Négociations avec les étudiants - Le suspense se poursuit à Québec

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	Hier, les cours ont été suspendus dans deux écoles secondaires, l’école Joseph-François-Perrault (ci-dessus) et l’Académie de Roberval, où les élèves ont voté démocratiquement la semaine dernière trois jours de grève en solidarité avec le mouvement étudiant. </div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Hier, les cours ont été suspendus dans deux écoles secondaires, l’école Joseph-François-Perrault (ci-dessus) et l’Académie de Roberval, où les élèves ont voté démocratiquement la semaine dernière trois jours de grève en solidarité avec le mouvement étudiant. 

Le milieu de l'éducation retient son souffle alors que le premier blitz de négociations entre la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et les quatre organisations étudiantes s'achève cet après-midi. Le délai de 48 heures pour dénouer la crise sera allongé si nécessaire, a laissé entendre la ministre. Compte tenu du « ton respectueux » des pourparlers, elle a dit vouloir « laisser les discussions se faire ».

Toutefois la trêve devra continuer, a-t-elle insisté. Aucune action de perturbation économique ou sociale ne devra être perpétrée et endossée par les groupes d'étudiants en négociations. Si le trajet est fourni et qu'elles sont pacifiques, les manifestations sont tolérées. « Ce qu'on ne veut pas, c'est des ponts ou la Banque Nationale bloqués », a indiqué Hélène Sauvageau, l'attachée de presse de la ministre.

Alors que l'appel au calme de la ministre Beauchamp a été passablement respecté hier, c'est à l'Assemblée nationale que le climat s'est envenimé. Dans un échange musclé, la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a exigé que le premier ministre, Jean Charest, s'excuse pour ses propos « méprisants » tenus lors du Salon Plan Nord vendredi dernier, ce qu'il a refusé de faire. M. Charest n'a pas non plus renié les propos qu'il a tenus plus tôt hier en matinée, laissant entendre que son gouvernement avait toujours tendu la main aux étudiants. « Depuis très longtemps qu'on veut se mettre à la table, enfin nous y sommes. Ça a pris du temps pour les associations de venir à la table, mais nous y sommes », avait-il déclaré.

Enfin, interrogé à savoir si une baisse, un moratoire ou un étalement des droits de scolarité faisaient partie des négociations, le premier ministre a indiqué que celles-ci ne se tiendraient pas sur la place publique. À son tour, il n'a pas manqué sa chance de rappeler à Mme Marois qu'elle n'avait toujours pas fait connaître sa position sur le sujet. « Pourquoi est-elle incapable de dire aux Québécois la position qu'elle, et son parti, défend ? Si ce n'est pas un échec lamentable de leadership », a dit M. Charest, en déplorant qu'elle continue de porter le carré rouge.

Manifestations d'élèves du secondaire

Hier, les cours de deux écoles, Joseph-François-Perrault et l'Académie de Roberval, ont été suspendus, les élèves ayant voté démocratiquement la semaine dernière trois jours de grève en solidarité avec le mouvement étudiant. Des manifestations et des piquets de grève se sont tenus en face des établissements. Le même scénario pourrait vraisemblablement se reproduire aujourd'hui, malgré un avertissement de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) qui demande aux élèves de reprendre les cours pour permettre le dénouement de la situation. « Compte tenu de la demande de trêve [...], toute nouvelle action pourrait être perçue comme un élément perturbateur », a fait savoir la CSDM par voie de communiqué. Les cours ont également été perturbés à l'école Édouard-Montpetit sans qu'ils soient annulés.

Le premier ministre a répété qu'il souhaitait que les étudiants retournent en classe sans plus attendre. « Nous espérons, nous voulons, que pendant la période où il y a discussion, et après, que les étudiants restent à leurs cours, qu'ils ne boycottent pas leurs propres cours », a-t-il soutenu.

Malgré le calme apparent dans les rues et dans la majorité des campus, la tension est maintenue en raison du recours aux injonctions. À Montréal, un juge a entendu la requête d'étudiants du cégep Saint-Laurent qui souhaitaient retourner en classe. À Sherbrooke, environ une centaine d'étudiants ont occupé le pavillon de l'administration du cégep, protestant contre la décision de la Cour supérieure rendue la semaine dernière, qui forçait la reprise des cours. La ministre de l'Éducation n'a pas dit si cette occupation constituait ou non un bris de trêve.

Des étudiants ont par ailleurs reconduit la grève dans plusieurs établissements, dont ceux du cégep Montmorency et de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal (2e cycle). Par contre, la tentative de relancer la grève a échoué au cégep de Drummondville. À ce jour, sept cégeps au moins ont dû annuler leur session d'été. Quelque 180 000 étudiants sont actuellement en grève.

Impatience et inquiétude

Au 73e jour de grève, l'inquiétude croît particulièrement au sein des milieux qui auront besoin de la main-d'oeuvre étudiante l'été venu. L'Association québécoise du loisir municipal (AQLM) a dit craindre que certains services soient compromis. « On pourrait se retrouver en juin avec de belles journées chaudes et des piscines fermées », a dit Luc Toupin, le directeur général de l'AQLM. La préparation des camps de jour qui se fait normalement en juin pourrait aussi souffrir de la prolongation de la session. « Presque 100 % des camps de jour font appel à la main-d'oeuvre étudiante », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, Amnistie internationale croit que la police est allée trop loin et interpelle le gouvernement sur la façon dont la sécurité est assurée durant les manifestations. L'approche et les tactiques des forces policières ont entraîné « des violations des droits fondamentaux », a conclu l'organisation en se basant sur la plainte déposée par un professeur de l'Université du Québec à Montréal, qui a été matraqué lors de l'émeute vendredi dernier, ainsi que sur des témoignages, récits journalistiques et autres rapports.

En cette période de trêve, des manifestations continueront d'avoir lieu. Les deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire tiendront une manifestation demain pour maintenir la pression tandis que cet après-midi, à la place Émilie-Gamelin, c'est la CLASSE qui invite tout un chacun à manifester afin de souligner ironiquement la fin des sessions universitaires. En temps normal, les cours de la session d'hiver auraient dû se terminer aujourd'hui.

L'Association facultaire étudiante de science politique et droit de l'UQAM a quant à elle reporté à ce soir une manifestation à laquelle au moins 1200 personnes ont confirmé leur présence sur Facebook. « Nous voulons nous assurer d'avoir un maximum de gens pour troubler la paix sociale asservissante si chère à Line », pouvait-on lire.

À 21h30 hier soir, une manifestation a réuni quelques centaines de personnes au parc Émilie-Gamelin. Les manifestants se sont déplacés vers l'ouest, d'abord de façon pacifique, puis des vitres de voitures ont été brisées et des feux d'artifice ont été lancés. «Ce n'est pas une manifestation de la CLASSE, a indiqué un groupe de manifestants au carré rouge interrogés au sujet de la trêve. On est juste des étudiants qui avons choisi individuellement de faire une manifestation.»

Cette dernière a été déclarée illégale environ une heure après le départ et les manifestants se sont dispersés en groupes. Des dizaines de voitures de police se déplaçaient dans le Quartier des spectacles.

***

Avec La Presse canadienne
75 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 25 avril 2012 01 h 19

    Je n'aurai qu'un mot...

    .

    - Bravo et merci aux étudiants !!

    - Vous tenez tout le Québec entre vos mains !!

    Solidairement !

    Christian Montmarquette
    QS-Montréal

    .

    • Guy Vanier - Inscrit 25 avril 2012 06 h 21

      oui très gros merci! tenez bon vs avez notre support.
      mais attention à Charest, il dit n'inporte quoi, comme toujour.
      guy vanier,
      jeune retraité de 71 ans.

    • jean corneille - Inscrit 25 avril 2012 10 h 45

      Cà vous plait de voir quelqu,un se battre pour une cause perdue d,avance!

  • Vincent Delorme - Inscrit 25 avril 2012 01 h 56

    Trève: piège au mouvement étudiant

    Cette trève qui va donc maintenant se prolonger, et que les associations étudiantes ont toutes été obligées d'adopter en hâte (ce qui a posé problème au comité exécutif de la CLASSE, qui, rappelons-le, a dû violer son propre mode de fonctionnement de démocratie directe afin de répondre au plus vite à cette nouvelle condition de Mme Beauchamp), elle apparaît à prime à bord raisonnable, nécessaire même, et est certainement une initiative de bonne foi de la part de la ministre.

    Cependant, les étudiants courrent un risque en ayant accepté cette trève (bien qu'ils y étaient obligés, en fait), puisque leur mouvement est incessament attaqué par les injonctions, les amendes TRÈS salés, les matraques (+ poivre, grenades assourdissantes, etc.), les décisions unilatérales des administrations de cégeps et universités.

    Depuis le début de la trève, un juge de la cour supérieure (et ex-député libéral) a émit un mandamus forçant le retour en classe immédiat au Cégep de St-Jean-Sur-Richelieu, interdisant les regroupements de revendications en ce qui concerne la grève et interdisant même la tenue de nouvelles assemblées générales. Contrevenir au mandamus, c'est s'exposer à des amendes de milliers de dollars. En a-t-on entendu parlé? Pas vraiment. En ce moment, si les cours ne sont pas encore repris dans cette institution, c'est justement grâce à la trève imposée par Mme Beauchamp. Mais cette trève empêche le syndicat du cégep de réagir et de se faire entendre, et l'empêche même de tenir une nouvelle assemblée pour en débattre...

    La ministre Beauchamp et même M Charest disent montrer de l'ouverture (ils ajoutent même "depuis le début", que voulez-vous, on est habitué à leur humour maintenant). Toutefois, après 73 jours de grève, ils semblent encore détenir le gros bout du bâton...

    • Q1234 - Inscrite 25 avril 2012 06 h 39

      C'est effectivement un problème cette judiciarisation d'une grève légitime . C'est en cela que le gouvernement est dangereux, il sape les bases de la démocratie. Je vous invite à lire l'avis d'Amnistie internationale au gouvernement Charest .
      http://amnistie.ca/site/index.php?option=com_conte

    • Michel Leclaire - Inscrit 25 avril 2012 09 h 59

      "...un juge de la cour supérieure (et ex-député libéral)... ".

      Les juges sont nommés par le 1% et agissent pour le 1%. On ne mord pas la main qui nous donne une sinécure. La séparation des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif n'est qu'un mythe.

      Michel Leclaire, B.A. ès économie, LL.L.

  • Daniel Hémond - Inscrit 25 avril 2012 03 h 56

    Charest!

    Difficile d'être plus menteur quer Charest. Il affirme maintenant qu'il au tojours été disponible pour rencontrer les étudiants et discuter des frais de scolarité alors qu'il a été muet pendamnt des semaines et que la Ministre accusait une fin de non recevoir. Il faut vraiment avoir l'esprit tordu et une attitude de manipulateur pour dire autant de mensonges en si peu de temps.
    Je suis écoeuré de ces petits politiciens abuseurs de démocrsatie.

    • Guy Vanier - Inscrit 25 avril 2012 06 h 26

      moi aussi! il ment continuellemnt et ns prends pour des valises. sont tour viendra bientôt!
      guy vanier

    • Q1234 - Inscrite 25 avril 2012 06 h 35

      Il nous prend vraiment pour des imbéciles! Il n'y a pas que les étudiant qu'ils méprisent, ce sont tous les Québécois et les Québécoises.

    • Yann Tissier - Inscrit 25 avril 2012 07 h 53

      Effectivement!
      Tout à fait méprisable!
      Il nous fait croire qu'il avait la "main tendue" depuis des semaines?!
      De plus il refuse de s'excuser pour ses farces méprisantes d'en fin de semaine?

      Dehors, Charest !!!!

    • Michel Simard - Inscrit 25 avril 2012 08 h 31

      Quand autant d'électeurs votent ou s'apprêtent à voter pour ce clown, il est normal qu'il se croie tout permis, qu'il mente comme Pinocchio et qu'il pige à plein la la sacoche pour ses amis.

    • Mathias Brandl - Abonné 25 avril 2012 09 h 03

      Depuis que Jean Charest s'est permis de mentir ouvertement à la population devant son ami le juge Bastarache, pourquoi aurait-il la pudeur de se montrer intègre à l'Assemblée nationale et dans sa gestion de l'État en général...

      Qui a déjà mordu mordra, dit le dicton !

    • jean corneille - Inscrit 25 avril 2012 10 h 49

      Oui monsieur, je sais que vous avez parfaitement raison mais il m,apparait de plus en plus évident que le conflit rapporte de gros dividendes à ce dernier ,la preuve il grimpe dans les sondages !

  • Pierre Vincent - Inscrit 25 avril 2012 06 h 19

    C'est le commencement de la fin...

    On négocie ferme ET on manifeste comme si de rien n'était pour maintenir la pression, ce qui semble refléter le fait que les étudiants ne perçoivent pas que le gouvernement Charest négocie de bonne foi, vu ses déclarations controversées...

    Loin de se rétracter, le PM Charest en ajoute en déclarant qu'il y avait longtemps qu'il attendait les fédérations étudiantes a la table de négociations. Prend-il tout le monde pour des valises, ou quoi? Si c'est le cas, c'est lui qui devrait faire ses valises et amener avec lui toute sa gang sur le bateau de Tony Accurso...

  • plan sud - Inscrit 25 avril 2012 07 h 11

    Gowlings

    Ce bureau d'avocat qui compte un 10e de succursale dans l'ensemble du canada, s'occupe aussi de tout ce qui touche le domaine de la construction. 700 avocats qui s'y affairent de l'achat de terrain, les affaires autochtones...les soumissions...

    Comment devant une telle expertise ne pas y voir, par l'entremise de Me Pilote, toute l'ouverture du gouvernement dans les discussions avec nos représentants étudiants.

    MMe la ministre nous informait hier qu'elle ne particpe pas à la table de négociation...laissant les équipes en place...

    Hey, les étudiants sortez de là...une vraie mascarade ca!!!