État stable pour les manifestants blessés

Les deux jeunes étudiants gravement blessés lors de l’émeute de vendredi sont toujours hospitalisés au centre hospitalier de Trois-Rivières.

Maxence Valade, 20 ans, a perdu l’usage d’un oeil et a dû subir une intervention de huit heures à laquelle ont participé un ophtalmologue et un neurochirurgien. Les deux jeunes hommes devraient encore séjourner quelques jours au CSSS de Trois Rivières.

L’équipe médicale n’a pas souhaité faire de conjectures sur la nature du projectile qui a entraîné les blessures. Pour Joé Habel, un étudiant en génie physique à l’Université Laval qui se présente comme un ami de la deuxième victime, Alexandre Allard, il ne fait aucun doute que la blessure a été causée par une balle de caoutchouc tirée par la Sécurité du Québec (SQ). Il affirme avoir entendu « un son d’arme à feu » et vu un impact provenant d’une trajectoire rapide et directe. « Impossible que ça vienne d’un lancer à main nue », estime M. Habel qui se trouvait à quelques mètres de M. Allard, alors qu’ils marchaient parallèlement à environ dix mètres du cordon policier.


Pour le porte-parole de la SQ, le sergent Daniel Thibodeau il serait « imprudent » de commenter les allégations voulant que la police ait visé la tête des manifestants avec des balles en caoutchouc. Sur Internet, plusieurs internautes, dont Jam Inator qui se présente comme un secouriste, témoignent d’impacts « aussi gros qu’une balle de softball » qui auraient été provoqués par des projectiles de caoutchouc.


À la SQ, on ne souhaite pas commenter les raisons qui ont poussé à l’utilisation de ce type de projectiles. « Selon notre évaluation, c’est ce qui correspondait le mieux à nos besoins », se contente-t-on de répéter. Difficile donc de comprendre pourquoi le Service de Police de la Ville de Montréal ne semble pas avoir privilégié ces armes jusqu’à maintenant.


Les armes à projectiles en caoutchouc appartiennent à une catégorie d’armes à « impact intermédiaire », utilisées dans le cadre du contrôle des foules, selon Pierre Saint-Antoine, directeur des communications à l’École nationale de police du Québec (ENPQ). Il en existerait près de 75 types, selon un article du magazine en ligne Slate. Selon un armurier montréalais, leur utilisation est strictement réservée aux forces de l’ordre.



Trois comparutions


L’ENPQ offre une formation pour les armes les plus courantes, telles que le Flash-Ball, mais les formations spécialisées ont lieu au sein des corps policiers. C’est le ministère de la Sécurité publique qui se charge de mettre au point un guide opérationnel pour établir les règles d’utilisation générales de l’arme. Cependant, l’utilisation finale qui en est faite relève de la stratégie de terrain et de décisions « à prendre en quelques secondes ».


Hier trois individus qui étaient détenus depuis vendredi ont comparu au palais de justice de Victoriaville et sont accusés de participation à une émeute et d’agression armée sur policier. Tous ont plaidé non coupables et devront se représenter devant le tribunal le 13 juillet prochain.

5 commentaires
  • André Berthelot - Inscrit 8 mai 2012 08 h 45

    De vraies raisons pour les balles

    On ne peut se contenter de l'explication de la SQ « Selon notre évaluation, c’est ce qui correspondait le mieux à nos besoins ». La police doit justifier l'utilisation des balles, même si elles sont en caoutchouc, car elles causent des blessures souvent très graves.

  • François Doyon - Inscrit 8 mai 2012 10 h 11

    Le mythe de la démocratie québecoise

    Le Québec semble démocratique tant que l'on reste bien soumis, dès qu'il y une révolte, les anglais, l'armée ou la police débarquent rapidement pour nous écraser. C'est arrivé en 1837, dans les années 70 et en 2012... Et le pire, c'est que la majorité des Québécois est toujours du côté des oppresseurs. Vive nos chaînes!

  • Yves Claudé - Inscrit 8 mai 2012 14 h 09

    Ncessité d’une Enquête publique sur la répression

    Les événements du vendredi 4 mai à Victoriaville ont été particulièrement dramatiques. La répression policière n’attendait que la provocation de “casseurs” pour trouver une justification au déploiement d’une brutalité dont on ne peut écarter la préméditation. La présence du SCRS à la manifestation de Victoriaville suscite aussi de sérieuses interrogations. Ces événements ne sont pas isolés : ils constituent un tournant majeur dans une crise dont les effets sont directement observables, entre autres des gains politiques au bénéfice du PLQ, mais dont les stratégies sous-jacentes restent à documenter.

    L’ampleur des incidents qui se sont produits depuis trois mois, soit depuis le début de la mobilisation étudiante, avec des dizaines de blessés (manifestants et policiers) et des centaines d’arrestations, avec la répression judiciaire du mouvement étudiant sous forme d’injonctions, tout cela a les apparences d’une “Crise d’octobre” de basse intensité.

    Le caractère répétitif et amplifié de cette répression brutale du mouvement étudiant ainsi que de certaines composantes du mouvement populaire, répression conjointe à des provocations également répétées et inquiétantes de “casseurs”, cela suscite d’incontournables questions, posées par un nombre croissant de citoyens, et auxquelles des réponses documentées et fiables doivent être apportées, faute de quoi se propageront des rumeurs circulant déjà, mais on verra aussi s’amplifier le doute et l’inquiétude sur la qualité voire l’existence de notre démocratie.

    C’est pourquoi, dans la nécessaire préservation de cette fragile et incomplète démocratie, et avant même la fin de la “crise étudiante”, il importe de mettre en œuvre une Enquête publique sur la répression du mouvement social et étudiant du Québec, en cette année 2012 !

    Yves Claudé

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 mai 2012 15 h 08

    Attend-on le décès d'un étudiant pour agir ?

    Les corps policiers disposent déjà de gaz lacrymogènes, de canons à eau, de poivre de Cayenne, de matraques, de sources assourdissantes de bruit, en plus des méthodes usuelles d’arrestation.

    Maintenant qu’un certain nombre de jeunes québécois ont été mutilés gravement, on devrait s’attendre à une interdiction temporaire du tir de balles de caoutchouc par les forces policières. Cet interdit devrait être en vigueur tant qu’on n’aura pas déterminé, parmi les 75 types d’armes à projectiles, celles qu’il est acceptable d’utiliser dans un pays démocratique.

    Jean-Pierre Martel, blogueur