Non à un retour forcé

Des étudiants et les forces de l’ordre se sont opposés, hier matin, au centre-ville de Montréal.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants et les forces de l’ordre se sont opposés, hier matin, au centre-ville de Montréal.
La Fédération qui regroupe les syndicats de professeurs d'université s'oppose désormais à un retour forcé en classe et dénonce la judiciarisation du conflit, estimant qu'elle a créé un climat de peur dans lequel il est impossible d'offrir des cours.

En conférence de presse, hier à Montréal, le président de la Fédération québécoise des professeurs d'université, Max Roy, a parlé d'une situation intenable pour ses membres.

«L'obligation d'enseigner, dans les circonstances, favorise la discrimination entre les étudiants. Elle place les professeurs dans une position intenable de devoir arbitrer des conflits d'opinions et de défier les décisions prises démocratiquement par les associations étudiantes dûment constituées», a-t-il fait valoir.

Pendant ce temps, le comité de coordination de Profs contre la hausse a décidé d'utiliser l'ironie pour dénoncer les arrestations d'enseignants, la présence policière dans les établissements et l'intimidation exercée par des agents de sécurité. Certains d'entre eux devaient se livrer aux policiers «de façon préventive», hier après-midi, au quartier général de la police à Montréal.

Sur le terrain, pendant ce temps, les actions étudiantes se sont poursuivies.

L'Université du Québec en Outaouais (UQO) a de nouveau été le théâtre de confrontations violentes, et la direction a annoncé après dîner que les cours étaient annulés pour la journée dans les pavillons Alexandre-Taché et Lucien-Brault.Trois autobus en provenance de Montréal avaient plus tôt emmené des étudiants venus appuyer leurs collègues de Gatineau. Les manifestants ont réussi à pénétrer dans les pavillons, malgré une importante présence policière et en contravention d'une injonction du tribunal.

Les policiers ont utilisé des gaz irritants pour les faire reculer à un certain moment, mais les jeunes sont revenus à la charge. Durant les affrontements, au moins quatre étudiants ont été blessés à la tête à coups de matraque. «Je me sens comme dans une dictature», a lancé Laurent Paradis-Charette, un étudiant.

Les étudiants qui sont entrés se seraient livrés à des actes de vandalisme dans l'établissement, «des dommages considérables» selon la police. Les policiers ont procédé à l'arrestation d'environ 150 d'entre eux. Cela porte à plus de 300 le nombre d'arrestations en deux jours.

En fin d'après-midi, le recteur de l'UQO, Jean Vaillancourt, visiblement déconcerté par la tournure des événements, a annoncé que l'établissement serait fermé aujourd'hui. «Le personnel et les étudiants de l'UQO ont besoin d'une pause. Ils ont besoin d'un moment pour pouvoir assurer une atmosphère de travail paisible et des circonstances, un environnement de formation propice à l'apprentissage et, à ce stade-ci, il est impossible pour moi de vous assurer de la sécurité des gens demain [vendredi]», a-t-il dit.

De son côté, l'Université de Sherbrooke, qui prévoyait reprendre les cours dans toutes les facultés touchées par un débrayage à compter de midi, comme le lui ordonnait une injonction délivrée la veille par la Cour supérieure, a renoncé à le faire.

Montréal n'a pas été épargnée, un affrontement entre policiers et manifestants s'identifiant au mouvement étudiant a éclaté vers 8h30, hier matin, au centre-ville. Une bousculade s'est produite, des gaz irritants et un engin fumigène ont été lancés par les policiers, forçant les étudiants à se déplacer. Deux personnes ont été arrêtées.
9 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 20 avril 2012 10 h 48

    Défaite du mouvement étudiant ... ou du gouvernement ? Plutôt la médiation !

    La CLASSE, elle est certainement consciente du fait que la ministre vise en particulier son organisation et sa combattivité, en lui tendant un piège grossier, exigeant d’elle de condamner toute forme de «violence», y compris ce qui relève des actions légitimes de mobilisation et de résistance qui font partie de l’existence de tous les mouvements sociaux, qu’ils soient étudiants, syndicaux, féministes, indépendantistes, écologistes, etc. L’injonction de la ministre, à la fois prétentieuse, naïve et perverse, est donc absolument et intégralement déraisonnable.

    Stratégiquement, la CLASSE pourrait condamner toutes les actions violentes contre-productives qui nuisent au mouvement étudiant (y compris celles d’agents provocateurs à la solde de l’État), tout en déplorant la violence morale qu’elle subit de la part de certains ministres, ainsi que la violence policière commandée par le gouvernement contre les étudiants et professeurs, sans compter la violence économique qui résulte du dégel des frais de scolarité.

    Pour mettre fin à la crise et au saccage gouvernemental de l’école, le premier ministre doit nommer sans délai un comité de médiation qui pourrait être sous la responsabilité de Monsieur Claude Castonguay, et démettre immédiatement la ministre de l’éducation de ses fonctions si elle n’a pas eu la sagesse d’offrir sa démission. C’est ce que demande majoritairement un milieu scolaire tenu au devoir de réserve.

    Yves Claudé - citoyen, sociologue, et parent d’élève

  • Donald Bordeleau - Abonné 20 avril 2012 23 h 25

    Un moratoire.

    Les étudiants sont maintenant en position de force. La patience n'entend pas le nombre d'année.

    Donc il importe aux étudiants de tenir jusqu'à ce que le gouvernement déclare un moratoire sur les frais de scolarité.

    Sinon, il y aura encore du grabuge. Il serait raisonnable de la part du parti libéral d'agir dès maintenant.


    Je serais ( verbe conditionnel ) de la manifestation pour le jour de la terre à Montréal le 22 avril.

  • MaximeV - Inscrit 22 avril 2012 15 h 10

    Moratoire = défaite étudiante

    À ce moment de la crise, un moratoire sur la hausse des frais de scolarité n'est vraiment pas souhaitable !

    Nous connaissons tous déjà la volonté de ne pas négocier et de ne pas écouter les revendications étudiantes de la part du gouvernement. Si un moratoire est déclenché et que les étudiants retournent en cours, il y aura à nouveau des consultations "bidon" entre le gouvernement et les étudiants (comme celle du 6 décembre 2010) et les étudiants se feront imposer une hausse semblable dans budget 2013.

    Or après une grève d'au moins 10 semaines, il sera beaucoup plus difficile pour les étudiants de se remobiliser...
    Regardez ce qui s'est passé après la grève de 2005 : après s'être entendu avec les étudiants sur le programme de prêts et bourses, le gouvernement a ensuite décidé d'augmenter les frais de 500 $ sur 5 ans (de 2007 à 2012). Le mouvement étudiant était essoufflé et n'a pas pu faire reculer le gouvernement.

  • Roland Berger - Inscrit 22 avril 2012 17 h 13

    Rentre chez toi, petit morveux !

    « “Je me sens comme dans une dictature”, a lancé Laurent Paradis-Charette, un étudiant. » Bien sûr, les échines souples lui diront de rester chez lui et de reprendre ses cours sans chialer. Ces gens pratiquent leur mode de violence, en toute tranquilité, protégeant leurs postes ou leurs économies.
    Roland Berger

  • Roland Berger - Inscrit 22 avril 2012 17 h 17

    Des policiers coincés, mais...

    Bien sûr, les policiers ordinaires ou membres des escouades anti-émeutes sont coincés entre l'obligation qu'ils ont prise de respecter les ordres de leurs patrons, lesquels, si on remonte à la source, sont les élus du gouvernement. Rien ne leur interdit toutefois de se rappeler leur propre itinéraire. Combien d'entre eux ont profité de bourses d'études pour devenir policiers ? Combien d'entre eux continuent de payer année après année les emprunts qu'ils ont dû effectuer pour faire Nicolet ?
    Roland Berger