré la grève étudiante.


Des rumeurs ce week-end voulaient qu’un sondage téléphonique commandé par le Parti libéral du Québec se tienne pour connaître l’opinion des citoyens au sujet d’une loi spéciale pour obliger les étudiants à rentrer en classe. Mais le Parti libéral a démenti ces affirmations. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des rumeurs à ce sujet », a dit le directeur des communications du parti, Michel Rochette.


Une loi spéciale s’accompagne d’amendes en cas de non-respect, ce qui pourrait avoir un effet différent des injonctions, selon certains observateurs interrogés ces dernières semaines.


Par ailleurs, le groupe Force étudiante critique a dénoncé la couverture médiatique du conflit étudiant. L’une des personnes accusées dans le dossier des bombes fumigènes dans le métro a été associée à ce groupe dans les médias. « Le désir pervers des journalistes et de leurs boss est de diaboliser des militantes et militants […] Les petits chefs de pupitre appuient l’érosion de nos libertés tel que prévu dans les projets de loi sur le port du masque et l’obligation de fournir un trajet pour les manifestations », écrit le groupe sur son site blogue.

41 commentaires
  • helene poisson - Inscrite 14 mai 2012 02 h 59

    Louise Otis et Lise Bissonnette

    A)
    Louise Otis: pour savoir comment se parler.

    Lise Bissonnette: pour savoir de quoi se parler.


    Ou encore

    B)
    On attend le retour de ''Tout le monde en parle'' cet automne pour ''re-jaser'' des lunettes de la secrétaire de Mme Beauchamp, en buvant du rouge... au carré.


    RÉPONSE de M. Charest svp...

    1) la médiation ou
    2)les lunettes ?

    (Avant la fin de votre mandat, si possible, sans téléphoner à Sagard)
    -----------

    P.S.(1) Les membres de la famille Desmarais lisent-ils les articles de Mme Ouimet ou de M. Girard ? M. André Pratte non plus.

    P.S. (2) M. Charest, les carrés rouges ne sont pas des ''Post-It''...

    • Claude Lachance - Inscrite 14 mai 2012 08 h 28

      j'prends l'oeuf!

  • Claude Simard - Inscrit 14 mai 2012 03 h 00

    Le téléphone pleure ...

    Le gouvernement discute par téléphone avec les étudiants et par sondage téléphonique avec le peuple. Madame la Ministre a dû avoir oublié ses clefs à l'extérieur de la salle de négos. On sait que le site web du gouvernement a déjà été piraté et que les ondes hertziennes n'existent plus, alors je suggère de faire comme De Gaulle en '68 en utilisant la radio, il pourrait ainsi rejoindre les deux en même temps.

  • Simon Villeneuve - Abonné 14 mai 2012 04 h 42

    wow

    une loi speciale pour obliger des adultes a frequenter l ecole mais pas de loi speciale pour forcer des deputes "payes" a frequenter le parlement un minimum de jours par session .

    le monde a l emvers !

    creer des lois qui saborde la liberte des gens au lieu d un
    moratoire pour elucider une solution de la hausse des frais de scolarite, de la "vrai" democratie liberal je le dit !

    svilleneuve

  • Serge Grenier - Inscrit 14 mai 2012 06 h 52

    Mise en perspective

    Si le pétrole de l'île d'Anticosti est évelué à 4 000 milliards de dollars, alors à mon avis, la province au complet devrait valoir au moins 50 000 milliards de dollars. Comme la dette est de 250 milliards, cela veut dire que nous valons collectivement 47 500 milliards. Ça veut dire environ 6,7 millions par personne.

    Si chaque homme, femme et enfant de la province vaut plusieurs millins de dollars, il me semble qu'on devrait collectivement facilement avoir les moyens de payer les frais de scolarité de nos enfants, non ?!

    Ou alors, ça veut dire que certaines personnes en prennent bien plus que leur «juste part» et en font bien moins que leur «juste part».

    Serge Grenier

    • RONALD LESAGE - Inscrit 14 mai 2012 08 h 50

      Et que pensez vous de l'honneur que l'on ferait au québécois de payer pour l'instruction et les certificats des enfants d'autres provinces pour qui cette gratuité ne coûterait qu'un changement d'adresse temporaire en plus de les voir entrer en compétition afin de postuler les emplois d'été de nos petits enfants . Il faut être réaliste et voir ce que comporterait la gratuité scolaire . Ainsi pour me valoriser , je pourrais suivre des cours et passer mon secondaire voir aller à l'université même si j'ai 70 ans .

    • Louise Hurteau - Inscrite 14 mai 2012 09 h 12

      @Ronald Lesage : Présentement, au moment ou nous nous parlons, c'est à peu près ce qui se produit.

      Étudiant international : autour de 40K moins cher que les US
      Étudiant né au Québec mais n'y ayant jamais vécu : Gratuit CEGEP et même taux que les Québécois pour l'uni même si les parents ou eux-même n'ont jamais payé de taxes au Québec dans les 20 dernières années.

      Oui tout a fait, il n'y a rien qui vous empêche de finir votre secondaire à 70 ans ni même aller à l'université et c'est parfait ainsi.

      Note: Tous les pays industrialisés - c'est gratuit sauf les US et l'Angleterre. Le Québec est moins cher en Amérique du Nord (exception du Mexique) mais pas versus l'Europe (France, Allemagne, pays Scandinaves, etc...)

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 mai 2012 09 h 15

      .

      À Ronald Lesage qui nous dit...

      «Et que pensez vous de l'honneur que l'on ferait au québécois de payer pour l'instruction et les certificats des enfants d'autres provinces» - Ronald Lesage

      Ce style d'argument démagogique est exactement ce que nous sert la droite depuis des années pour justifier ses attaques incessantes à notre social-démocratie.

      C'est comme de dire.. «Vous voulez construire un métro ?

      - Mais -Qu'est-ce qu'on va faire des chevaux et des carrioles ?!

      Comme si le Québec était trop imbécile pour instaurer et faire respecter un minium de règles d'admission..

      Misère que c'est pas fort des fois...

      Christian Montmarquette
      Montréal

      "

    • Raymond Chalifoux - Abonné 14 mai 2012 09 h 44

      YEAH!

      Imposez-vous ce petit exercice: recensez les gouvernements de droite en place dans le monde ces 20 dernières années, puis voyez un peu là où ça ne va pas, c'est-à dire là où l'écart entre riches et pauvres ne cesse de s'amplifier (UK et USA en tête...).

      Le plus loufoque, le sommet, que dis-je l'ÉVERESTE! du honteux, il est juste là, sous nos yeux chez nos voisins: dans ce pays où l'un des hommes politiques les plus vénérés, "JFK", a dit : "Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays!"

      Ce à quoi un gouvernement de droite ajouterait "à moins d'être banquier ou du domaine pétrolier..." Le gouvernement de ce pays a allongé 700 milliards pour sortir les banquiers du trou en 2009 et trois ans plus tard JP Morgan perd deux milliards de plus, tandis qu'à cause de la récession on coupe encore davantage là-bas dans les maigres services auxquels on doit les citoyens ordinaires.

      Ici, on voudrait vendre l'État au privé, généraliser le mode PPP, brader les ressources et faire payer à la génération montante des sommes "proportionnellement" énormes pour elle mais ridicules dans l'ensemble du budget, surtout le.. "budget potentiel" !

      Une suggestion: que le gouvernement charge une « taxe spéciale » de un pour cent, des sommes versées ou à verser aux firmes (toutes catégories) impliquées dans les travaux routiers et qu’il verse le montant dans l’éducation! De la folie? Ah oui? Allez fouillez un peu pour voir si cela existe dans l'industrie de la construction? C'est quant à moi une pratique que j'ai vue de mes propres yeux et tant de fois! : « On a retranché deux pour cent sur votre facturation qui comporte des extras qui nous semblent fort discutables : c’est à prendre ou à laisser! »

      Budgeter, c'est faire des choix: ce choix de hausser les frais de scolarité était mauvais, voilà tout!

    • Julie Savoie - Inscrite 14 mai 2012 10 h 11

      @ Ronald Lesage

      Si vous êtes intéressé à retourner à l'université à 70 ans, je vous encourage fortement à le faire. La vie n'est pas finie à 70 ans, et le Québec a besoin de citoyens le plus cultivé et éclairé possible, peu importe l'âge. On a encore le droit de vote à 70 ans, on fait encore partie de la société, on peut influer sur les gens en partageant nos idées. On a même la possibilité de prendre position sur n'importe quel sujet dans les réseaux sociaux, qu'on en comprenne bien les enjeux ou pas. Tout cela représente une grande responsabilité envers la collectivité, et l'éducation est l'un des moyens de développer les outils pour essayer d'assumer au mieux cette responsabilité.

      Pour ce qui est des coûts pour les étudiants canadiens non-résidents du Quédec, sachez qu'il existe déjà un système pour les distinguer, et qui exige plus qu'un changement d'adresse temporaire. Ceci a pour effet qu'ils paient 2,7 fois plus cher en droit de scolarité que les étudiants du Québec. Il est tout à fait possible d'imaginer la gratuité pour les étudiants québecois et des droits de scolarité pour les autres.

    • Marc-André Fortier - Abonné 14 mai 2012 10 h 38

      Je lis les réponses au commentaire de M.Grenier et je redécouvre une particulatié du québécois moyen: Généraliser le cas d'exception pour ensuite abattre la suggestion en la qualifiant d'utopique...

      Dans un système où il y aurait gratuité scoalire, quelques individus seraient tenté d'en abuser et de rester à l'école jusqu'à 70 ans... Et après?

      Depuis quand bâtissons-nous en s'appuyant sur l'exception? Je vois régulièrement des conducteurs qui omettent de respecter la signalisation routière, est-ce une raison pour éliminer la signalisation?

      Et pourquoi pas nous dire que dans un système où il y aurait la gratuité, les parents et la société se chargerait d'éduquer sur le respect d'un tel choix de société et l'importance de ne pas en abuser?

      Un principe bien simple qui s'appelle la sensibilisation et ça fonctionne.

      À tous je dis cesser de dire systématiquement non à tout ce qui vous apparaît irréaliste et essayez pour un instant de dire «pourquoi pas et si on essayait?».

    • Marc-André Fortier - Abonné 14 mai 2012 13 h 26

      À monsieur Chalifoux.

      «700 milliards pour sortir les banquiers du trou en 2009 et trois ans plus tard JP Morgan perd deux milliards de plus»

      JP Morgan est une des rares banques américaines qui est sortie de la crise sans demander d'argent au gouvernement. La perte de 2 milliard qu'elle vient de déclarer paraît énorme mais il faut aussi la mettre en perspective de l'actif de la banque.

      Cela n'enlève toutefois rien à la pertinence de votre propos.

    • RONALD LESAGE - Inscrit 14 mai 2012 19 h 00

      Tant et aussi longtemps que le Québec fera parti du Canada , il permettra , s'il adopte un régime d'éducation gratuite , à des élèves d'autres provinces d'y venir chercher leurs diplômes sur le dos des québécois . C'est le point que je voulais souligner . Et oui le Québec ne peut pas refuser l'entrée à des gens de l'extérieur de la province de déménager au Québec et étant canadiens il auront à payer nos taxes et recevront tout les privilèges accordés aux québécois car ils seront reconnus québécois . On parle de milliards perdu par les travaux et achats au noir , ce n'est plus des cas d'exception , je crois qu'au niveau de l'éducation , il sera de même .

  • Lydia Anfossi - Inscrite 14 mai 2012 07 h 06

    Trop de petite politique pour un moratoire?

    Il n'y a qu'une façon de rétablir la paix sociale et s'assurer que des milliers d'étudiants ne perdront pas leur session, c'est un moratoire et des États généraux sur l'Éducation. Mais le gouvernement est trop dans la petite politique pour s'élever au dessus de la mêlée et d'y aller pour ce qui serait le plus logique et le plus sage. Il préfère songer à des lois spéciales, des injonctions, des arrestations et des mises en accusation. On voit la hauteur de la réflexion. Pour une ministre de l'éducation, on se serait attendu à un exemple de réflexion, d' analyse des faits , d' honnêteté intellectuelle. Il semble que seuls les étudiants soient capables d'une telle rigueur intellectuelle!