Grève étudiante - Des idées pour mettre fin au «gaspillage»

Les fédérations étudiantes proposent de geler certains budgets des universités afin de pouvoir maintenir le gel des droits de scolarité. Les recteurs n'accordent aucune valeur à leurs calculs et affirment que l'éducation se détériorerait si un tel plan s'appliquait.

Après avoir étudié les finances des universités québécoises, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) suggèrent de geler pendant cinq ans dix postes budgétaires universitaires qui ne seraient pas liés à l'enseignement, à la recherche ou aux services aux étudiants. Les impressions et photographies, les communications, les honoraires de consultants et les frais de déplacement font partie du «gras» où il faut couper, selon les étudiants.

Les fédérations estiment que du «gaspillage» a cours dans ces postes budgétaires qui sont en croissance ces dernières années, et jugent que stopper cette croissance permettrait d'économiser 289,3 millions de dollars par année, soit plus que ce que représentera en 2017 la part de la hausse des droits de scolarité de 1625 $.

La Fédération propose aussi d'harmoniser les salaires des membres de la haute direction de toutes les universités avec ceux du réseau de l'Université du Québec.

«On a fait finalement le travail qu'on demandait à la ministre [de l'Éducation, Line Beauchamp] de faire depuis très longtemps et on voit que le gel des droits de scolarité est possible sans aller taxer davantage la classe moyenne et sans brimer les services aux étudiants», a expliqué la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

Le président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Daniel Zizian, juge que les étudiants ont tout faux. «Ce n'est certainement pas comme ça qu'on va pouvoir maintenir et accroître la qualité de la formation et de la recherche dans les universités québécoises, a-t-il répliqué. Ce gel [des budgets] mènerait à la dégradation de la qualité de l'enseignement et de la recherche.» Il rappelle qu'une étude de la CREPUQ de 2010 a dévoilé que les universités québécoises composent avec un écart de financement de 620 millions par rapport aux autres universités canadiennes.

Rejet des recteurs

Oui, il peut y avoir des améliorations quant aux budgets — les universités sont d'ailleurs déjà engagées dans diverses mesures pour économiser —, mais «de dire qu'il y a du gras, c'est vraiment être complètement à l'extérieur de la réalité des choses», ajoute M. Zizian.

Il est d'ailleurs surpris des propositions de la FEUQ, alors même que les étudiants demandent un enseignement «à la fine pointe de la technologie».

Québec solidaire (QS) a aussi présenté un plan hier pour éviter la hausse des droits de scolarité contestée: taxer les institutions financières. Le parti propose au gouvernement libéral de ramener la taxe sur le capital versé, abolie en 2011, pour engranger des revenus de 228 millions par an. Le parti propose que le taux de taxe soit de 0,6 %, alors qu'il était de 0,98 % en 2007.

QS hausserait même cette taxe pour arriver à la gratuité des études postsecondaires. «Le Québec en a les moyens parce qu'il a de très grandes banques, très riches, qui peuvent contribuer au développement du savoir, a affirmé la coporte-parole du parti, François David. Elles peuvent le faire sans rien y perdre, ou si peu.»

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L'après-grève s'organise

Les universités montréalaises font des plans pour que la session d'hiver se termine en règle après la grève étudiante.

Les étudiants de l'Université de Montréal ont reçu hier un message de la direction les informant qu'ils pourront annuler leur session, sans impact sur leur bulletin et sans remboursement, jusqu'au 18 avril. La direction prévoit que les cours pourront être repris jusqu'au 15 juin.

À l'UQAM, la Commission des études a décidé de reporter la session d'été. Au lieu de commencer en mai, elle débutera à la fin de juin pour laisser le temps aux étudiants de terminer leur session en cours jusqu'au 22 juin. L'Université Concordia n'a pas fait part de ses intentions, ce que l'Association des étudiants des cycles supérieurs dénonce.