Alexis Martin, acteur malgré lui d’un mauvais film policier

Alexis Martin : « On est en face d’autorités qui ont oublié sur quoi le Québec s’est bâti, c’est-à-dire le compromis et la discussion. »
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alexis Martin : « On est en face d’autorités qui ont oublié sur quoi le Québec s’est bâti, c’est-à-dire le compromis et la discussion. »

Le comédien Alexis Martin venait de voir un vieux western des années 1950 en compagnie de son ami Jacques L’Heureux lorsqu’il a décidé de rentrer chez lui à pied. Arrêté au détour d’une manifestation étudiante près de Saint-Laurent, il s’est retrouvé acteur malgré lui dans une scène d’un mauvais film policier… qui n’avait rien d’une fiction.

Il était minuit moins quart. L’ordre de dispersion venait d’être donné à une soixantaine de manifestants qui marchaient pacifiquement. « Je parlais à des étudiantes et tout le monde s’est soudainement mis à courir, les policiers aussi », a raconté Alexis Martin en entrevue au Devoir.


Un agent antiémeute lui aurait permis de quitter le groupe, mais dans la cohue, il s’est retrouvé menotté aux côtés d’un groupe de manifestants, après avoir été frappé à l’abdomen et au bras et fouillé de fond en comble. « Ils ont joué le grand jeu. Ils étaient très nombreux pour le nombre qu’on était. Les gens n’avaient rien de menaçant », a-t-il expliqué. Il a ensuite été transporté par autobus jusqu’à Saint-Léonard, où il a été détenu pendant plus de trois heures.


Beau joueur, le dramaturge au sein du Nouveau Théâtre expérimental reconnaît qu’entre les blagues de mauvais goût et les injures — « ostie de comédien » — d’agents maladroits, les policiers ont fait leur travail. « Je ne veux pas surdramatiser, il y avait des [policiers] qui étaient corrects et qui ont répondu à mes questions », a-t-il souligné. « Je comprends leur stress, et je ne la voudrais pas leur job, mais je pensais qu’ils étaient mieux préparés. Il y a eu quelque chose de court-circuité. Eux-mêmes ne sont pas à l’aise avec ce qu’ils font. Ou ils ne sont pas assez bien formés. Mais il faut qu’ils comprennent qu’ils sont dans une société de droit. »


Au final, ce sont les étudiants qui ont le plus impressionné le comédien des séries Apparences et Les Parent. « Je les ai trouvés extrêmement articulés, très calmes et plein d’humour », a-t-il dit, déplorant qu’ils soient trop souvent sous-estimés. « On a affaire à une cohorte de jeunes des plus articulés et politisés. J’étais avec ces jeunes-là de 19-20 ans et on avait des discussions d’un bon niveau sur la démocratie. Ils ont même défendu le travail des policiers, en disant que ce n’était pas facile pour eux et qu’il y avait de hauts taux de suicide dans la profession. J’ai trouvé ça admirable », a-t-il noté.


Impasse et gratuité


Il comprend difficilement comment le conflit en est arrivé à une telle impasse. « Ce qui est important, c’est le conflit étudiant, et les étudiants ont des porte-parole admirables. On est en face d’autorités qui ont oublié sur quoi le Québec s’est bâti, c’est-à-dire le compromis et la discussion. La démocratie, c’est une démocratie de participation, et quand elle s’exprime, on dirait que les autorités sont débordées par ça. Au lieu de s’asseoir et de discuter, ils trouvent des prétextes pour dramatiser ce qui se passe. Mais ce sont eux, les responsables de la violence. Et la police tombe complètement dans le piège », a soutenu M. Martin. « Il y a une tradition au Québec et même dans les pires crises : Robert Bourassa avait toujours laissé sa porte ouverte. Ça devrait pourtant être facile de se parler ici. »


Cette expérience somme toute anecdotique lui a permis de pousser sa réflexion sur l’éducation. « Je suis un tenant de la gratuité scolaire. Je trouve qu’on a les moyens comme société, mais on ramène toujours ça à un cul-de-sac idéologique. On a réussi à massivement éduquer le Québec parce qu’on a massivement investi. Et c’est ce qui nous a enrichis au bout du compte », a-t-il rappelé. « Mme Beauchamp n’est pas la ministre de l’Éducation du Minnesota. Ici, on est dans le foyer national, des Canadiens français, des Québécois, peu importe comment on les appelle. On ne peut pas dire qu’on veut assurer la survivance d’un peuple et d’une culture sans faire un cas très spécial de l’éducation, sans en faire un poste budgétaire hors norme. »


Le père de famille en lui s’indigne « du tissu social qui se dégrade ». « Je dirais à mes enfants que la démocratie existe seulement si on y participe. Il faut se mobiliser, s’engager. Il ne faut pas rester en dehors du jeu électoral », a-t-il insisté. « Je regarde les Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin : ils sont tellement articulés et sereins. Je suis super fier d’eux, super fier de ce Québec-là. C’est le temps d’investir pour eux d’investir la sphère politique. Il faut que les jeunes s’emparent du système », a-t-il lancé, admiratif.


Alexis Martin a finalement été relâché du 7700 Langelier au petit matin, une contravention de 146 $ en poche. En hélant un taxi, il est tombé sur deux camarades de détention, des étudiants en génie qui voulaient partager le lift. « On aurait dit des enfants de choeur. Je les ai déposés à une intersection du centre-ville avant de continuer jusque chez moi. Ils ont insisté pour payer leur course et m’ont donné 20 piastres », a-t-il raconté, visiblement touché du geste. « Comme terroristes, on a vu pire. »

7 commentaires
  • Geneviève Soly - Abonné 28 avril 2012 06 h 29

    L'admiration

    L'Admiration: C'est exactement ce que je ressens en écoutant les jeunes parler.
    Au départ du mouvement de grève, j'étais pour la hausse de frais de scolarité. Puis, j'ai beaucoup écouté, lu, observé et réfléchi (je mentionne que ce débat social - c'est ce qui ressort de plus fort de mon point de vue - m'a effectivement ouvert à la notion de réseau sociaux et d'échanges par internet - en plein ce que je fais actuellement - que j'utilise vraiment pour la première fois de ma vie.)
    J'ai été frappée de la clarté et de la rigueur du discours des jeunes; de la qualité de leur point de vue et de la différence de la façon dont ils font les choses. Leur discours est si clair qu'il ne change jamais - c'est un discours du cœur, de la connaissance (comme ils connaissent bien leurs dossiers!) et de l'engagement social. Pas un discours de politicien. Je n'arrive pas à comprendre les insultes qui pleuvent sur eux dans les discussions en ligne pendant les émissions - dont les excellents 24 heures en 60 minutes animés par Anne-Marie Dussault d'hier et d''avant-hier: les écoute-t-on vraiment? Car si oui, comment peut-on encore les traiter de bébés gâtés qui refusent de payer 50 sous de plus par jour pour leurs études?
    Pendant des semaines, mon opinion n'était pas forgée quant à la hausse précisément, mais j'étais très certainement du côté du respect de la grève et même de la participation au mouvement des étudiants en grève.
    Et maintenant, je suis devenue - l'attitude bornée, réductrice et paternaliste totalement inadéquate du gouvernement y a fait pour beaucoup - contre la hausse des droits de scolarité. Et ce revirement d'opinion, je le dois à la qualité exceptionnelle des jeunes qui m'entourent (je suis aussi mère et chargée de cours à l'UdM).
    Descartes disait que l'admiration est la première des passions. Quand à moi, elle mène loin et elle est le moteur de ma nouvelle conviction que les jeunes sont dans leur bon droit. Ge

  • Michelle St-Georges - Inscrite 28 avril 2012 07 h 18

    J'appui les jeunes

    « Je regarde les Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin : ils sont tellement articulés et sereins. Je suis super fier d’eux, super fier de ce Québec-là. C’est le temps d’investir pour eux d’investir la sphère politique. Il faut que les jeunes s’emparent du système », a-t-il lancé, admiratif»
    Je suis d'accord avec vous, je suit le conflit depuis le Bénin, j'y suis depuis 3 ans, et mon fils fait partie de la CLASSE. C'est une jeune homme intelligent, équilibré qui recherche la paix sociale tout en voulant être entendu et il ira jusqu'au bout. Ils doivent s'emparer du système et LE CHANGER, et cela à grande échelle en solidarité avec les jeunes du monde entier. Sinon cela ne sert à rien, on va continuer de patauger dans les guerres, les famines.
    Je suis fière d'être québécoise mais absolument en désaccord avec la gestion des gouvernements provincial et fédéral. Il faut cesser de faire passer le bien et le profit de certaines entreprises au détriments de la collectivité et de l'environnement.
    J'en suis fière des jeunes et j'espère que la majorité va les appuyer.
    Pour moi le COMBAT COMMENCE ou plutôt se poursuit mondialement, il y a tellement de défis à relever dont se débarrasser des gens corrompus et assoiffés d'argent. Ce sont eux qui mobilisent les fonds publics. L'économie doit passer au deuxième plan et on doit tout mettre en œuvre pour la fameuse quête du bien commun c.à.d., l'éducation gratuite pour tous, des soins de santé pour tous, boire et manger à sa faim, être en sécurité, avoir le droit de parole et celui d'être entendu. Cela doit se faire de façon planétaire. Je sais, je sais, beaucoup pense que c'est une utopie. Pas moi!
    On peut tous faire un petit pas et appuyer ceux qui ont des vrais idées pour que le futur soit habitables et qu'ils donnent la chance à tous d'être heureux , sur tous les continents. On vit sur un monde où la majorité des jeunes vivent dans la guerre, la désolatio

  • François Dugal - Inscrit 28 avril 2012 08 h 19

    Immense victoire

    Les étudiants font mal paraître les polliticiens: immense victoire!

  • Ysabelle Charest - Abonnée 28 avril 2012 08 h 41

    Pourquoi?

    je ne comprends pas pourquoi les policiers l'auraient frappé à l'abdomen, il ne semble vraiment pas avoir résisté! Inacceptable cet abus de pouvoir des forces du DÉsordre.

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 28 avril 2012 10 h 31

    La grève des étudiants pour mieux voir l'avenir

    Je suis une grand-mère dont les petits-enfants seront,dans quelques .années, aux portes d'études universitaires.Je veux vous remercier de faire cette bataille pour défendre un choix de société celui où tous ceux et celles qui désirent poursuivre leurs études puissent le faire.
    Un jour mes petits enfants seront de ceux-là.
    Je désire exprimer ma fierté de voir de quelle façon vous conduisez votre bataille malgré les casseurs qui vous donne t mauvaises presse.
    RESTEZ DIGNE.

    Vous serez les leaders de demain et j'espère que vous garderez cette préoccupation de l'exercice démocratique.
    Ainsi vous pourrez montrer à mes petits enfants qu'on peut construire une société où les intérêts ne sont pas tous du même côté.
    Demandons au 1% de faire leur part.