Droits de scolarité - Le fossé reste entier

Le metteur en scène Dominic Champagne et le co-porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (au centre), lors d’une manifestation des artistes en appui à la cause étudiante, hier, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le metteur en scène Dominic Champagne et le co-porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (au centre), lors d’une manifestation des artistes en appui à la cause étudiante, hier, à Montréal.

Les offres et contre-offres se succèdent et rivalisent de propositions, mais la même pomme de discorde demeure : ni le gouvernement, qui veut la hausse, ni les étudiants, qui veulent un gel, ne fléchissent sur la question des droits de scolarité. Certains éléments rallient néanmoins les deux camps.

Hier, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a balayé en partie la contre-offre faite par les deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire (FECQ et FEUQ) en réponse à sa « solution globale ». « Je suis déçue de voir que les leaders étudiants n’ont pas bougé, de voir que, dans ce qu’ils appellent une contre-proposition, qui ressemble plus à une justification de sa position, ils continuent de revendiquer le gel », a-t-elle déclaré en point de presse à l’Assemblée nationale. « Ça ne peut pas aider à trouver le bon chemin pour une entente. »

Plus tôt en après-midi, la FECQ et la FEUQ ont présenté sept propositions concrètes pour financer les universités à coût nul, qui n’iront pas grossir le fardeau des contribuables. En plus d’un gel des droits au niveau de 2012, ils souhaitent notamment limiter à 3 %, au lieu de 10 % actuellement, les dépenses périphériques à la mission des universités (liées au voyage, au rayonnement, etc.) ce qui permettrait de dégager 189 millions. Ils revendiquent aussi qu’aucun investissement ne soit fait dans les universités pendant deux ans afin d’en évaluer les besoins réels, un moratoire de cinq ans sur la construction de campus délocalisés et un organisme de surveillance de la gestion des universités.


Selon Martine Desjardins, la présidente de la FEUQ, il y a matière à consensus si on « s’attarde au plan de financement des universités et à des objectifs à long terme ». Elle croit que cette fois, parce qu’elle est globale et non plus à la pièce, sa proposition est cohérente. « On doit traiter les propositions dans un ensemble, il ne faut pas diviser étudiants et contribuables, mais voir les points qui les rejoignent. On voit qu’ils peuvent [l]’être au sein de nos propositions », a-t-elle soutenu.


La ministre Beauchamp dit « s’interroger » sur plusieurs revendications des étudiants, notamment celle qui demande qu’aucune somme ne soit investie dans les universités pour les deux prochaines années. « On disait que les cégeps et les universités criaient famine et les leaders étudiants nous demandent de ne pas réinvestir dans le réseau alors que ce sont eux les principaux bénéficiaires », a-t-elle souligné. Elle a rappelé qu’aucun des principaux partis à l’Assemblée nationale ne prône cette solution.


Line Beauchamp s’est néanmoins montrée « tout à fait ouverte » à discuter de la délocalisation des campus et de la gestion des universités. « On ne va pas discuter de ça uniquement avec les étudiants. Ils doivent être là, mais ce sont des enjeux qui doivent se discuter autour d’un conseil des universités », a-t-elle affirmé.


La ministre Beauchamp dit prendre acte que « deux associations sur quatre prennent une position plus claire ». Elle a toutefois insisté pour que les étudiants membres des associations en grève soient consultés et se prononcent sur son offre de vendredi dernier. Celle-ci proposait notamment un étalement sur sept ans, au lieu de cinq, des droits de scolarité.


Une piscine trouée

Pour les deux fédérations étudiantes, vouloir injecter plus de 850 millions de dollars dans les universités sans savoir quels sont leurs besoins revient « à remplir une piscine dont la toile est percée ». Elles déplorent que plusieurs questions soient demeurées sans réponse lors du blitz de négociation la semaine dernière, qui a duré moins de 48 heures. « On a demandé quels étaient les objectifs visés pour améliorer la qualité du diplôme, combien de profs avons-nous besoin pour s’assurer de cette qualité et malgré le fait qu’il y avait trois sous-ministres du ministère, personne n’a été capable de répondre, a dit Mme Desjardins. Force est de constater que le plan de financement des universités ne se base sur aucune évaluation ni aucun objectif à long terme, et on demande aux étudiants et aux contribuables de fournir davantage d’argent. »


La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) devrait faire une proposition demain. Si elle n’est pas aux côtés des deux fédérations, c’est qu’elle doit mener ses propres consultations, a expliqué Mme Desjardins. « On avait déjà discuté de propositions à la table des négociations et on se rejoint sur certaines [d’entre elles], ne serait-ce que pour l’accessibilité aux études », a-t-elle indiqué. Les étudiants doivent se montrer solidaires, même si certaines idéologies sont défendues différemment de part et d’autre, a-t-elle noté.


Hier matin, une pléiade d’artistes et leurs amis ont exprimé haut et fort leur appui à la cause étudiante, en exigeant un moratoire de la hausse des droits de scolarité. Plus largement, cet appel à la solidarité se voulait un grand cri du coeur, d’indignation, envers le gouvernement actuel. « Le spectacle des étudiants, ça sert aussi d’écran de fumée et à polariser la situation. C’est pas vrai qu’on va s’en aller en élection sur une question de droits de scolarité alors que les enjeux sont beaucoup plus vastes », a dit Dominic Champagne, metteur en scène, connu pour son implication contre le lobby des gaz de schiste. « Nous sommes ensemble » a été signée jusqu’ici par plus de 200 personnalités.


Par ailleurs, le cégep Montmorency a rejeté massivement l’offre du gouvernement et a voté pour une grève sans reconduction, à moins d’une entente avec la FECQ, la FEUQ et la CLASSE. D’autres votes sont encore à venir d’ici la fin de la semaine.

***


La contre-proposition des fédérations étudiantes

1- Créer d’un organisme pour évaluer les besoins des universités.
2- Limiter à 3 %, au lieu de 10 %, les dépenses périphériques à la mission des universités (voyages des recteurs, etc.).
3- Analyser les relations entre les entreprises et les universités (brevets, partenariats, etc.).
4- Moratoire de deux ans sur le réinvestissement dans les universités pour revoir leur plan de financement.
5- Moratoire de cinq ans sur la construction de campus délocalisés.
6- Tenir des états généraux sur l’éducation supérieure.
7- Gel des droits de scolarité au niveau de 2012.
95 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 2 mai 2012 00 h 11

    Bien gelés sur le Gel

    Au lieu de se concentrer sur l'accessisibilité pour tous qui est supposé être LA cause, on fait une fixation sur le GEL (nier l'inflation, et vouloir faire payer les autres ) ..


    Pourtant les 6 propositions du gouvernement donnent beaucoup plus de $ en BOURSES dans les poches des étudiants dont les parents ont revenus inférieur à 60,000$, donc la classe moyenne et les démunis, que la fixation sur le gel qui favorise autant les riches que les pauvres??? De cette façon l'aide dépasse souvent de plus de 1,000$ en bourses la hausse !!

    Le gouvernement a bougé , mais les leaders étudiants restent immobiles, sauf dans la rue..

    • Q1234 - Inscrite 2 mai 2012 07 h 17

      Le Gouvernement n'a pas bougé d'un iota. Il veut donner l'impression de le faire mais ne le fait pas du tout. Les étudiants ont débuté cette grève contre la hausse des frais de scolarité. Douze semaine plus tard, la hausse a augmenté , est passée de 75% à 82%. Ils ont toujours raison d'être en grève.

    • Catherine Bolduc - Abonné 2 mai 2012 08 h 04

      je ne sais pas si c'est moi qui a mal compris mais il me semble que dans tous les articles que j'ai lus, il était question de donner plus de PRÊTS (dont les banques sont celles à qui ce système profite le plus), en précisant que "les BOURSES, ELLES, RESTENT INCHANGÉES".
      Éclairez-moi svp, je ne comprends plus là

    • Hyperbolique - Inscrit 2 mai 2012 08 h 15

      Non, mais on s'entend que la bonification proposé aux bourses tel que présenté par Luc Godbout ne dit pas toute la réalité qui se cache derrière. Ce ne sont pas tous les étudiants qui pourront s'y prévaloir et il y a une quantité de contraintes qui feront que les étudiants avec un revenu familial inférieur à 60 000$ n'auront pas, de toute manière, accès aux bourses. DONC, le GOUVERNEMENT N'A JAMAIS BOUGÉ DEPUIS LE DÉBUT...

    • Polo09 - Inscrit 2 mai 2012 08 h 37

      De quel gel on parle. Les frais de scolarité ont augmenté de 30% dans les 5 dernières années a l'université. Il serait peut-etre bon que vous vous informiez a une autre source que celle de la désinformation gouvernementale.

    • Hélène Mai - Inscrite 2 mai 2012 09 h 34

      Bonjour M. Michaud,

      Vous devriez aller voir le lien suivant:

      http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/quelques-re

      C'est un article de l'IRIS montrant que seulement 28% des étudiants recevant de l'aide financière (et donc que 10% de tous les étudiants universitaires) seront touchés par les mesures du gouvernement. C'est donc qu'une infime partie des étudiants qui seront gagnants par ces mesures.

      De plus, une chose importante dont il n'a pas été mention dans l'analyse de Luc Godbout, c'est le revenu de l'étudiant en question. À partir d'un revenu annuel de 9000$, les bourses se changent en prêts.

    • Raymond Hill - Inscrit 2 mai 2012 10 h 15

      Mr. Michaud, les mesures qui permettent une plus grande accessibilité aux moins bien nantis en demandant plus aux mieux nantis peut être mise en place *indépendamment* d'une hausse des frais de scolarité.

    • André Michaud - Inscrit 2 mai 2012 10 h 26

      @ Q1234

      Peur de donner votre nom? Peur de vos convictions? Que vaut une opinion non signée?

      Il est évident que vous n'avez pas écouté le prof Godbout pour parler comme vous le faites.. Les bourses dépassent très très largement la hausse..

      @ les autres

      Les citoyens ne VEULENT PAS payer toutes les études de tous les jeunes, riches ou pauvres, ils payent déjà à 80% ! Ils veulent aider les plus démunis seulement...et en ces sens M.Charest les a mieux compris que les leaders étudiants qui veulent IMPOSER à leurs concitoyens leurs solutions pour LEURS poches.

      Pour certains plus on leur donne (déjà 80% !!!) et plus ils en demandent..aux AUTRES pour LEURS études. Désolant!

    • Nicolas Beaudet - Inscrit 2 mai 2012 14 h 26

      Désolé de devoir vous le rapeller André Michaud mais vous êtes totalement déconecté de la réalité...

      L'offre que propose le fecq et la feuq ne vous départira pas de vos précieux sous de contribuable de la classe moyenne *sacré* puisqu'il ne s'agit que de contrôler l'argent qui est déja dans le systême afin d'éviter les pertes inutiles qui s'y produit déja.

      Je me demande bien ce que vous avez en tête comme objectif en placardant la zone de commentaire avec vos raisonement démagogique basé sur de fausse information... Qu'avez vous à y gagné sinon le mépris de beaucoup de gens?

    • jmitch - Inscrit 2 mai 2012 14 h 29

      @ M.Michaud

      Vous avez tort pour le prof. Godbout. Après avoir lut son bloge je peux confirmé qu'il indique que les prêts et bourses seraient majoré à la hausse afin d'ateindre une parité. Sont principal argument est que les moins nantis peuvent aller chercher des déductions au près du provincial et fédéral. Un principe qui ressemble a des rabais postales ;) Personnellement, je trouve plus logique d'appliquer le "rabais" à la source, donc les frais de scolarité. En plus, on règlerait la question en simplement rétablissant les anciens palliers d'impôts. L'Iris l'a très bien démontré.

      Pour votre argument du, les citoyens ne veulent pas payer. Qui êtes-vous pour parler au nom de tous les citoyens. En plus, qu'est-ce qu'il y a de si mal dans le principe de redistribution des richesses (impôts) Tout le monde va profité des étudiants sortant. Leur diplôme il vont suffisament le payer via leur futur impôts. C'est eux qui vont vous soignez, réparer nos ponts, concevoir nos voitures. Pourquoi refusé d'investir dans notre jeunesse. Si on suivait votre logique notre société serait un désastre d'individualiste. Si vous refusez de partager vos richesse avec les autres, pourquoi les autres partagerais les leurs avec vous, pourquoi nous payerons pour vos futurs soins de longues durés. La santés et l'éducations sont les pierres angulaires d'une société en santé et épanouie.

      Je suis fier des étudiants, car ils défendent l'idéologie collective avec lesquels le Québec à grandi. Ils ont compris que la solution n'est pas dans les extrémiités d'un système, mais en son centre. Ils ont remis une flamme derrière les yeux de nombreux Québécois. C'est fini le temps ou l'on disait que les Québécois n'étaient qu'une gang de chialeux (Enfin il en reste encore). Ils sont la preuve qu'on est capable d'agir. Il faut maintenant que tous les Québécois en prennent conscience. Il faut que tous les Québécois se demandent: Dans quel Québec je veux

    • Nadine Labelle - Inscrite 2 mai 2012 15 h 27

      LEURS études comme vous dites, servent à toute la société.

  • yannick.legault@sympatico.ca - Abonné 2 mai 2012 01 h 12

    Inversons les rôles

    Martine Desjardins comme ministre de l'éducation ! Son discours est plus global, s'attache à des perspectives d'avenir. Alors que Line Beauchamp s'obstine à vouloir faire payer les étudiants, sans consultation, sans commission, pourquoi ? Une hausse des frais de scolarité va faire réfléchir plusieurs sur "l'utilité" de l'université pour obtenir un emploi, et bien des programmes deviendront de facto "inutiles", comme l'histoire, la sociologie, la philosophie, les sciences de l'environnement et les arts qui ne conduisent pas aux divertissements immédiats.
    Qu'est-ce qui se cache derrière cette hausse brutale des frais de scolarité ? On commence à y voir plus clair...
    Yannick Legault, Trois-Rivières

    • Jean Bourgeois - Inscrit 2 mai 2012 08 h 41

      Elle n'a qu'à se faire élire mais elle ne le fera pas puisqu'elle n'aimerait surtout pas être dans l'autre camp quand une obstinée comme elle viendra la confondre.

    • Elena00 - Inscrit 2 mai 2012 08 h 46

      Vous avez entièrement raison, Mme Beauchamp n'a fait aucune analyse profonde de la situation, c'est une petite marionnette de son PM. Nous avons besoin au Québec des Martine Desjardins, mais pour le moment elle ne cadre pas vraiment dans cette politique de bas étages que nous offrent certains partis politiques. La qualité des leaders étudiants dépassent la Ministre qui ne fait que de la politique, elle est incapable de répondre aux analyses et études soutenues des jeunes du pourquoi de cette augmentation précipitée. J'espère que les jeunes se souviendront lors des prochaines élections (qui seront en juin probablement) que le parti libéral avec son PM James John JamesCharest, les a abandonné.
      Elena de Québec

  • Robert Bernier - Abonné 2 mai 2012 01 h 12

    Bonne proposition mais périphérique

    Parfaitement d'accord sur les points 1, 2, 5 et 6. Encore qu'il faut bien voir, sur le point 5, qu'une partie des dérives immobilières des récentes années a été causée par un maraudage entre les universités en raison du sous-financement.

    Sur le point 3, il faudra réaliser que le projet du gouvernement compte justement sur une augmentation des partenariats entre université et privé pour assurer une part du refinancement. Donc, d'accord avec l'analyse suggérée mais en autant seulement qu'elle ne tombe pas de façon trop simpliste dans les attaques du genre 'économicisme et marchandisation'.

    Les points 4 et 7 sont tout à fait irrecevables et font en sorte que tout le reste apparaît comme périphérique à la vraie question du refinancement des universités.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Raymond Hill - Inscrit 2 mai 2012 10 h 11

      Pourquoi les point 4 et 7 sont irrecevables?

      Le point 4 concerne le financement des universités par le privé. C'est sérieux. Si l'le fonctionnement même de l'université devient complètement dépendant du financement privé, alors le mandat de l'université est peu à peu remplacé par le mandat du privé (maximiser les profits), et la liberté académique est sérieusement compromise.

      Concernant le point 7, les frais que doivent payer les étudiants ne sont pas vraiment gelés. Les frais afférents que doivent payer les étudiants depuis plusieurs années ont augmentés très rapidement, de 300% depuis 2007, ou de près de 400% depuis 1989. Donc demander un gel des frais de scolarité ça me semble complètement raisonnable.

    • Raymond Hill - Inscrit 2 mai 2012 11 h 02

      Correction, "30% depuis 2007", pas 300%.

      30% pour 5 ans c'est 6% par année, ce qui dépasse largement le taux d'inflation.

  • Abas Jour - Inscrit 2 mai 2012 01 h 15

    Erreur dans le contenue

    Il y a une erreure à la fin de l'article, précisément à propos du collège Montmorency. Il est écrit que le cégep est en grève illimité jusqu'à ce qu'il y ait une entente en la FECQ, la FEUQ et la CLASSE.

    Dans les faits, il y a un manque dans l'information donné. Le collège Montmorency est en grève jusqu'à ce qu'il y ait une entente entre les trois fédérations étudiantes citées plus haut et le gouvernement. Autrement dit, le gouvernement est obligé d'être en accords avec la FECQ, la FEUQ et la CLASSE pour que la grève se termine. Ce qui change complètement la donne sous-entendu par cet article du Devoir.

    Il faut respectez l'exactitude des renseignements, sans quoi on risque de trouver quelques problèmes.

    Merci comprendre l'importance de la situation.

  • Diane Lefrançois - Inscrite 2 mai 2012 01 h 25

    Merci

    Ce texte est une excellente mise à niveau (ou au point) de l'état et de l'évolution des chose. Merci tout bonnement.
    Daniel Malenfant