La mobilisation des étudiants ne faiblit pas

Une foule importante s'est massée au centre-ville de Montréal tard hier soir pour s'opposer à la «solution» avancée par Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une foule importante s'est massée au centre-ville de Montréal tard hier soir pour s'opposer à la «solution» avancée par Jean Charest.

L’offre que Québec a présentée hier n’a pas freiné la mobilisation des étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité. Les manifestations se sont poursuivies et des votes de grève ont même été reconduits.

C’est le cas aux cégeps de Saint-Jean-sur-Richelieu, d’Ahuntsic et de l’Outaouais.


En réaction à la proposition du gouvernement, une manifestation nommée « C’est pas une offre, c’est une insulte ! » s’est organisée à Montréal en soirée. Plusieurs centaines de personnes étaient présentes. En moins d’une heure, le cortège ayant dévié de l’itinéraire prévu, les policiers l’ont bloqué au coin d’une rue. Les manifestants ont crié : « S’il vous plaît, tassez-vous ! », et après une dizaine de minutes, les policiers se sont écartés pour les laisser passer. Au moment de mettre sous presse, la manifestation, qui se poursuivait pacifiquement, venait d’être déclarée illégale. Une autre manifestation organisée à Montréal en après-midi s’était déroulée sans anicroche.


À Québec, une manifestation en après-midi s’est soldée par de nombreuses arrestations. Les manifestants qui déferlaient sur la Grande-Allée assurent qu’ils étaient entièrement pacifiques. Au total, 80 personnes ont cependant été interpellées « pour s’être trouvées sur la chaussée » et ont chacune récolté une amende de 444 $, a expliqué la porte-parole du Service de police de la Ville de Québec, Catherine Viel. Un autre individu a reçu un constat pour « entrave » au travail des policiers.


La mobilisation dans les écoles secondaires montréalaises se poursuit, même si les deux établissements où a eu lieu une grève de trois jours ont repris les cours hier. C’était au tour des élèves de l’école Père-Marquette, dans La Petite-Patrie, de tenir un piquet de grève hier. D’autres écoles pourraient suivre cette semaine et des élèves de l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont comptent bien faire du piquetage en dehors des heures de classe cette semaine. La Commission scolaire de Montréal invite les parents à téléphoner à l’école de leur enfant le matin pour savoir si elle est fermée pour cause de débrayage.


Si la mobilisation contre la hausse des droits de scolarité ne faiblit pas, l’un de ses porte-parole en paie le prix. Une page Facebook créée jeudi demandant la démission du coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité étudiante, Gabriel Nadeau-Dubois, avait réuni 4460 personnes hier en soirée.


Injonction prolongée


Par ailleurs, la Cour supérieure a prolongé hier l’injonction provisoire qui oblige l’Université du Québec en Outaouais à donner les cours malgré la grève. Cette injonction comprend un ajout : elle ordonne à l’établissement d’offrir des examens ailleurs qu’en classe. Le recteur de l’établissement, Jean Vaillancourt, a indiqué que « les professeurs vont convenir avec les étudiants d’autres modes d’évaluation des apprentissages, a-t-il expliqué en conférence de presse. Nous sommes confiants qu’en collaboration avec les professeurs et les personnes chargées de cours, nous serons en mesure de permettre à nos étudiants de terminer leur trimestre d’hiver ».

 

Une semaine riche en rebondissements


Vendredi 20 avril : À l’intérieur du Palais des congrès, le premier ministre, Jean Charest, reçoit des gens d’affaires intéressés par le développement du Plan Nord, où il lance une plaisanterie visant les étudiants qui provoque l’hilarité générale. À l’extérieur, la rue est le théâtre d’affrontements violents entre les policiers et des manifestants. Dans le lot, des casseurs qui n’ont rien à voir avec la cause étudiante. Bilan : environ 20 arrestations et 6 blessés.


Dimanche 22 avril : Réunie en congrès, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) adopte une motion condamnant la violence qui porte atteinte à l’intégrité physique des individus. Des étudiants se joignent à la grande marche pacifique du Jour de la terre.


Lundi 23 avril : À condition qu’il y ait trêve interdisant la tenue d’actions de perturbation économique et sociale, la ministre de l’Éducation accepte de s’asseoir à la table des négociations avec les trois grandes associations étudiantes, soit la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la CLASSE et la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ).


Mardi 24 avril : Tandis que les négociations se poursuivent, aucun incident majeur de perturbation n’a lieu. Une manifestation, organisée par une association étudiante de l’UQAM, se tient en soirée. Bilan : vitres fracassées, un blessé, trois arrestations.


Mercredi 25 avril : La ministre de l’Éducation exclut la CLASSE des négociations. Elle la rend responsable d’actes de violence et de vandalisme perpétrés la veille et l’accuse d’inciter à la violence en faisant l’annonce sur son site Web de « l’ostie de grosse manif de soir ». Ni l’un ni l’autre des événements n’est organisé par la CLASSE. Solidaires, la FEUQ et la FECQ claquent la porte des négociations. Le soir venu, la manifestation en question, où la police reconnaît la présence de casseurs qui n’ont rien à voir avec les étudiants, dégénère. Bilan : 85 arrestations et un blessé.


Jeudi 26 avril : La FEUQ invite le gouvernement à reprendre les négociations et propose de céder deux de ses sièges à des membres de la CLASSE. La ministre de l’Éducation refuse. Le soir, près de 2000 personnes manifestent pacifiquement sous la pluie dans les rues de Montréal.


Vendredi 27 avril : Aux côtés du premier ministre Jean Charest, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, fait une offre : un étalement sur 7 ans de la hausse des droits de scolarité, une bonification du régime de prêts et bourses et un conseil sur la gouvernance des universités. Les leaders étudiants l’accueillent froidement, mais promettent de la soumettre aux associations qu’ils représentent.

25 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 28 avril 2012 05 h 54

    L'autre moitié

    Je fais partie de la moitié de la population
    qui soutient les étudiants
    et qui est contre l'autre moitié de la population
    qui soutient l'usage des brigades antiémeutes pour nous faire taire.

    Nous ne nous tairons pas car c'est notre avenir qui est en jeu,
    c'est notre vie que nous défendons.

    L'autre côté a peur de payer plus de taxes.

    Notre côté a peur de l'État policier qui s'installe,
    du nucléaire qui nous pète dans la face,
    de l'amiante qui nous ronge par en dedans,
    de l'industrie alimentaire qui nous empoisonne,
    des pharmaceutiques qui nous vaccinent,
    de la science qu'on assassine,
    de la liberté d'expression qu'on élimine,
    de la guerre que l'on prépare,
    de la grande noirceur qui s'installe.

    C'est pourtant facile à comprendre.

    Pourquoi l'autre moitié ne veut-elle pas comprendre ?

    Serge Grenier

    • AMeloche - Inscrit 28 avril 2012 09 h 28

      Parce que c'est l'autre moitié qui provoque ces monstruosités...

    • Ariam - Inscrit 28 avril 2012 09 h 33

      Pour moi c'est très clair... Je soutiens aussi le mouvement étudiant.

    • Chantal_Mino - Inscrite 28 avril 2012 09 h 46

      M. Grenier,

      Merci beaucoup pour vos beaux verbes et votre partage d'inspiration lumineuse !

      Continuez de rayonner ! C'est toujours un plaisir rassurant de vous lire.

    • Jean LePreux - Inscrit 28 avril 2012 10 h 59

      La haine de Charest fait qu'on mêle tout ensemble. En démocratie on défait le gouvernement en élection. Pas en faisant des émeutes pour des pinottes. Le gouvernement est élu démocratiquement pour gouverner. Qu'il gouverne et nous déciderons s'il a bien gouverné aux élections. La rue ne doit pas devenir un dictateur...

    • Chantal_Mino - Inscrite 28 avril 2012 13 h 25

      M. Stephen Marshall,

      Comme déjà mentionné à d’autres personnes, pour avoir de la démocratie, il ne suffit d'une élection aux 4 ans, tout est dans le comportement et dans la réelle représentation du peuple souverain dans les décisions prises par ceux qui se targuent d'être leurs représentants. Afin de vous aider à comprendre ce mot «démocratie» qui dépasse largement le cadre d’une élection aux 4 ans et de vous permettre d'en faire la différence d'avec un régime politique telle que la «dictature» ou de la rue qui devient dictateur (???), un simple dictionnaire tel que Le Petit Robert, devrait vous aider à faire la différence entre démocratie, dictature, un régime politique et le peuple souverain dans la rue, et faire des commentaires plus constructifs qui tendent à nous aider à préserver notre démocratie au lieu d’encourager la dictature et l’individualisme par notre régime politique dirigé par le PLQ sans aucun respect et égalité pour les droits de tous les citoyen(ne)s québécois, tel que ceux de M. Gabriel Nadeau-Dubois qui sont complètement bafoués par Jean Charest, Line Beauchamp, Robert Dutil, le PLQ et tous ses larbins.

      Également, vous pouvez aller consulter «le syndrome du larbin» sur YouTube, c’est drôle et très enrichissant comme information pour qui le veut bien.

    • Nestor Turcotte - Inscrit 28 avril 2012 14 h 25

      Ce qui m'étonne dans toute cette affaire, c'est la sortie d'un certain nombre d'étudiants dans la rue pour demander qu'on ne leur en demande pas plus pour le bon fonctionnement de la cité.

      Où étaient-ils avant? Descenderaient-ils dans la rue pour une autre raison: mettre la main dans leurs poches pour aider les plus démunis, par exemple?

      J'ai décidé, à 72 ans, d'aider un jeune qui n'est pas capable de payer les 325.00$ en question. Je vais me remettrre à travailler un certain nombre d'heures, au salaire minimum, pour en sortir un du trou...(si je peux parler ainsi). J'attends que 99,999 autres citoyens fassent la même chose. Ainsi, toute la CLASSE pourra entrer en classe. Note: j'ai payé toutes mes études (21 ans de scolarité) Idem pour mes deux enfants. La société devrait me remercier par lettre.

    • Chantal_Mino - Inscrite 28 avril 2012 17 h 06

      M. Turcotte,

      Comme il est bon de vous savoir à l'écoute de certains besoins monétaires des plus démunis de notre société, mais bien au-delà de l'$$$$$$$ donné à une personne, ce que nos jeunes ont davantage besoin, c'est d’espoir, de respect, de considération et d'écoute.

      Vous savez, un regard constructeur, de l'écoute, du respect et un sourire vaut bien plus que tout l'$$$$$$$ du monde et de l’indifférence pour le reste.

      Vous savez, les bases des relations humaines qui font que nous entretenons de bonnes relations saines et durables entre nous et qui rend notre société meilleure.

      Écouter l'autre ne signifie pas être sélectif dans notre écoute et donner un sujet, un délai ou un débit requis à l'autre, c'est l'écouter dans tout ce qu'il a à nous dire, au rythme qu'il veut bien le dire et non au rythme et dans le contenu qu’on veut lui imposer et l’entendre, évidemment, tout en essayant de comprendre ce qu'il veut nous dire, sinon, cela s'appelle faire semblant de communiquer et d'écouter l'autre et ne mène à aucune communication ou relation humaine constructive, donc aucune résolution de conflit, s’il y a. Vous comprendrez donc que la grève étudiante relève de la responsabilité de notre ministre de l’éducation qui n’a apparemment aucune compétence en gestion de conflit et ne veut pas l’admettre en choisissant un médiateur d’un commun accord avec les représentants des étudiants. De plus, avec Jean Charest comme premier ministre du Québec et ses amis du 1%, nous sommes revenus au temps de homme de Cro-Magnon où le plus fort est vainqueur et ici, le plus fort, voyez-vous, c’est le peuple québécois qui fera toute la différence, donc ... vous, moi et bien d’autres, si vous le voulez bien, et ce, pour le bien commun de l’ensemble des Québécoi(se)s, donc vos enfants et vos petits enfants.

  • Jacques Morissette - Inscrit 28 avril 2012 09 h 32

    Des étudiants très lucides, en fait beaucoup plus que bien des adultes.

    Ces adolescents sont capable de voir plus loin que le bout de leur nez. J'irais même jusqu'à dire qu'ils sont plus lucides que bien des adultes passifs du système qui se meurt à trop vouloir penser avec sa tête et les petits intérêts du court terme.

  • Archange Gabriel - Inscrit 28 avril 2012 09 h 44

    Il a raison ce Zansalure

    Tout est en train de nous pèter dans la face.

    Je suis à 100% pour lamobilisation étudiante. Ne lâchez pas. Pas après une si longue lutte. Charest veut vous casser. Cette fois-ci
    Narcisse est à la veille de tomber et sa gang de députés béniououi qui sont comme les petits bonhommes sans vie avec la tête qui bouge, oui oui oui. Ce parti qu'on sait corrompu jusqu'à l'os fonctionne à l'omerta.

    Bravo les étudiants.

    J'ai 66 ans et je me sens jeune en ce moment.

    AR

  • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2012 10 h 23

    Les erreurs du gouvernement

    Tout d'abord, Mme Beauchamp a affiché publiquement son mépris et son antipathie envers un des leaders étudiants.

    Ensuite Mme Beauchamp, intransigeante, s'est fiée à la judiciarisation....laquelle a alimenté la grogne et l'extrémisme.

    A minuit moins une, soit après plus de 2 mois de "grèves" et d'intransigeance de la ministre, et donc devant des étudiants de plus en plus frustrés....la ministre a décidé de tendre une perche. Il était trop tard: les dégâts étaient déjà faits.

    Que c'est triste!

  • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2012 10 h 23

    Les erreurs du gouvernement

    Tout d'abord, Mme Beauchamp a affiché publiquement son mépris et son antipathie envers un des leaders étudiants.

    Ensuite Mme Beauchamp, intransigeante, s'est fiée à la judiciarisation....laquelle a alimenté la grogne et l'extrémisme.

    A minuit moins une, soit après plus de 2 mois de "grèves" et d'intransigeance de la ministre, et donc devant des étudiants de plus en plus frustrés....la ministre a décidé de tendre une perche. Il était trop tard: les dégâts étaient déjà faits.

    Que c'est triste!