«La session est foutue»

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	Manifestation étudiante festive hier après-midi au centre-ville de Montréal.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Manifestation étudiante festive hier après-midi au centre-ville de Montréal.

Alors que l’espoir d’une sortie de crise est ténu, le chaos persiste dans les cégeps. Pour certains, vouloir sauver la session est devenu mission impossible. « Je considère que la session est foutue en raison de la nature même des injonctions et de l’absence de dialogue entre le gouvernement et les étudiants », a confié au Devoir Olivier Ménard, professeur de français au collège Montmorency.

Une trentaine d’injonctions ont été obtenues jusqu’ici et rien qu’hier, neuf nouvelles requêtes devaient être entendues, dont une à l’UQAM concernant les étudiants en droit. Respectées ou pas, les injonctions risquent de compromettre la session, qui pourrait être annulée ou abandonnée par les étudiants, croit-il.


Pour Jean Trudelle, le président de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), c’est le « bordel complet » dans les cégeps. « Vouloir sauver la session, c’est rendu un exercice impossible », a-t-il soutenu. Lundi, plusieurs cégeps parmi la dizaine qui sont en débrayage depuis huit semaines ou plus pourraient officiellement annoncer le report de la session en septembre. M. Trudelle espère qu’il y aura des mécanismes pour permettre l’abandon sans « tache au dossier » pour les étudiants qui le souhaiteraient, soit par peur de l’échec ou par nécessité de travailler cet été.


Si dans certains établissements collégiaux les étudiants ont voté pour rentrer dès lundi, d’autres forceront le retour en classe, sans l’aval des étudiants. C’est le cas au cégep de Rosemont, où la direction n’a pas attendu que les étudiants votent à nouveau sur la grève pour décréter un retour en classe. « Nous observons l’impossibilité pour [l’Association générale des étudiants du collège de Rosemont] et les membres de concilier la poursuite de leur grève et le retour en classe des élèves qui le désirent. Nous constatons également l’impossibilité de négocier un protocole satisfaisant et respectant nos obligations, notamment envers les différentes injonctions émises par la cour. De plus, nous ne pouvons procéder à une annulation de la session, celle-ci étant régie par l’administration ministérielle. […] Nous annonçons donc une reprise des cours dès le lundi 14 mai à 8 h selon l’horaire habituel », pouvait-on lire dans un communiqué envoyé aux étudiants hier.


La situation est tellement désespérée dans certains cas que certains prônent l’annulation. « On se demande comment on va faire pour finir. Pour nous, le mieux c’est d’annuler la session et de recommencer le tout à zéro, a indiqué Olivier Ménard. La situation dans les collèges est ingérable. Ça nous fait une surtâche, on ne sait pas encore si on va être payé. Je veux bien faire mon bénévolat, mais je veux aussi mes huit heures de sommeil. »


Qualité du diplôme compromise


Les enseignants déplorent les conditions sévères des décisions rendues par le tribunal. Certains ne peuvent pas aborder le sujet avec leurs étudiants, sous peine d’être accusés d’outrage. Une marche silencieuse s’est d’ailleurs déroulée ce matin autour au collège Montmorency par des enseignants s’estimant « bâillonnés ».


« Il y a beaucoup de désarroi chez les enseignants. Ça n’a pas de sens comme situation », a soutenu Jean Trudelle. Selon lui, les juges ne comprennent pas ce qui se passe sur le terrain dans les cégeps. « Certaines décisions étaient libellées de façon telle qu’il fallait respecter à la lettre le calendrier de la session d’hiver 2012. Ça, ça voulait dire que les étudiants qui rentraient en classe devaient avoir leur examen final. C’est complètement ridicule ! »


Pour Olivier Ménard, les injonctions obtenues par quelque 170 étudiants de son cégep risquent de compromettre la qualité du diplôme. « Je considère que ce ne sont pas de bonnes conditions d’enseignement, je suis très loin de pouvoir garantir que les autres étudiants qui vont arriver vont avoir les connaissances et les compétences requises pour passer le cours. »


Le principal problème vient des étudiants qui peuvent sans cesse s’ajouter à la liste de ceux qui peuvent bénéficier d’une injonction pour réclamer le droit de suivre leurs cours, croit-il. « Si je donne le cours à deux étudiants et que lundi, il s’en rajoute cinq autres, je fais quoi ? Je redonne le même cours même si certains l’auront déjà suivi ? »

 

Les étudiants dénoncent la judiciarisation


Hier matin devant le palais de justice, les représentants de la Fédération étudiante collégiale (FECQ) et de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) ont dénoncé le recours aux injonctions pour forcer le retour en classe. « Les injonctions n’ont pas réussi à régler le conflit, elles ont contribué à envenimer le conflit », soutenu le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois.


Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, invite les étudiants à manifester leur désaccord avec la grève en allant voter dans les assemblées générales et non en s’adressant aux tribunaux. Il souligne toutefois un changement de ton dans les injonctions ordonnées par le juge de la Cour supérieure : elles visent davantage les individus (et non plus les cours) et ne mentionnent plus le recours aux forces policières pour assurer le respect de l’ordonnance. Sommé d’intervenir, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, a indiqué que les tribunaux demeurent toujours un « recours » et a appelé à « ouvrir les portes » des établissements.


Hier, pour des raisons de sécurité, les cours au cégep Lionel Groulx ont été annulés. La direction de ce collège n’a pas réussi à faire respecter l’injonction qui aurait permis à une cinquantaine d’étudiants de retourner en classe. Quant au cégep de Maisonneuve, en débrayage depuis le 21 février, les étudiants ont voté hier à forte majorité pour la poursuite de la grève, alors que la direction du cégep venait de demander une dérogation au ministère de l’Éducation pour pouvoir terminer sa session le 6 juillet prochain en cas de reprise des cours lundi. Toutefois, aux cégeps de l’Outaouais et de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Lanaudière (campus Terrebonne), la grève a été rejetée et il y aura retour en classe lundi.


Enfin, sans surprise, la Fédération étudiante universitaire (FEUQ) a rejeté l’entente négociée en fin de semaine dernière avec le gouvernement.

82 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 12 mai 2012 00 h 53

    Devant le chaos scolaire: le salut dans la fuite pour le gouvernement Charest !

    Le gouvernement Charest ne peut plus faire semblant d’ignorer la situation chaotique qu’il a contribué à créer dans de nombreuses institutions collégiales et universitaires. Sa stratégie de fermeture et de provocation face au mouvement étudiant en était une aussi de pourrissement de la situation: c’est bien ce triste résultat que l’on peut constater actuellement, mais avec des dommages dépassant tout ce que l’on avait pu imaginer.

    Au niveau pédagogique, tout est à revoir, y compris le calendrier scolaire. Les pires dommages se trouvent cependant au niveau humain: chez de nombreux étudiants, une détresse psychologique grave, et un décrochage qui risque de devenir permanent. Aussi un climat de tension considérable : situations conflictuelles entre étudiants (fortement accentuées par les injonctions) et à l’occasion entre professeurs, entre des directions scolaires et des associations étudiantes, etc. Ajoutons les effets de la répression, avec de nombreux blessés, des centaines d’arrestations, ainsi que criminalisation d’actions inacceptables (pour plus d’une centaine d’individus) mais qui n’auraient peut-être pas été effectuées dans un contexte de gestion pacificatrice de la crise.

    Dans l’hypothèse la moins pessimiste, avec un moratoire immédiat sur les droits de scolarité, demandé depuis des semaines, et sollicité à présent par le mouvement du carré blanc, les Cégeps et unités universitaires en grève auraient de toute façon un défi considérable pour effectuer la reprise des cours et le sauvetage de la session.

    Si le gouvernement n’a pas un dernier sursaut de sagesse, il ne lui reste plus de salut que dans la fuite: fuite hors du pays … ou vers une défaite électorale qui le déchargera de la responsabilité organisationnelle du chaos qu’il a créé, à défaut de lui en épargner la responsabilité morale et politique.

    Yves Claudé

  • Carole Dionne - Inscrite 12 mai 2012 01 h 14

    Il faut annuler la session

    Impossible à compléter. En 1969, j'étais étudiante au CEGEP de Rosement. J'avais coulé maths 103. J'ai repris le cour en été: 3 semaines, 5 heures par jour. L'enfer. Et on va me faire accroire qu'en plus de reprendre ses maths, l'étudiant devra aussi en faire autant en physique, chimie, etc. En plus, je devais faire des devoirs de maths à tous les soirs pour m'aider à comprendre ce que j'avais appris le jour. Ce n'est pas sérieux.

    De plus, les étudiants ont besoin de travailler l'été pour payer leur cours.Il faut se rendre à l'évidence. Et si jamais on leur fait des cours cet été, jamais ils ne pourront suivre leur matière à l'université: cela va les avoir rattraper. Les profs d'université ne font pas de rattrapage. Désolé tout le monde, vous vous êtes fait avoir...

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 mai 2012 08 h 52

      «Désolé tout le monde, vous vous êtes fait avoir...» - CD

      Jamais autant que le Québec sous Charest.

      Christian Montmarquette
      Montréal

      .

    • Marc Collin - Inscrit 12 mai 2012 18 h 06

      les stats démontrent qu'ils pourraient toujours se faire réélire...

  • jean-martin harvey - Inscrit 12 mai 2012 03 h 10

    Une session foutue?? Vraiment?

    Il est bon ton de dire qu'on a qu'une vie à vivre. Consommer, vivre le présent sont des dogmes bien ancré. Mais je crois que cette session ''perdu'' est non seulement le point de départ pour se RETROUVER en tant que citoyen/citoyenne et se questionner sur nos valeurs. C'est en fait une session de CADEAUX pour toute la population québécoise et oui, internationale (car le petit peuple du québec doit accepter d'être important pour les autres en compte ce que démontre les appui internationaux).

    Moi qui ne suit pas en grève, j'ai l'impression de perdre ma session à ne pas participer à cette construction sociale nécessaire et ultimement inévitable. J'aimerais faire remarquer que Radio-Canada est le média qui mets le plus d'emphase sur l'établissement d'une sémantique dangereuse tel; espérons que ce sera réglé, en arriver enfin à une solution, population exaspérée de...

    de quoi, de ces étudiants qui perdent leur session ...
    Il temps que tous se lèvent et explique clairement que ce n'est pas une situation de perte mais de gain social d'abord étudiant, puis par philosophie, applicable à tout les paliers de décision touchant les travailleurs/ses et les chômeurs/ses.

    Le droit à une éducation gratuite et le droit à un travail décent est la base de toutes négociations car si vivre en chasseur-cueilleur permettait à tous de vivre de son travail, la vie en société devrait au minimum permettre la fierté de cette même autonomie.

    Nous ne sommes pas des mendiants et la non-coopération à un système de soumission est impérative malgré les risques personnels
    Merci à tout les courageux en grève qui perdent leur session pour le bien de tous.

    • Yves Claudé - Inscrit 12 mai 2012 13 h 59

      Annulation de la session: quelles conséquences ?

      Monsieur Harvey,

      On peut comprendre votre point de vue … Mais vous ne subissez pas les conséquences de l’annulation d’une session, ce qui relativise passablement la portée de votre argumentation !

      Yves Claudé

    • Marc Collin - Inscrit 12 mai 2012 18 h 07

      effectivement, je suis allé en cour au lieu d'essayer d'avoir tout gratuitement

    • Yves Claudé - Inscrit 14 mai 2012 01 h 12

      "je suis allé en cour..."

      Votre incursion à la Cour était-elle relative à une demande d'injonction ? Si c'est le cas, vous auriez peut-être eu droit à l'aide juridique, comme d'autres demandeurs ... !

      Je préfèrerais que ce soit plutôt à votre cours, que vous soyez allé !

      YC

  • André Vallée - Abonné 12 mai 2012 03 h 32

    Prévisible

    Un Homme d'État aurait été ferme dès le départ et expliqué pourquoi à la population. Un petit politicien fait comme pour les Jeux Olympiques, il laisse le tout se détériorer pour, à la fin, passer pour un sauveur.

    • Georges Washington - Inscrit 12 mai 2012 09 h 30

      Un homme d'Etat n'aurait pas imposé une hausse de 75%, même un épicier ne fait pas ça avec les petits pois. La suite, c'est que c'est bien difficile d'expliquer pourquoi tout à coup il faut augmenter les petits pois de 75%. Surtout, considérant que la juste part ne s'applique que de façon sélective selon les besoins démagogiques du moment.

    • André Michaud - Inscrit 12 mai 2012 14 h 59

      @ Daniel Savard

      La hausse des bourses dépasse très très largement l'augmentation des frais de scolarité..

      Renseignez vous. Si vos parents ont un revenu de moins de 60,000$ c'est une hausse de bourse importante..

    • Marc Collin - Inscrit 12 mai 2012 16 h 25

      peut-être pas 75%...... mais bien des produits de consommations ont augmenté de plus de 50% en moins de 2 ans.......

      or le gel a assez durée

    • Djosef Bouteu - Inscrit 13 mai 2012 03 h 19

      @Marc Collin Si par ''gel'' vous voulez dire une augmentation de 500$ entre 2007 et 2012 pour une facture totale de 2168$/année, soit bien plus que la moyenne des pays développés...

      C'est fou ce que l'ignorance peut faire écrire. On dirait que cette ignorance est la seule excuse qui reste aux libéraux pour justifier leurs dérives.

    • Marc Collin - Inscrit 13 mai 2012 10 h 52

      @Djosef Bouteu, 2168$ pendant quelques années c'est absolument rien sans compté qu'il y a des prêts et bourses

  • Guy Vanier - Inscrit 12 mai 2012 03 h 47

    merci charest!

    félicitation, même avec tout tes conseillers, l'argent etc... tu as réussi à te planter dans le mur solidement.
    adios