C’est mal parti pour l’entente

Les étudiants du cégep Marie-Victorin ont décidé de rejeter l’entente de principe intervenue entre les fédérations étudiantes et le gouvernement Charest. Sur les 17 associations qui se sont exprimées hier, 16 ont fait le même choix.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les étudiants du cégep Marie-Victorin ont décidé de rejeter l’entente de principe intervenue entre les fédérations étudiantes et le gouvernement Charest. Sur les 17 associations qui se sont exprimées hier, 16 ont fait le même choix.

C’est un bien mauvais départ pour une résolution du conflit. La réplique des étudiants aux prétentions de victoire du gouvernement ne s’est pas fait attendre : l’entente à laquelle sont arrivés les deux camps a été rejetée par la grande majorité des associations qui se sont prononcées hier, et la grève a été reconduite dans le même nombre de cas. Une seule association (sur 17), celle des étudiants du cégep de la Gaspésie et des Îles, qui étaient déjà retournés en classe, a accepté la proposition.

Plusieurs votes doivent se tenir aujourd’hui (notamment aux cégeps de Maisonneuve et Montmorency) et dans le courant de la semaine. Les associations étudiantes promettent d’arriver avec une position claire d’ici vendredi. Et si l’entente est finalement rejetée et que la grève est reconduite dans la majorité des cas, ce sera le retour à la case départ, admettent-elles.


Jugeant que plusieurs termes de l’entente avaient été « interprétés » par des membres du gouvernement, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) s’est empressée hier d’exiger des précisions sur le texte pour éviter que les étudiants le rejettent sur cette base. « On veut des précisions. Les assemblées générales se positionnent sur un texte, elles ont des questions légitimes, car on voit qu’il laisse place à l’interprétation », a indiqué au Devoir Martine Desjardins, président de la FEUQ. « Il semble qu’on ait de la difficulté avec la sémantique depuis le début », a-t-elle ajouté.


Par exemple, elle déplore qu’il n’ait pas été précisé que c’est le conseil provisoire sur la gouvernance des universités, composé notamment d’administrateurs, de représentants syndicaux et étudiants, qui devra vérifier s’il y a des sommes qui peuvent être dégagées de la mauvaise gestion des universités. « Pour l’instant, le premier ministre laisse entendre que le fardeau de la preuve reviendra aux étudiants », a souligné Mme Desjardins. Cette preuve est un élément important de l’entente puisqu’elle pourrait permettre aux étudiants de se voir rembourser ces sommes sous forme de réduction des frais afférents.


Accueil froid


Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, souhaite aussi que chaque partie accepte d’un « commun accord » de revoir certains passages de la proposition, voyant qu’elle est massivement rejetée dans les assemblées générales. « Ce n’est pas tant que les gens rejetaient les grands principes, mais plutôt qu’ils démontrent des inquiétudes quant aux zones grises », a-t-il dit. « Ç’a été accueilli froidement, car on n’avait pas l’impression que tout le monde avait travaillé de bonne foi. La relation de confiance entre les étudiants et la partie gouvernementale est mince. » Il confirme toutefois que des discussions avec Québec devaient se poursuivre par téléphone hier soir.


La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) se réunira en congrès extraordinaire jeudi, à la demande de son exécutif. D’ici là, elle soumet l’entente telle qu’elle est à ses membres. Cela n’a pas empêché l’un de ses porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, de déplorer l’« attitude publique » du gouvernement depuis la conclusion de l’entente. « On nous parlait de compromis, qu’on allait se pencher sur la hausse et, là, on se réveille le lendemain matin et on voit que le gouvernement littéralement [se] pavane devant les médias et ses militants, en se vantant d’avoir écrasé le mouvement. Ç’a été extrêmement insultant », a-t-il dénoncé, en faisant allusion aux déclarations de Mme Beauchamp et du premier ministre qui ont répété que la hausse des droits de scolarité était maintenue et qu’elle ne pouvait être réduite d’aucune façon.


Pour le président de la CSN, Louis Roy, il est « normal » de faire des modifications au texte d’une entente après qu’elle est ficelée. « On s’était dit que c’était une entente de principe, mais que, de toute évidence, il faudrait rapidement clarifier la mécanique , a indiqué M. Roy. La façon dont le gouvernement est intervenu sur la place publique, ça ne peut qu’exacerber les choses. Il vivra avec les conséquences de ses actes. »


Une entente d’« urgence »


La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, rappelle que cette entente, signée dans un contexte d’« urgence », n’a jamais « cherché à tout régler » ni à forcer les étudiants à abandonner leurs revendications. « On s’est dit “travaillons ensemble pour créer un espace de discussion”, mais peut-être que les étudiants ont eu l’impression de devoir abandonner leurs revendications », a-t-elle déclaré au Devoir. « Nous n’étions pas dans un mode triomphe. À l’évidence, les discussions ont été ardues. Si j’avais été en mode silence radio, on m’aurait reproché de ne pas défendre l’entente. »


Si l’entente est rejetée par la plupart des associations étudiantes cette semaine, M. Roy ne croit pas que cela désavoue les leaders. « À moins qu’il y ait un vote de blâme. Mais ils n’ont pas fait recommandation de l’entente, ils l’ont simplement soumise aux membres », a-t-il expliqué. Pour lui, deux possibilités s’offrent : ou bien le gouvernement bonifie ce qu’il y a sur la table, ou il laisse traîner les choses et annule la session, hypothèse que rejette pour l’instant la ministre. « On n’en est pas là. On va laisser les votes se poursuivre pendant la semaine », a indiqué Mme Beauchamp.

71 commentaires
  • Darwin666 - Abonné 8 mai 2012 01 h 55

    Après le boycott, le mode...

    «Nous n’étions pas dans un mode triomphe»

    Qu'est-ce que ça va être quand elle le sera!

    • Lorraine Dubé - Inscrite 8 mai 2012 06 h 40

      Champion des bâillons, l'arrogance et le mépris caractérisent ce gouvernement qui sera jugé pour son absence d'intégrité et l'ensemble de son bilan.

    • André Meloche - Inscrit 8 mai 2012 12 h 59

      Je doute fort que, aux prochaines élections, les Québécois se souviennent. Au Québec, l'inculture est la norme et les Québécois méritent le gouvernement Charest, à l'image de leur mépris pour la grandeur intellectuelle. Ils préfèrent les populistes aux allures paternalistes.

      Lors des dernières élections, les Québécois ont voté pour le NPD sans vraiment se soucier de sa politique (en avait-il seulement une?). Ici, seule l'émotion et la démagogie opiniâtre comptent. Quand l’appareil d’état n’est plus qu’une façade à l’imposition d’une autocratie reptilienne, on peut se demander ce qui a conditionné ces « dirigeants » à se nier eux-mêmes. Michel Foucault disait, à propos de l’exercice du pouvoir : « Il n'y a pas d'exercice du pouvoir sans une certaine économie des discours de vérité fonctionnant dans, à partir de et à travers ce pouvoir. Nous sommes soumis par le pouvoir à la production de la vérité et nous ne pouvons exercer le pouvoir que par la production de la vérité. »

      Le gouvernement actuel semble avoir oublié ses propres errances (par ses mensonges, il n’a jamais pu prétendre à l’exercice du pouvoir mais plutôt à l’imposition par la force ou le bâillon d’une idéologie violente et criminelle) et entraînera, aux prochaines élections, la population dans son amnésie paranoïaque. C’est un pari que je tiens…

    • Marc-André Fortier - Abonné 8 mai 2012 13 h 42

      Ce qui m'inquiètes madame Dubé est que cette même attitude d'arrogance et de mépris n'a pas empêché ce gouvernement d'être réélu à quelques reprises depuis 2003.

      Comme si la population en général avait peu de préoccupation face à l'absence d'intégrité et le bilan selon moi très négatif de 9 dernières années au pouvoir de ce gouvernement...

    • Lorraine Dubé - Inscrite 9 mai 2012 10 h 08

      Ce gouvernement élu sous de fausses représentations ne pourra indéfiniment jouer la carte de la diversion.

      Débat 2003, Bernard Landry contredit Charest sur l’impossibilité de réduire les impôts avant deux ans.
      «Aujourd'hui, au Québec, on s'est donné un gouvernement du 21e siècle»-14 avril 2003

      Le PLQ change le mandat de la CDPQ en 2004. 2007, gouvernement minoritaire. 2008, on nous cache les pertes de $44 milliards. 1er juillet, Jean Campeau dénonçait déjà l'aventure des PCAA:
      http://www.finance-investissement.com/nouvelles/no

      «Les Québécois savent très bien qu'un gouvernement minoritaire est un gouvernement instable»-5 novembre 2008

      Avril 2010, compressions de $6 millions en francisation des nouveaux arrivants malgré une immigration record, 54,000. 22 Oct. Loi 115 promulguée. Simultanément en Suisse, discours inaugural de Charest au Sommet de la Francophonie:«Si nous ne défendons pas la langue française, personne d’autre ne le fera»

      «Peu importe ce que je ferai dans ma carrière politique, si je ne peux donner le Canada à mes enfants, j'aurai failli à la tâche»- décembre 1998

      Chef de l’opposition indigné
      http://www.youtube.com/watch?v=enV8jXjm5eE&fea

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 8 mai 2012 01 h 57

    zones grises de l'épistémologie du PLQ

    !

    Le renouveau de la vacillation sémantique de la ministre nuit à ce débat en particulier et contribue à l'indignation et au cynisme en général.
    En espérant que la clarification des zones grises de l'épistémologie du PLQ se fasse...

    La ministre Beauchamp a très mal géré la communication publique de l'entente. Elle aurait dû promouvoir l'aspect gagnant-gagnant de l'entente (si tel est le cas) au lieu d'avoir une attitude triomphaliste, ce qui lève un doute et protagonise les étudiants. Et juste avant certaines assemblées générales... Comme ce serait d'adon si l'on veut se faire du capital politique sur une crise comme Sarko faisait.

    Dans une démocratie idéale, dans laquelle nos employés les ministres seraient élus 1 à 1 au suffrage universel, dans laquelle on aurait aussi un mode de scrutin "à la loft" pour congédier un ministre, nous aurions probablement pas eu de crise (une personne compétente, à temps plein et connaissante des enjeux serait déjà, structurellement, en poste, sans à être aussi député à temps partiel).

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Michel Cyr - Inscrit 8 mai 2012 07 h 25

      ENTENTE IRONIQUE
      Il est plus qu'ironique de constater que les étudiants de McGill, ayant refusé de participer à la démarche des autres étudiants et admettant d'emblée la hausse, (mis à part le très petit département d'études françaises)soient probablement ceux qui bébéficieront le plus de cette entente, alors que cette Université est celle qui a le plus de frais afférents et possiblement la plus grande marge de frais administratifs "disponibles pour générer des économies" répondant aux principes de l'entente de cette fin de semaine ! Pauvres solidaires de l'UQAM qui n'auront probablement rien à retirer de cela !!!

      Michel

  • Yves Claudé - Inscrit 8 mai 2012 02 h 01

    La crise étudiante : une bouée de secours pour le PLQ !

    Il est absolument inhumain de demander à un naufragé de lâcher sa bouée de secours !

    C’est pourtant ce que des comploteurs, auteurs selon le chroniqueur Benoît Aubin, d’un «putsch d’une phalange de la gauche organisée» (*), tentaient de faire vendredi et samedi derniers à Québec, en cherchant à trouver des solutions à la crise étudiante. Or cette crise est précisément la bouée de secours du PLQ. On comprend ainsi pourquoi le PLQ s’emploie à se débarrasser d’une “entente”, qui constitue en fait une tentative carrément (sic) homicidaire de le priver de sa bouée de secours !

    Au cas où cette bouée ne suffirait pas à maintenir à la surface des eaux un pouvoir trop pesant économiquement, une solution humanitaire pourrait consister à transformer la crise étudiante actuelle, en une crise généralisée à la faveur de laquelle un PLQ naufragé, confortablement remis à flot, se métamorphoserait en Sauveur de la Nation !

    Yves Claudé

    (*): «Chronique d’une émeute annoncée», Benoît Aubin, Blog, Journal de Montréal, 4 mai 2012.
    http://blogues.journaldemontreal.com/benoitaubin/a

  • lefripon - Inscrit 8 mai 2012 03 h 19

    Session kaput…

    Québec debout!

  • ClarkeCity - Inscrit 8 mai 2012 05 h 04

    ”Un espace de discussion”

    Une espace de discussion est selon moi tout simplement un guet-apens du gouvernement.

    • Q1234 - Inscrite 8 mai 2012 07 h 33

      Un espace d'entourloupettes!

    • Francois Robitaille - Inscrit 8 mai 2012 08 h 04

      COmment voulez-vous régler le problème alors?

    • Vincent Delorme - Inscrit 8 mai 2012 10 h 36

      Les étudiants et syndicats étaient venus négocier de bonne foi, puis il y a eu 22 heures de débats sémantiques... Je vous raconte un "petit" bout dont il faut rire pour ne pas pleurer: Les étudiants propose le gel: le gouvernement dit non. Le moratoire? Encore non. La mise sur glace? Non plus. Les États généraux? Non, non et non. Le paiement différé des frais afférents pour la première année? Aaaah, quelle bonne idée! L'idée est venue des syndicats, ces vieux limiers de la négo...

      Ce gouvernement se fout complètement de ses étudiants. Il ne pense qu'à sauver la face devant une contestation qui met en lumière tous ses vices. Mais je crois néanmoins que l'espace de discussion est la seule façon de régler le conflit. C'est ça, ou un autre Victoriaville.

    • André Michaud - Inscrit 8 mai 2012 13 h 50

      Les chefs syndicaux ont sûrement rappelé aux leaders étudiants qu'on ne peut tout avoir dans une même négo.

      Déjà il ils ont gagné beaucoup dans les Bourses qui maintenant payent entièrement les frais d'insciption aux cours pour les familles à revenu de moins de 60,000$ ...donc bien mieux qu'un gel, et encore une meilleure accès aux études pour la classe moyenne..

      Sans parler des façons de rembourser plus avantageuses..
      et de la possibilité de vérifer la gestion des universités et faire leurs recommendations..

      Il est maintenant l'heure de terminer la guerilla et de SAUVER la session et les travails d'été..

      La suite sera aux prochaines élections..