Crise étudiante - Beauchamp accusée de saboter l’entente

Selon la FEUQ, Line Beauchamp semble revenue à une attitude de confrontation.
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Selon la FEUQ, Line Beauchamp semble revenue à une attitude de confrontation.

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, semble vouloir « saboter » l’entente intervenue samedi entre les associations étudiantes et le gouvernement. C’est du moins ce que soutiennent les représentants de celles-ci, alors que s’amorce une semaine cruciale dans la crise étudiante. La ministre a donné nombre d’interviews hier affirmant de manière répétée qu’avec l’entente, la facture des étudiants augmentera inéluctablement. Elle a aussi fait parvenir aux députés libéraux un courriel dans lequel elle affirmait qu’il est « faux de prétendre que l’augmentation des frais de scolarité sera obligatoirement compensée par la baisse des frais », selon ce qu’a révélé La Presse hier.

« C’est incompréhensible : je ne sais pas ce qu’on cherche à faire. Si on cherche à saboter l’entente, c’est probablement la meilleure façon de faire », a déclaré au Devoir la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins. Il n’y a là « rien de bon » pour « aider les associations étudiantes de se positionner », croit Mme Desjardins. Mme Beauchamp semble être revenue au « mode confrontation », soutient Mme Desjardins. « Je croyais qu’on cherchait désormais à trouver une solution gagnante pour tout le monde. » À ses yeux, il semble que Mme Beauchamp tente de « faire plier encore plus, voire d’écraser, le mouvement étudiant ».


La présidente de la FEUQ déplore « l’allergie » de la ministre pour « certains mots » tels « moratoire ou gel ». « Et cette allergie crée énormément de confusion. »


Selon plusieurs sources proches du marathon de « discussion » de 22 h, vendredi et samedi, Line Beauchamp aurait tenté de conserver la ligne dure alors que sa collègue présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, travaillait à chercher une voie de sortie. « On peut dire qu’elle a vraiment accéléré le processus », dit une source. D’autres font état de tensions entre les deux ministres.


Samedi soir, lorsqu’ils ont présenté aux médias le contenu de « l’entente de principe » (qu’ils préféraient ce soir-là désigner sous le vocable d’« offre »), les étudiants ont soutenu que celle-ci permettait en fait d’instaurer un « moratoire » sur la hausse des droits de scolarité. Aux yeux des représentants étudiants, puisque les 127 $ d’augmentation prévus pour l’automne 2012 seront transformés en « compte à recevoir » de « frais afférents », leur « facture globale » n’augmentera pas. Et ce, a insisté hier Mme Desjardins, « tant et aussi longtemps » que le rapport d’un Conseil provisoire des universités (CPU) n’aura pas été déposé.


L’entente prévoit en effet la création d’un CPU chargé d’indiquer à la ministre de l’Éducation des propositions « d’optimisation des ressources financières » dans la gestion des universités. Toutes les économies suggérées par le Conseil seront « appliquées en réduction des frais institutionnels obligatoires (FIO) », aussi appelés « frais afférents ». « Clairement, c’est un moratoire, en attendant de trouver des fonds », opine Mme Desjardins. Cependant la ministre Beauchamp déclarait en interview à RDI hier que s’« il peut y avoir des gains pour les étudiants. Ils ne sont pas garantis et ils sont encore à chiffrer ». Samedi, elle s’était dite « désolée » et « médusée » par le vocabulaire employé par les étudiants et semblait déconcertée par le communiqué de la FEUQ.

 

« Offre de m… »


L’entente du 5 mai sera soumise au vote une première fois ce matin au Cégep Marie-Victorin, affilié à la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Hier soir, Martine Desjardins présentait l’entente aux membres de la Fédération des Associations étudiantes du Campus de l’Université de Montréal (FAECUM) qui se prononcera plus tard cette semaine.


Sur les réseaux, l’entente fait l’objet de critiques virulentes. Les quatre représentants étudiants qui l’ont signée aussi. Dès hier matin, une manifestation a été annoncée sur le site Internet de la CLASSE pour le soir même à la place Émilie-Gamelin « contre l’offre de merde du gouvernement qui ne fait aucune concession sur la hausse des frais de scolarité elle-même ». À la CLASSE, on signalait que la réception était pour l’instant extrêmement négative.


La CLASSE doit tenir 59 votes dans autant d’associations étudiantes. Son congrès aussi s’exprimera sur l’« offre ». Si jamais une association décidait d’accepter l’offre et de mettre fin à la grève, sa décision primerait celle du congrès national de la CLASSE. Pour être entérinée, l’entente doit recueillir 50 % plus une voix. Du côté de la FEUQ, même les associations qui ne sont pas en grève se prononceront sur l’entente. Même scénario à la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ). Les votes devraient se tenir toute la semaine.


Comme ils l’ont indiqué samedi soir, les représentants ne recommanderont pas l’entente à leurs membres. Ils se borneront à « l’expliquer ». Si l’entente est rejetée, les conséquences sont claires, a soutenu Mme Desjardins : « Il faudra continuer la grève ; des sessions vont être menacées. Bref, il y a quand même plusieurs éléments qui doivent être pris en considération. » Elle estime que son rôle est de « présenter tous les éléments pour prendre la décision. Et je devrai vivre avec la décision qui sera prise par les membres ».


Joint hier, le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a souligné qu’en cas de refus, d’autres avenues, sur le terrain électoral notamment, sont envisagées par les représentants étudiants. Ils vont commencer demain à faire circuler et signer des formulaires « d’engagement à aller voter ». Les associations comptent ainsi se constituer une base de données qui leur permettra « en temps et lieu » de stimuler le vote des jeunes, dont la participation électorale a chuté « à quelque 35 % » lors des derniers scrutins, note M. Bureau-Blouin. « On a réussi à amener 200 000 personnes dans les rues, on pourra bien en amener au moins autant à voter aux prochaines élections. »

71 commentaires
  • Claude Simard - Inscrit 7 mai 2012 01 h 36

    Panique

    Essaie-t-elle de calmer la députaiton libérale des régions?

    • Carole Dionne - Inscrite 7 mai 2012 08 h 51

      Quand même bizarre

      On a invité les chefs syndicaux, qui en principe, n'ont rien à voir avec ce boycott étudiants, à une séance de négociation. C'est vous faire remarquer, cher public, combien peut-être lier le gouvernement avec les syndicats. Le gouvernement ne peut plus vivre sans eux. Imaginez maintenant si le PQ prend le pouvoir!!! Le PQ et Pauline Marois ont les deux mains attachées déjà. Donc, les syndicats vont mener le Québec.

    • Trobadorem - Inscrit 7 mai 2012 09 h 48

      Elle essaie ce qu'elle peut...pour voir plus clair, prière de lire la lettre écrite par un de ses collègues d'il y a plus de 25 ans...éloquent à souhait. Faites une recherche sur "Lettre à Line-la-Ministre Beauchamp et Vigile".

      On y découvre que la madame lave plus blanc que blanc...

    • pinaute - Inscrit 7 mai 2012 11 h 10

      Les péquistes ne se sont pas gênés au début des années 80 de retirer 20% du salaires des syndiqués après leur avoir accordé des augmentations salariales en 1979.

      Mme Dionne les faits et les chiffres sont têtus. Ne l'oubliez plus car ils rendent vos propos insignifiants.

    • camelot - Inscrit 7 mai 2012 11 h 38

      Madame Dionne votre raisonnement est simpliste. On voit bien que Charest jette de la poudre aux yeux. Et depuis quand les syndicats mènent-ils le Québec ? En avez-vous peur ? Les syndicats représentent les ouvriers, c'est-à-dire nous et nos voisins.

  • David Boudreau - Inscrit 7 mai 2012 01 h 52

    Le contraire m'aurait surpris

    C'est un triste vaudeville que nous joue la ministre avec ses airs de victime. Les libéraux font décidément tout ce qu'il faut pour faire déraper le processus et rendre toute entente impossible. Après elle s'empressera de mettre la faute sur les étudiants en les qualifiant d'entêtés. Nous voilà repartis pour la confrontation. Il y a eu des blessés, attend-elle qu'il y ait un mort? Si jamais malheur arrive encore, ça sera à la sinitre madame Beauchamp à en porter l'odieux. Devant sa faiblesse et sa lâcheté, je ne peux qu'éprouver de la pitié.

  • Yves Claudé - Inscrit 7 mai 2012 02 h 02

    Mme Beauchamp: mésentente avec les étudiants … et le vocabulaire !


    On doit constater que Madame Line Beauchamp, quoique ministre de l’éducation, n’a pas la même compréhension du vocabulaire français que la plupart des locuteurs de la langue de Molière. Il semble que le mot “entente”, ait en fait pour elle plusieurs sens, étrangers aux dictionnaires usuels, soit “entêtée”, ou bien “humiliation de l’adversaire”.

    Il reste à savoir si Madame Line Beauchamp a entrepris un “boycott” du sens des mots français, ou bien une “grève” générale illimitée de leur signification ? Là où cela se complique, c’est qu’elle préfère les “discussions” aux “négociations” : en effet, comment discuter si les mots sont mis sens dessus dessous ? Cela tombe sous le sens !

    Madame Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, femme instruite et pleine de bon sens, a posé un diagnostic qui pourrait faire entrevoir des perspectives de guérison : «Mme Beauchamp semble allergique à certains mots, mais malheureusement ça n’aide pas la situation. Depuis qu’elle a commencé à prendre la parole, ce que je vois comme réaction sur les réseaux sociaux, c’est très négatif.» «Je pensais qu’on avait trouvé un juste milieu [avec l’entente de principe], mais je dois avouer que les sorties de Mme Beauchamp m’inquiètent.» (source: journalmetro.com, 6 mai 2012)

    Une thérapie s’impose donc, un sevrage, c’est-à-dire une cure de silence: «La cure de silence est une thérapie qui pourrait être une source de bien-être considérable pour les citadins qui sont habitués à une vie stressante et bruyante.» (source: webchercheurs.com).

    Avec mes meilleurs souhaits de guérison …

    Yves Claudé

    • L. Claude - Abonné 7 mai 2012 13 h 22

      Vous oubliez aussi de mentionner que la Minissse Beauchamp est toujours en train de "prendre le temps de nous dire"... à quoi d'autre peut-elle être si occupée qu'elle daigne prendre le temps de nous parler en ces temps de crise ?

  • arabe - Inscrit 7 mai 2012 02 h 24

    Quel cynisme de la part des représentants étudiants

    C'est plutôt eux qui sabordent l'entente en n'encourageant pas leurs membres à voter en sa faveur, en se réfugiant derrière "nous ne sommes que des porte-paroles"!

    Ils auraient du dire: " nous avons signé cette entente et nous encourageons nos membres à voter en sa faveur". En ne disant pas cela, ils sabordent bien plus l'entent que Mme Beauchamp qui, elle, favorise et défend l'entente auprès des députés.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 7 mai 2012 07 h 11

      Allo! L'entente qu'ils croyaient être conclue ne correspond pas au texte final. Et ils devraient être d'accords? Ils se sont faits arnaquer encore une fois.

    • J Mill - Abonnée 7 mai 2012 08 h 08

      Pourquoi auraient-ils dit quelque chose de faux? Ils ne peuvent pas recommander l'entente, seuls leurs membres peuvent l'accepter ou non.

      C'est le mode de fonctionnement des associations étudiantes. Si vous ne le comprenez toujours pas après 12 semaines, c'est, peut-être, que vous ne voulez pas comprendre.

    • François Ricard l'inconnu - Inscrit 7 mai 2012 08 h 41

      Pourquoi demande aux étudiants d'endosser une entente que le gouvernement soutient ne pas en être une?

    • M. Miclot - Inscrit 7 mai 2012 09 h 03

      En faveur de quoi? On se renseigne avant de porter des jugements erronés et réducteurs.

  • Michel Simard - Inscrit 7 mai 2012 04 h 08

    Elle ne veut pas perdre la face

    C'est beaucoup plus important que de résoudre le conflit et d'assurer l'avenir de nos jeunes.

    • sylvie drapeau - Inscrit 7 mai 2012 08 h 29

      La face, les prochaines élections et bcp $$$$. Si ce gouvernement s'attaradit avec autant de mépris aux fraudeurs, j'applaudirais la madame!