La grève se judiciarise

Des étudiants de l’Université McGill, manifestant hier devant leur établissement pour dénoncer la hausse des droits de scolarité.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants de l’Université McGill, manifestant hier devant leur établissement pour dénoncer la hausse des droits de scolarité.

Après les procédures d'injonctions au collège d'Alma, à l'Université de Montréal et à l'Université Laval, la grève étudiante se judiciarise dans deux autres établissements d'enseignement. Alors que l'Université du Québec à Montréal a déposé une demande d'injonction visant les exécutants des associations en débrayage, l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) a pour sa part été mise en demeure par 69 étudiants pour qu'elle suspende la levée de cours qu'elle a décrétée peu de temps après que la grève eut été votée, le 27 février dernier.

«Pour nous, l'été, c'est la période où on peut travailler et amasser des fonds pour l'année suivante», a expliqué Marc-André Jourdain, étudiant en génie mécanique à l'UQAR, pour justifier sa démarche et celle de ses camarades.

Le 12 mars dernier, la grève a été reconduite pour une durée indéterminée, jusqu'à ce que la ministre de l'Éducation fasse une offre satisfaisante. Il y a pourtant urgence de rétablir les cours, a souligné M. Jourdain. «On a encore deux semaines de marge de manoeuvre, mais après ça, selon les informations de l'université, la situation va être plus que critique», a-t-il indiqué.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, déplore cette judiciarisation du conflit. «C'est un conflit qui est politique et la justice ne doit pas servir, quand tu as perdu sur le terrain de la démocratie, à venir casser une décision qui est déjà prise», dénonce-t-il. Il voit cette vague de demandes d'injonction comme le symptôme d'un conflit qui traîne trop en longueur. «Avec les injonctions et les actions, il y a un peu une escalade et la responsabilité du gouvernement, c'est de trouver une façon d'étouffer le feu en ouvrant le dialogue», a-t-il ajouté.

Finn Makela, professeur à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke, soutient que le conflit est beaucoup plus judiciarisé qu'en 2005. «J'en ai vu des grèves et c'est la première fois que je vois ce discours antigréviste être aussi fort», a dit le directeur des programmes de common law et droit transnational.

Autres recours

Laurent Proulx, l'étudiant de l'Université Laval qui réclamait devant les tribunaux le droit d'assister à son cours d'anthropologie, a pu y avoir accès hier, pour la première fois depuis près de deux mois. Le juge de la Cour supérieure Bernard Godbout a ordonné une injonction interlocutoire provisoire qui ne s'applique toutefois que pour lui, et non à l'ensemble de l'établissement.

Il s'en réjouit néanmoins puisqu'elle ouvre la porte à d'autres recours d'étudiants qui se disent lésés par la grève.

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Avec La Presse canadienne

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Une fausse lettre de recteurs

Une fausse lettre signée par trois anciens recteurs appuyant le mouvement étudiant a été envoyée hier aux médias québécois.

Dans ce texte envoyé par courriel, Léo-A. Dorais, Michel Gervais et Louis-Edmond Hamelin imploraient le gouvernement de «revenir» sur sa décision de hausser les droits de scolarité, en plus de critiquer les recteurs en poste, qui appuient la décision.

Michel Gervais, ex-recteur de l'Université Laval, a indiqué qu'il s'agissait d'une fausse lettre d'opinion, après avoir reçu plusieurs demandes d'entrevue. «Si on me l'avait présentée, j'aurais refusé de la signer», a-t-il affirmé. La personne ou le groupe derrière ce canular est inconnu.
33 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 avril 2012 00 h 42

    C'est une gr`ve ou ce n'est pas une grève?



    J’ai écouté trois entrevues à L’ ÉMISSION DE Paul Houde du 4 avril 2012. Il demande à l’avocat de Proulx : « Vous qui êtes avocat, doit-on parler de grève étudiante ou… ». L’avocat lui répond : « Selon le code du travail au Québec, le droit de grève est réservé aux salariées du Québec ». Et Houde de répondre : « C’est exactement ce que je pensais ». Puis, on entend qu’il fait une entrevue avec le leader de la CLASSE, Nadeau-Dubois. Nadeau-Dubois lui dit en pleine face que c’est une GRÈVE LÉGALE, que leur ligne de piquetage est légale… Et Paul Houde ne réagit pas du tout, surtout qu’il vient de dire qu’il était d’accord avec l’avocat et ce même si l’entrevue avec Dubois a été fait avec de celle avec l’avocat.


    EN PASSANT, un journaliste devrait aller demander aux recteurs d’université, directeur de CEGEP ou au gouvernement lui-même : comme les étudiants considèrent leur mouvement comme une GRÈVE, pourquoi ne pas faire comme les grosses compagnies et demander un maximum de 10 personnes sur la ligne de piquetage? Je sais qu’un Yves Boisvert va me sortir que ce n’est pas une grève réelle, donc qu’ils n’ont pas le droit mais si au moins un journaliste poserait la question à la présidente de la FEUQ ou à Nadeau-Dubois : « Et si les université demanderaient une ligne de piquetage symbolique, que diriez vous? »

    • arabe - Inscrit 4 avril 2012 08 h 44

      Ce n'est pas une grève au sens du code du travail. Cela signifie, entre autres, que les étudiants n'ont renoncé à aucun de leurs droits individuels quand bien même une majorité vote en faveur d'un boycott. Ceux qui boycottent ont le droit de boycotter, et ceux qui ne veulent pas boycotter ont le droit de recevoir leurs cours, tout particulièrement quand la majorité d'une classe donnée désire continuer à assister à ses cours.

    • arabe - Inscrit 4 avril 2012 08 h 54

      Ce n'est pas une grève au sens du code du travail. C'est pourquoi les étudiants n'ont renoncé à aucun de leurs droits individuels. Les boycotteurs ont le droit de boycotter et les non boycotteurs ont le droit d'assister à leurs cours. Et ce, tout particulièrement quand la majorité des étudiants d'une classe donnée désire la poursuite de leur cour.

    • Jean_Yves - Abonné 4 avril 2012 09 h 23

      Les dirigeants des Cegep et d’université réagissent comme des carpes, c’est eux qui auraient dû s’adresser aux tribunaux, et ce depuis le début.

  • arabe - Inscrit 4 avril 2012 07 h 31

    Il est impératif qu'elle se judiciarise dans les CEGEPS, si la direction des CEGEPS en boycott ne devient pas plus respectueuse des non boycotteurs.

    L'étudiant Bureau-Blouin a de nouveau raté une occasion de se taire, et Mme Gervais a de nouveau rater une occasion de ne pas le citer. Cet étu diant ne comprend toujours pas qu'il a perdu sur à peu près tous les terrains, à commencer par celui de la démocratie. En effet, la majorité étudiante ne boycotte pas ses cours.

    Et il ne comprend toujours pas que même si 70 % des étudiants d'un CEGEP votent en faveur du boycott des cours, cela n'empêche nullement bon nombre de non boycotteurs d'aller à leurs cours.

    En effet, les votes de boycott ne devraient se faire que par classe. Il n'y a aucune raison administrative pour qu'un cours n'ait pas lieu dans une classe où la majorité des étudiants désire poursuivre ce cours précis.

    Quand la majorité des étudiants d'une classe précise désirent boycotter leurs cours, je comprends que la direction d'un CEGEP annule ce cours pendant un certain temps. Mais pas quand la majorité des étudiants d'une classe précise désire poursuivre ses cours.

    • Francis Paradis - Inscrit 4 avril 2012 11 h 33

      Votre réponse est empreinte de raccourcis typiques et fallacieux.
      Si 42% des gens votent pour Charest aux élections, est-ce dire que les 58% qui ont voté autrement peuvent continuer de donner les impôts au précédent gouvernement PQ? Non.
      Il faut cesser d'infantiliser les étudiants. Ils sont des citoyens à part entière et méritent d'être écoutés au même titre que n'importe quel groupe de citoyen. Lorsqu'une association est reconnue dans son milieu, la décision d'une majorité de ses membres doit être reconnue comme la position officielle de l'ensemble de ses membres.
      Le principe est bon pour les travailleurs. Le principe est bon pour les citoyens qui vont aux élections. Le principe est bon pour les juges de la cour Suprême. Pourquoi ne serait-il pas bon pour les associations étudiantes?

    • arabe - Inscrit 4 avril 2012 17 h 28

      @Francis Paradis: il n'y a pas de raccourci dans ma réponse, mais votre réplique impliquant les impôts est centrée sur une généralisation abusive. Une loi vous oblige à payer vos impôts au gouvernement au pouvoir, même si vous n'avez pas voté pour le parti qui gouverne; dans ce cas, vous devez vous plier à la majorité.

      Mais aucune loi n'oblige une majorité de boycotteurs à imposer leur caprice à ceux qui ne veulent pas boycotter leurs cours; dans ce cas-ci, rien ne vous oblige à vous plier à la majorité. C'est là toute une différence.

      Un autre exemple: même si la majorité des utilisateurs d'une ligne de métro décidaient de la boycotter, ils n'auraient nullement le droit d'empêcher les non boycotteurs d'utiliser la ligne en question.

  • François Dugal - Inscrit 4 avril 2012 07 h 56

    Les juges

    Que ne ferait-on pas sans nos juges «à post-it»!

  • Regine Pierre - Inscrite 4 avril 2012 07 h 59

    De la solidarité et de l'individualisme

    Laurent Proulx aura eu beau se défendre d'être individualiste, hier, c'est ce qu'il est. La solidarité, c'est faire passer le bien commun avant le sien. C'est un bien triste exemple qu'il a donné là. Exactement ce que Jean Charest attendait. Au bout du compte, il va le regretter amèrement. J'espère qu'aux prochaines élections, les étudiants exerceront le droit de vote en grand nombre.

    Monsieur Charest, madame Beauchamps, votre performance dans ce dossier est lamentable. Un tel niveau de mépris pour la jeunesse est hors du commun.

    • André Michaud - Inscrit 4 avril 2012 09 h 02

      Les étudiants veulent TOUS payer moins pour qu'il leur reste plus dans leurs poches..ils sont dinc TOUS INDIVIDUALISTES et travaillent pour leur poche.

      Cependant ls étudiants qui sont plus fortunés et demandent rien pour eux mais plus pour les plus démunis...eux sont plus solidaires que individualistes....!!

    • meme40 - Inscrite 4 avril 2012 09 h 45

      Prière de ne pas oublier que Laurent Proulx, est un AUDITEUR LIBRE. ce qui signifie que il va au cours comme on va au cinéma . Cet état ne donne droit à aucun certificat, aucuns travaux, bref. simplement auditeur... Je ne comprends pas comment un juge a gobé l'urgence pour lui de ce cours qui n'a aucun rapport avec le fait d'être admis en droit l'automne prochain, puisqu'il n'en tire aucun crédit.bref... il faudrait peut-être chercher du côté des jeunes libéraux...si dévoués dans la langue de bois, autant qu'à leurs chefs.

    • Lise Moga - Inscrite 4 avril 2012 09 h 59

      Laurent Proulx a fait valoir ses droits. Les droits des uns s'arrêtent là où commencent les droits des autres.

    • Francis Paradis - Inscrit 4 avril 2012 11 h 43

      M. Michaud,
      Les étudiants qui manifestent présentemment ne subiront jamais la hausse complète. Ils ne se battent donc pas pour eux mais pour les générations à venir.
      Si vous aviez fait l'effort de vous renseigner, en lisant les études d'instituts indépendants, vous auriez vu que ce sont 7 000 étudiants de moins qui iront sur les bancs de l'université à cause de la hausse. Ce sont donc 7 000 médecins, ingénieurs, dentistes, pharmaciens, administrateurs, comptables, philosophes et sociologues (oui, ils sont importants eux aussi) qui n'iront jamais sur le marché du travail.
      Les étudiants savent qu'ils auront à payer la valeur complète de leur diplôme un jour. Ils le feront via l'impôt sur le revenu et la taxe à la consommation qui sont les moyens les plus justes et équitables de faire payer à l'État pour les services reçus à rabais.
      Le gouvernement, au lieu de prendre ces taxes et impôts pour refinancer l'éducation à rebours, préfère accorder des cadeaux fiscaux aux entreprises qui, d'ailleurs, sont parmi les premiers bénéficiaires de l'éducation supérieure puisque ce sont eux qui embauchent les diplômés. Tout est une question de priorité.
      Mais dans notre cas, les étudiants sont de loin les moins égoïstes dans ce combat.

    • Regine Pierre - Inscrite 4 avril 2012 17 h 04

      @Lise Moga. Voilà un bel exemple d'individualisme. Selon votre raisonnement, nous avons tous des droits différents. À chacun de les défendre. Au diable les droits collectifs et la solidarité. Quelle type de société on forme avec ce type de valeurs?

    • Francois G - Inscrit 4 avril 2012 17 h 15

      Arrêter de dire que les étudiants vont payer plus tard!
      Est-ce que les citoyens qui ne sont pas allés à l'université devraient payer moins d'impôts? Eux ils paient pour quoi?
      À les entendre, les étudiants sont en train d'étudier pour le bien de la collectivité, sans aucun intérêt personnel. Give me a break!
      On doit tout leur donner à ces beaux enfants-rois qui ne sont absolument plus capables de se faire dire non. On leur doit tout sans qu'ils n'aient aucune responsabilité en retour. Mais c'est correct, ils vont payer plus tard!
      Je ne suis pas d'accord avec une hausse aussi drastique mais il est plus que temps que les étudiants mettent de l'eau dans leur vin. On pourrait par exemple commencer par augmenter les frais des domaines d'étude où il y a un taux de placemement d'environ 100% avec de gros salaire (médecine, dentisterie, pharmacie). Est-ce un problème les médecins et pharmaciens qui ne remboursent pas leurs dettes d'étude? Non. Et tout le monde a droit à des marges de crédit mirobolante dès l'admission alors l'argument de l'accessibilité ne tient pas! Moi, en tous cas, j'avais pas un cenne quand j'ai commencé mon programme, je me suis endetté et je vais la rembourser ma dette, comme un grand.
      Mais non, continuez à dire : on va payer plus tard. On se demande pourquoi le Québec à une dette de 250 milliards après...

  • dany tanguay - Inscrit 4 avril 2012 08 h 47

    Ha ces juges.....

    Ha ces juges, toujours du côté de Goliath.....les associations ont raison de refuser une judiciarisation de cette bataille. Si tous les 570,000 étudiants s'étaient tous ralliés à ce mouvement au tout début, le gouvernement aurait plié en moins d'une semaine mais je me rends compte qu'il y a des individualistes dans les différentes générations de la population. C'est triste pour ce jeune homme qui sera étiqueté comme individualiste toute sa vie. Qui lui a monté la tête, peut-être que les journalistes pourraient aller fouiller et trouver qui est en arrière de tout ça....