Injonctions, actions musclées et menaces de mort

Des étudiants favorables et défavorables à la grève ont manifesté hier devant le cégep de Valleyfield, empêchant ainsi la reprise des cours.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants favorables et défavorables à la grève ont manifesté hier devant le cégep de Valleyfield, empêchant ainsi la reprise des cours.

Manifestement loin d'avoir atteint son comble après 60 jours de débrayage, la tension est encore montée d'un cran hier, dans le conflit opposant les étudiants et le gouvernement sur la hausse des droits de scolarité.

À bout de patience, les administrations des collèges et des universités et celle des étudiants opposés à la grève ont de plus en plus recours aux tribunaux pour mettre fin au conflit. Après l'UQAM, au tour de l'Université de Montréal d'obtenir une injonction interlocutoire provisoire jusqu'au 20 avril pour que les accès de l'établissement ne soient pas bloqués.

«C'est dommage que les administrations poursuivent avec l'argent des droits de scolarité. C'est comme si les étudiants payaient pour se faire traîner en cour! a déclaré au Devoir Stéfanie Tougas, présidente de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM). On voit que les universités et les administrations ont tendance à se ranger derrière le gouvernement au lieu de défendre et de représenter ses membres.»

En vertu de cette injonction, obtenue après une négociation avec les associations étudiantes, le rectorat a dit vouloir permettre le libre accès aux salles de classe à tout étudiant qui veut assister à ses cours et a invité les enseignants à se présenter en classe pour donner leurs cours.

Le syndicat des professeurs de l'Université de Montréal, qui n'a pas été consulté ni avisé des démarches judiciaires, s'est indigné de cette directive. «Ça ne touche pas les professeurs directement mais indirectement, oui, ça touche à la tâche professorale. On trouve la démarche assez dure de la part de l'Université de Montréal, a indiqué le président, Jean Portugais. Cette façon de gérer par la force et l'imposition d'un contexte législatif va à l'encontre des valeurs de l'université.»

Des professeurs tentent actuellement de rassembler des appuis pour faire une déclaration commune afin de se dissocier de la position de la direction de l'Université de Montréal. Les étudiants ne se laisseront pas intimider, a promis Mme Tougas. «Ça va plutôt les encourager à monter le ton.» Hier, en assemblée générale, l'Association des étudiants en science politique et en études internationales de l'Université de Montréal a ajouté à son mandat de grève la réclamation de la démission du recteur, Guy Breton.

Autres recours aux tribunaux


Une injonction a également été obtenue mardi par le Conservatoire de musique de Montréal, dont les étudiants sont aussi en débrayage. Plusieurs étudiants opposés à la grève se sont également adressés aux tribunaux pour obtenir une garantie d'accès à leurs cours, notamment à l'Université du Québec en Outaouais et à l'Université Laval, où un deuxième étudiant a obtenu une injonction hier. L'audition d'une requête en injonction d'un étudiant de l'Université du Québec à Rimouski devait avoir lieu ce matin.

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, déplore ces «tactiques d'intimidation via la judiciarisation». Elle reconnaît toutefois que tant du côté des étudiants anti-grève que pro-grève, les mises en demeure se multiplient. Cela contribue à faire monter la tension «plus que nécessaire», constate-t-elle. «Chaque fois on atteint un palier de tension plus élevé et chaque fois, on le dépasse. Est-ce que ça peut monter encore? Je le crains. J'espère qu'on va avoir une réponse du gouvernement du Québec autre que le retour en classe», a dit Mme Desjardins.

Du côté collégial, il est minuit moins une pour la Fédération des cégeps du Québec, qui reconnaît que le point de non-retour pour l'annulation de la session, fixé à la mi-avril, est imminent. Toutefois, la décision de recommencer ou non l'enseignement demeure délicate malgré le mot d'ordre de Québec. Accompagné de directeurs de collèges, le président-directeur général de la Fédération des cégeps devait tenir une conférence de presse ce matin pour faire le point sur sa situation critique.

Quant au collège de Valleyfield, où les étudiants sont en grève depuis le 20 février, il a dû renoncer à forcer un retour en classe, hier. Des échauffourées entre étudiants pour et contre le mouvement de grève ont obligé l'établissement à annuler ses cours pour la journée.

Menaces de mort

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, auraient été victimes de menaces de mort qui seraient liées au mouvement étudiant, selon les informations qu'a obtenues Radio-Canada hier.

Sans toutefois confirmer leur identité pour des raisons de confidentialité, la Sûreté du Québec (SQ) confirme qu'elle mène actuellement une enquête concernant trois menaces, deux à Montréal et une en Montérégie, proférées à l'endroit de «ministres du gouvernement du Québec».

Pour le moment, seul un homme de 33 ans a été arrêté par les policiers dans la nuit de mercredi à hier en lien avec l'une des menaces proférées à Montréal, celle-là sur Internet. Il a été relâché avec promesse de comparaître.

Quant à la nature des actes faisant l'objet d'une enquête, la porte-parole de la SQ Ingrid Asselin s'est contentée d'évoquer des menaces à «l'intégrité physique» des ministres, «mais pas d'agression». Selon Radio-Canada, il s'agirait à la fois de messages sur Internet et d'«objets» laissés au domicile des ministres Beauchamp et Fournier.

Ni le cabinet de la ministre de l'Éducation, ni celui du ministre de la Justice n'ont voulu faire de commentaires. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) s'est pour sa part dissociée des événements. Son président, Léo Bureau-Blouin, croit qu'«il est temps d'apaiser les tensions» et que «le meilleur moyen de régler le conflit, c'est toujours de se réunir autour d'une table pour négocier».

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Avec la collaboration de Karl Rettino-Parazelli
Avec La Presse canadienne
39 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 13 avril 2012 02 h 13

    Pour mettre fin à une gestion désastreuse : un moratoire sur le dégel !

    La gestion désastreuse du conflit étudiant par un gouvernement en déroute, qui accumule jour après jour des erreurs stratégiques dommageables pour le monde scolaire, doit avoir une fin.

    Le gouvernement Charest s’est montré absolument incapable de comprendre les enjeux sociaux et scolaires soulevés par le mouvement étudiant. Sa stratégie a pris la forme d’une fermeture de principe, de la mise en place d’un discours propagandiste avec une pseudo-éthique qui a rapidement tourné à vide, pour aboutir dans une situation de panique, à la tentative de prendre en otage les directions scolaires et les enseignants, pour fomenter un coup de force judiciaire et administratif contre un mouvement étudiant qui a pourtant établi sa légitimité démocratique.

    Si le gouvernement arrivait, en effectuant un détournement politique des institutions et ressources étatiques, à infliger une défaite provisoire au mouvement étudiant, ce serait une victoire de la honte et de la lâcheté, qui se ferait non seulement au prix d’une dégradation majeure du contexte des études postsecondaires, mais aussi dans un discrédit déplorable de nos institutions.

    C’est pourquoi, à défaut d’avoir été à même d’établir le moindre dialogue sérieux avec le mouvement étudiant, le gouvernement, en voie de totale délégitimation, n’a plus qu’une étroite porte de sortie de crise : un moratoire sur le dégel des frais de scolarité jusqu’aux élections !

    Yves Claudé

    • dany tanguay - Inscrit 13 avril 2012 08 h 52

      Je suis parfaitement d'accord avec vous M.Yves Claudé, ce gouvernement est en train de produire un gâchis extraordinaire dans son entêtement à ne pas écouter ces étudiants qui sont notre avenir. Il fait tout pour créer des divisions dans le mouvement étudiant, afin qu'ils se chicanent entre eux. Pour ceux qui ont écouté le reportage de "Enquêtes" hier soir à Radio-Canada où l'on nous démontre la corruption de ce gouvernement, seulement cela est une bonne raison de prendre la part de ce mouvement étudiant qui tente de nous ouvrir les yeux sur ce que ce gouvernement fait avec l'argent des contribuables.

    • LBC - Inscrit 13 avril 2012 16 h 51

      Bonjour !

      Vous pouvez aller voir la petition en ligne pour réclamer la tenue d'un moratoire sur la hausse des frais de scolarité au lien suivant :

      https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-2801/index.html

  • Daniel Hémond - Inscrit 13 avril 2012 02 h 41

    Ça va mal

    Le gouvernement Libéral de John-James Charest patauge dans la mouise. Il accepte d'accorder des augmentations aux policiers qui à leur tour utilisent les matraques et le gaz pour venir à bout des étudiants. Il donne aux médecins tout ce que ces riches messieurs exigent en faisant du chantage. Comme le disait Charest chacun doit faire sa part... Le gouvernement donne des milliards aux compagnies qui se servent de l'Énergie d'Hydro. Le gouvernement donne des droits aux compagnies minièeres et gazières avec des redevances minables... Chacun doit faire sa part... Mais aux étudiants qui ne gagnent pas encore leur vie on demande de payer de plus en plus... Qui fait sa part au Québec, mis à part la classe moyenne qui se fait tondre et les générations futures qui devront payer les déficits des Libéraux de John-James Charest? Les plus pauvres et les sans pouvoir sont toujour abusés alors que les amis du régime corrompu s'amusent.

  • Marion Theroux - Abonné 13 avril 2012 02 h 57

    Inaction irresponsable

    De l'action d'un côté, de l'inaction de l'autre. Pourquoi les antigrèves ne dirigent-ils pas toutes leurs injonctions vers le gouvernement pour le faire bouger, le responsabiliser. À ce stade, la passivité du gouvernement devient de l'irresponsabilité et c'est bien cette irresponsabilité qui paralyse et fait perdre tout ce temps à tout ce monde. Bon sang, adressez donc vos injonctions aux élus pour les forcer à se déclarer "présents" et s'assoir à la table.

  • Catherine Paquet - Abonnée 13 avril 2012 04 h 54

    Se réunir autour d'une table pour négocier

    Belle formule, mais vide de sens pour des observateurs qui ont bien entendu et bien compris que l'objectif des leaders étudiants est de faire reculer le gouvernement. Il n'y a rien à négocier, puisqu'il n'y a pas de propositions, il n'y a que des décisions.

    • Rémi Lesmerises - Abonné 13 avril 2012 12 h 15

      Des propositions il y en a des douzaines, mais évidemment pas acceptable pour Charest. Jamais il ne se résoudra à diminuer les profits de ses chers amis bailleurs de fonds de son parti de corrompu pour diminuer la hausse...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 avril 2012 05 h 25

    Brrrrrrr !

    Injonctions, actions musclées et menaces de mort ?

    Voyons donc, ça pas de bon sens que cette grève tourne ainsi au vinaigre : on dirait que, de plus en plus, et avec les raisons évoquées, louables ou non, le gâchis s'y installe !

    De ce qui précède, une question :

    Pourquoi et à qui profite cette situation de grève ?

    Quels sont ses véritables enjeux ?

    Brrrrrrr ! - 13 avril 2012 -

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 avril 2012 11 h 05

      Oui, il va falloir "fafouiner" encore plus longtemps que prévu pour comprendre ce qui pousse tant le gouvernement à espérer que la grève lui profite au lieu de profiter à ceux qui en ont le plus besoin, et surtout à une société éduquée et capable de décider de son avenir, à long terme.

      En ce moment, ceux qui en profitent le plus, ce sont les avocats et les policiers.

    • Lise Moga - Inscrite 15 avril 2012 15 h 15

      @ Marcel Blais Vous posez les bonnes questions: "Pourquoi et à qui profite cette situation de grève? Quels sont ses véritables enjeux ?"

      J'ai hâte de connaître qui se cache sous cette façade de désordre public.