Grève étudiante - Des profs appréhendent le retour en classe

Un camionneur attend patiemment que des étudiants en grève libèrent l’accès au port de Montréal. Cette nouvelle perturbation économique aura duré environ une heure hier matin.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un camionneur attend patiemment que des étudiants en grève libèrent l’accès au port de Montréal. Cette nouvelle perturbation économique aura duré environ une heure hier matin.

Sur quoi noter un étudiant qui n'a eu que la moitié de ses cours? Annie Lalancette, chargée de cours au Département de géographie et d'urbanisme de l'Université Concordia, se le demande. «Je suis prof et je n'en ai aucune idée. Je n'ai donné que 7 cours sur 13. Frederick Lowy [le principal de l'Université] dit que tous les profs ont la liberté académique d'évaluer les étudiants, mais comment on fait quand certains n'ont pas eu la matière?» interroge-t-elle.

La doctorante note que le seul accommodement que les professeurs ont eu, c'est une extension de cinq jours de la remise des notes. «J'ai deux choix comme prof. Ou je donne [une demi-session] de cours et j'évalue les élèves sur ça et je sacrifie la qualité du diplôme académique de Concordia, ou bien je leur dis de s'arranger en envoyant la matière par Internet et je fais une évaluation sur ça. Mais là, ça dévalorise l'enseignement en classe. On n'a plus besoin des profs.»

Des levées de cours ont eu lieu dans certaines universités, mais à Concordia, l'administration a insisté auprès des enseignants pour que tout se déroule normalement, même dans les départements où il y avait grève. «Dans notre département, la direction a pris la ligne dure contre les étudiants. On n'a eu aucun support. On nous dit d'être créatifs, mais ça met tellement de pression sur le dos des profs», a renchéri Véronique Bussières, qui étudie et enseigne au même département que sa camarade Annie. «Certains profs en viennent à se fâcher contre la grève, non pas parce qu'ils sont contre les principes, mais à cause de la position dans laquelle ça les met, déplore-t-elle. Ils sont pris en sandwich et ce sont eux qui finissent par payer.»

L'administration de Concordia aurait fait savoir à tout le corps professoral que des vérifications auraient lieu dans le cas où les étudiants ont trop de «A». «Ils vont vérifier nos évaluations si nos élèves réussissent, mais si tout le monde coule, ils ne feront rien», dénonce Annie Lalancette.

Si les inquiétudes à l'égard de la session sont partagées par plusieurs dans les réseaux collégial et universitaire, certains enseignants bénéficient toutefois de plus de compréhension. Caroline Proulx, enseignante de français au collège Ahuntsic, reconnaît que la direction collabore. Cela n'empêche pas l'inquiétude de régner au sein du corps enseignant. «On est inquiet parce que pour nous, la transmission des connaissances est fondamentale. Mais on ne fera pas de cadeaux au gouvernement», a dit Mme Proulx, engagée dans Profs contre la hausse.

En clair: il n'est pas question pour les enseignants de démonter trop de souplesse, comme accepter de donner des cours la fin de semaine ou de sabrer leurs deux mois de vacances. Cela enlèverait la pression sur le gouvernement, a-t-elle indiqué. «Nous, ce qu'on veut, c'est que le gouvernement soit obligé de négocier. Et pour l'instant, c'est difficile de prévoir quoi que ce soit pour la reprise des cours. C'est le flou total, constate Mme Proulx. On est content de voir notre jeunesse se mobiliser, mais on a hâte de les voir en classe. Mais pas à n'importe quel prix.»

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Charest minimise la contestation


Fraîchement débarqué au Brésil, le premier ministre Jean Charest a minimisé hier le mouvement de protestation des étudiants. «Le mouvement étudiant n'est pas monolithique. Il y a une majorité d'étudiants qui ont continué à suivre leurs cours.»

Il a aussi soutenu que le mouvement ne peut être qualifié de grève. «Ce n'est pas une grève. Le gouvernement du Québec n'est pas l'employeur des étudiants et les étudiants ne sont pas des employés du gouvernement du Québec.»

La hausse des droits de scolarité n'est pas un enjeu électoral, a également déclaré le premier ministre, qui regrette que d'autres considèrent que cette question pourrait être débattue en campagne électorale. «On ne voit pas ça comme un enjeu électoral, d'ailleurs, il n'y en a pas d'élection.» (La Presse canadienne)
13 commentaires
  • Slo Mo - Inscrit 11 avril 2012 01 h 56

    Autrement dit

    Le message de Charest c'est : " On a pas besoin de vous, les grévistes."

    En cette ère de mondialisation, il eut été souhaitable que les gens envisagèrent un modèle social plus équitable envers les gens issus de milieux modestes.

    Face au débat sur la hausse des frais de scolarité, ces modestes viendront nous dire qu'il la font, leur part, et que les étudiants sont gâtés de pouvoir payer si cher leur éducation (s'ils le peuvent..)

    C'est à n'y rien comprendre. Frustration, envie? Affirmation de soi? Incompréhension? Ignorance? Qu'est-ce qui motive les gens qui en arrachent à refuser l'égalité des chances dans la vie?

    • EKim Pellerin - Inscrite 11 avril 2012 13 h 23

      Exactement !

  • RobertB - Inscrit 11 avril 2012 07 h 00

    Bin voyons!

    Les profs, faites comme chez moi au secondaire, notez les élèves sur les compétences acuises et non pas sur les connaissances. Vous ferez ainsi plaisir à tous ses jeunes où la notion d'effort est très relative et à Pauline Marois, maman de cette belle Réforme toute croche et garochée où les premières vicitmes sont maintenant au cegep.
    Après tout, il semble que vous appuyez la grève; donc notez ce qu'ils ont appris sur le terrain.

    • Raven - Inscrit 11 avril 2012 09 h 56

      +1 Je suis entièrement d'accord avec vous.

    • Lise Moga - Inscrite 11 avril 2012 15 h 07

      La normalisation des résultats scolaires n'a-t-elle pas cette fonction de réduire les écarts... entre le savoir et l'ignorance.

    • Donald Bordeleau - Abonné 11 avril 2012 23 h 26

      Nous avons des recteurs bien complaisants avec le patronat et le gouvernement. De plus depuis 2006, les recteurs ont été gavés avec un fond de pension amélioré payé sur le budget d’opération des universités en su du fond de pension des fonctionnaires. La sagesse populaire nous enseigne que << Quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage >>.
      C’est vrai dans le débat actuel sur les hausses, quand on veut se débarrasser d’acteurs politique gênants, même s’il s’agit de notre jeunesse que nous avons éduquée nous-mêmes, on utilise des sophismes en guise d’éteignoir comme qu’ils sont des radicaux paresseux, égoïstes et plaignards, qui apportent le désordre.

  • Sanzalure - Inscrit 11 avril 2012 07 h 48

    De la poudre aux yeux

    Minimiser ce qui se passe en prétextant que le gouvernement n'est pas l'employeur des étudiants et que nous ne sommes pas en campagne électorale, c'est la preuve que Jean Charest est complètement dépassé par les événements et qu'il prend la population pour des idiots.

    D'autre part, pour diriger une école, il faut au moins aimer les enfants. En se comportant comme elles l'ont fait, plusieurs administrations ont fait la preuve qu'ils n'aiment pas les jeunes et n'en ont rien à foutre de ce qui va leur arriver dans la vie. À mon avis, ces administrations devraient être renvoyées et remplacées par des personnes qui sont d'abord au service des jeunes et du partage de la connaissance.

    Serge Grenier

  • François Dugal - Inscrit 11 avril 2012 08 h 16

    La diplomation

    L'obsession de la diplômation à tout crin de la part des directions scolaires aplanira toutes les appréhensions.
    Le respect des objectifs pédagogiques, connaît pas.

    • helene poisson - Inscrite 11 avril 2012 13 h 15

      Augmenter les frais de scolarité n'est qu'une première étape.

      Avant de rentabiliser la qualité de l'enseignement (lire: diminuer).

      Généraliser les cours par internet fait partie de la seconde étape.
      Pour le reste, il y a des chargés de cours, des auxiliaires

      L'obtention d'un diplôme universitaire ne prouvera rien de plus que son détenteur avait les ressources financières suffisantes pour son obtention.

      L'argent des étudiants sert déjà à ériger quelques pyramides universitaires. Les gestionnaires auront la paix dans ces temples, comme celui de l'UdeM à Outremont.

      ''Qui appauvrit les étudiants, s'enrichit'', nouvelle version d'un viel adage

  • jean brunet - Inscrit 11 avril 2012 08 h 21

    Opinion

    + Robert B