Grève étudiante - L'impasse devra se dénouer au retour de Pâques

Fanfare et blocus pacifique devant la résidence du premier ministre Jean Charest, à Westmount.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Fanfare et blocus pacifique devant la résidence du premier ministre Jean Charest, à Westmount.

Autant de portes entrouvertes qui se referment. Les étudiants en grève refusent de discuter d'une hausse et la ministre de l'Éducation, d'autre chose que de la «juste part» des étudiants. Malgré l'impasse, le conflit devra trouver un dénouement d'ici le retour du congé de Pâques, soit le 10 avril. Sans quoi les cégeps n'auront plus aucune marge de manœuvre pour la reprise des cours.

«Après cette date, ça va être très problématique», confirme Carole Tessier, directrice des communications à la Fédération des cégeps. Elle indique que cela pourrait «coincer» pour deux raisons: d'abord, parce que le régime des études collégiales doit comporter 82 jours de cours. Deuxio, parce que la convention collective des enseignants prévoit deux mois consécutifs de congé rémunéré entre le 15 juin et le 1er septembre. Les cégépiens comptent actuellement pour plus de la moitié des 187 000 grévistes.

En 2005, une entente de principe était survenue le 1er avril et le retour en classe s'était graduellement fait dans la semaine du 4 avril, après six semaines de grève dans certains cas. Les étudiants des derniers établissements en grève ont repris le chemin de l'école dans la semaine du 11 avril. Tous les cégépiens avaient pu récupérer leurs cours avant la date butoir du 30 juin, se rappelle Mme Tessier.

Dans les universités, la reprise des cours s'était échelonnée dans certains cas au-delà du 1er mai et la session d'été avait été reportée. Les marges de manoeuvre ne sont pas les mêmes à l'université. Cela ne signifie pas que la prolongation de la session sera à moindre coût. «On n'a pas encore regardé ça dans le détail, mais ça va coûter cher, notamment en embauche de chargés de cours. Il y aura aussi des pertes au niveau des entreprises auxiliaires, comme les cafétérias, et les colloques qu'on ne pourra pas accueillir», a expliqué Jeanny Desrochers, responsable des communications à l'UQAM.

Injonction

Mécontents de ne pas pouvoir assister à leurs cours, des étudiants ont entrepris des démarches judiciaires afin de forcer le retour en classe. Cela a porté fruit au collège d'Alma, qui devra reprendre ses cours lundi à la suite d'une ordonnance d'injonction prononcée hier, le juge ayant statué que le dernier vote n'aurait pas été conforme aux règlements de l'assemblée générale. En revanche, un étudiant de l'Université de Montréal a vu une demande semblable rejetée, parce qu'il n'a pas su faire la preuve qu'il avait subi des préjudices irréparables.

Plus déterminés que jamais, les étudiants étaient hier aux côtés des représentants de huit syndicats qui leur ont réitéré leur appui et exigé que la ministre négocie sur la base d'un gel. Ils se sont gardés de condamner les débordements. «Plus on attise la tension et plus on provoque les gens. C'est inévitable les désagréments, mais ça vient avec le mouvement. On ne peut pas les éviter», a indiqué Max Roy, président de la Fédération québécois des professeurs d'université.

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Avec La Presse canadienne

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Bulles de savon et grève de la faim

Fanfare et blocus pacifique devant la résidence du premier ministre Jean Charest, à Westmount. C'est ainsi que s'est conclue la marche d'une centaine d'étudiants du cégep du Vieux-Montréal partis hier après-midi du métro Atwater. D'autres manifestations ont également eu lieu à Gaspé, Chicoutimi et Québec. Par ailleurs, des étudiants du collège Édouard-Montpetit devaient commencer aujourd'hui une grève de la faim, si la ministre de l'Éducation n'annulait pas la hausse des droits de scolarité au plus tard à 9h ce matin. Une équipe de cinq devait commencer à jeûner pour 48 heures avant d'être relayée par une autre, et ainsi de suite.
40 commentaires
  • Guillaume Martel Lasalle - Inscrit 31 mars 2012 03 h 06

    question à la journaliste

    quelle étrange entrée en matière madame la journaliste. Il n'y a eu aucune porte, ni même entrouverte. Même si certains gouverneux s'ébrouent, quelqu'un d'entre-eux a-t-il touché une poignée de porte? En remâchant les mêmes formules que depuis des lunes, personne ici n'a senti de point de contact avec les libéraux. La ministre n'est pas dans une position d'égalité avec ses opposants : elle cherche la domination envers et contre tous. Malgré le peuple dans la rue. Pourquoi neutraliser le débat qui touche maintenant les manquements démocratiques de nos dirigeants mêmes? Pourquoi une telle consolidation de ce que vous décrétez comme l'impasse. Il n'y a pas d'impasse : il y a une lutte politique présentement, des positions, des stratégies. L'immobilité que vous voulez voir lever n'est que la pointe d'un iceberg d'autocratie. Cette introduction d'article suggère un désolement qui n'est pas celui des militants, mais celui du gouvernement. Pourquoi, même minimalement, emprunter soudainement la voix du gouvernement dans vos articles?

    • Jean_Yves - Abonné 31 mars 2012 13 h 03

      Ben j'espère que la ministre ne retrouve pas au même niveau que les groupes d'intérêts !

      Et ce n'est pas une domination «envers et contre tous», c'est la responsabilité de l'intérêt supérieur de toute la société qui doit guider les politiciens, et c'est le cas ici.

      L'autre option de la ministre c'est de réduire les coûts de l'éducation, qui au Québec sont tout près détire les plus élevé au monde en proportion de notre richesse.

      Et bien sûr le syndicat des professeurs se dit très ouvert a revoir les coûts salariaux de ses membres pour maintenir une bonne accessibilité ai université... !

      ps: les deux tiers des étudiants universitaire sont en classe et suivent leurs cours. On est vraiment loin «du peuple dans la rue», on est dans «un groupe d'intérêt veux des privilèges»

    • Michel Leclaire - Inscrit 31 mars 2012 13 h 07

      Le Devoir et le Pouvoir seraient-ils de mèche?

      Michel Leclaire

    • Michel Leclaire - Inscrit 31 mars 2012 13 h 07

      Le Devoir et le Pouvoir seraient-ils de mèche?

      Michel Leclaire

    • Rock Dumais - Inscrit 31 mars 2012 13 h 35

      Manquements démocratiques? Voici une loi votée démocratiquement. Le peuple dans la rue? Il y a du peuple dans les chaumières aussi qui ne partagent peut-être pas votre point de vue. Autocratie? De la part de qui? La journaliste n'emprunte pas la voix du gouvernement, elle rapporte les faits. Ne méprisez pas ceux qui ne sont pas de votre stricte obedience syndicale. Votre cause ne se déroule pas en vase clos. Les contribuables qui paient l'essentiel de la note ont droit au chapitre aussi.

    • Chantal_Mino - Inscrite 31 mars 2012 13 h 38

      Merci M. Martel Lasalle !

      Depuis quelques jours, en lisant ses articles, quelques choses me titillait, vous avez mis le doigt dessus.

      Je ne saurais mieux dire.

    • Pierre Floyd - Inscrit 31 mars 2012 19 h 01

      "Les étudiants ne veulent négocier que sur la base du gel des droits de scolarité".........euhhhhh......c'est parce que sur cette base, il n'y a plus rien à négocier.... à moins qu'on en rajoute encore dans vos prêts et bourses tant qu'à y être...

  • Richard Miron - Inscrit 31 mars 2012 07 h 41

    Les étudiantEs n’ont pas à accepter la hausse

    Plusieurs encouragent étudiantEs et gouvernement à négocier maintenant mais en demandant aux étudiantEs d’accepter le principe de la hausse. Or, voilà, cela serait trahir complètement le sens du mouvement. Celui-ci en est un de défense du droit à l’éducation. Celui-ci défend la démocratisation de l’éducation. La question est politique : l’argent est très secondaire.

    La vision gouvernementale, même s’il prétexte une question de répartition des sommes à dépenser, procède aussi d’une vision idéologico-politique. Il répond à une demande de gens pour qui la démocratisation de l’éducation dévalue la valeur du diplôme universitaire. Il est sûr qu’une hausse des frais de scolarité limiterait l’accès à l’université et ferait en sorte qu’il y aurait un accroissement de la rareté de gens diplômés, ce qui se refléterait sur les revenus à recevoir (mais encore, cela dépend des domaines d’étude). Par ailleurs, le fait de payer plus donne l’impression que la qualité de l’éducation dans l’institut d’enseignement est supérieure. On peut penser aussi que les sommes résultant de la hausse des frais de scolarité vont être investis pour accroître le « prestige » des universités québécoises. Ces sommes n’iront pas à l’enseignement mais à la recherche et à des campagnes de marketing. Le « prestige » devrait se refléter sur la « valeur » du diplôme et, potentiellement, sur les revenus escomptables.

    Dans notre monde capitaliste, on spécule sur tout dont la valeur des diplômes et cela joue sur la fixation des revenus. Outre aller à l’encontre de la démocratisation de l’éducation, cela accroît l’écart sur les revenus entre riches et pauvres. Ou bien une société élitiste ou bien une société démocratique, voilà le débat posé par la mobilisation étudiante.

    • Chantal_Mino - Inscrite 31 mars 2012 13 h 42

      Tout a fait d'accord avec vous M. Miron.

  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 31 mars 2012 08 h 00

    La fausse négociation

    Réflexion sur l'ouverture au dialogue: étape nécessaire et imposture

    Les étudiants ouvre la porte au dialogue: c'est l'étape nécessaire. Le dialogue sera l'étape de l'imposture - action d'une personne qui essaie de tromper par de fausses apparences - si le gouvernement ouvre également la porte au dialogue. De son côté, il voudra dialoguer sur le maintien de la hausse des frais de scolarité et s'enlignera visiblement sur une réduction possible, mais infime de cette hausse - ce qui est déjà planifié dans l'agenda caché (classique en négociation) - et peut-être ira-t-il jusqu'à bonifier un peu le plafond pour le calcul de la contribution des parents dans son programme de prêts et bourses - pour atténuer la grogne de la classe moyenne.

    De l'autre côté, celui des étudiants, on voudra parler de financement de l'éducation et de l'abolition complète de la hausse des frais de scolarité, en incluant une discussion préalable sur l'assainissement des modes de gestion des universités et des cégeps, sur les redevances des minières qui exploitent nos ressources naturelles, sur un plus grand nombre de paliers d'imposition, sur la taxation des entreprises, sur le possible retour de l'impôt sur le gain en capital et tout cela dans une perspective de gratuité scolaire.

    Le premier ministre Charest n'est pas dupe. Il n'en veut pas de ce dialogue, car il sait très bien qu'il en sera le grand perdant. Il a bien trop d'expérience politique pour s'embarquer dans ce scénario - il l'a d'ailleurs déjà bien exprimé: le débat sur ces sujets a été fait.

    Il ne reste que la solution des élections générales qui doivent avoir lieu bientôt de toute façon. Mais il sait qu'il en sera également le grand perdant. Il préfère miser sur l'essoufflement des étudiants et se cacher la tête dans le sable. Cette dernière option - les élections - permettrait aux électeurs de se prononcer démocratiquement sur l'avenir de l'éducation, ce qui pourrait êt

    • Chantal_Mino - Inscrite 31 mars 2012 13 h 49

      «Cette dernière option - les élections - permettrait aux électeurs de se prononcer démocratiquement sur l'avenir de l'éducation ...» et pour le bien commun du peuple québécois.

      Je n'ai jamais eu aussi hâte de voter ... qu'aux prochaines élections provinciales!

  • André Michaud - Inscrit 31 mars 2012 09 h 53

    Comme dans les syndicats

    "le dernier vote n'aurait pas été conforme aux règlements de l'assemblée générale"

    Seulement le dernier vote?

    Ou comme dans les syndicats (je fus syndiqué 35 ans, et même délégué syndical) , quand il y a vote de grève, que seulement 25% des membres viennnent voter et que le vote passe avec 51% du 25%....donc 13% des membres appuyant la grève..!!

    Et les 87% qui n'ont pas voté pour la grève, qui les représentent?

    • Guillaume Martel Lasalle - Inscrit 31 mars 2012 12 h 01

      Ceux qui ne votent pas cèdent leur droit à l'assemblée. Or l'assemblée est constituée par ceux qui votent. Par conséquent ceux qui ne votent pas sont représentés par ceux qui votent.

      En démocratie participative, la représentation est une affaire de responsabilité (le vote) positive. Se détourner de sa responsabilité, c'est la confier à ceux et celles qui l'accomplissent. Peu importe le taux de participation, la légitimité repose sur ce principe. Ne pas voter pour la grève n'a pas la même conséquence s'il y a eu ou non participation. Ne pas voter pour la grève et ne pas voter tout court, deux notions distinctes qu'on ne peut pas amalgamer sans truquer la statistique.

    • Carole Dionne - Inscrite 31 mars 2012 13 h 06

      @ Guillaume Martin Lasalle

      Je suis d'accord avec vous mais encore: quand le vote est fini, qu'une partie de la salle croit que le vote est vraiment fini et sort de la salle, et qu'un autre membre demande un recontage, Comment appelez-vous cela? Je veux bien que ceux qui n'ont pas voter cèdent leur droit à ceux qui ont voter mais toutes d'entourloupettes n'est pas synonymes d'une bonne démocratie. Regardez ce qu'à fait Jean Charest. Au moment où le monde et surtout les autres partis politiques s'en attendaient le moins, il a déclenché des élections surprise? Qu'en pensez-vous, chers étudiants? Pas Pareil

    • Rock Dumais - Inscrit 31 mars 2012 13 h 44

      Je ne suis pas un expert mais j'aimerais savoir . Y a-il un quorum nécessaire pour valider une assemblée?
      Par exemple s'il n'y avait que dix personnes présentes sur une possibilité de 2000 (exemple une salle ne pouvant contenir que 10 personnes; j'exagèere juste pour mieux comprendre, pas pour prétendre que ça été le cas)

    • Killian Meilleur - Inscrit 31 mars 2012 13 h 45

      Les 87% qui n'ont pas voté la grève, ils ont décidé de s'en remettre à la décision de l'assemblée.

      Si vous coulez créer un quorum imaginaire de 50, 60, 70% etc., vous pouvez très bien nier la légitimité de la majorité des votes effectués dans le monde. Un vote peut se tenir parce qu'un nombre suffisant de participants est présent, d'où l'importance du quorum. Mais au-delà, il appartient aux gens qui s'opposent à la motion de se faire entendre.

      Qui ne dit mot consent. La démocratie est non seulememnt un droit, mais un devoir fondamental. Ne pas voter, c'est abdiquer son pouvoir décisionnel.

      les autres 87% dont vous parlez? Eh bien selon toute vraisemblance, ils ne trouvaient pas cette question assez importante pour se présenter, et s'en sont remis à la décision de ceux qui étaient véritablement préoccupés. En un mot, ils s'en foutaient, et n'ont pas à pleurer maintenant.

      Bienvenu dans un état démocratique. On ne fait pas la démocratie en restant assis chez soi.

    • Jason Keays - Inscrit 31 mars 2012 13 h 52

      De plus, dans la majorité des cas ou un vote par référendum a été demandé, ce qui permet a plus de gens de participer, la grève est quand même passé haut la main.

    • maryse tremblay - Inscrit 31 mars 2012 15 h 41

      Le quorum nécessaire dépend de chaque associations étudiantes. Quorum qui est voté par les étudiants eux-mêmes. Concernant l'espace prévu pour accueillir les étudiants, cela dépend, j'imagine, des locaux disponibles. Dans mon cas, les assemblées ont eu lieu dans un amphithéatre, lequel contenait un nombre de sièges largement suffisant pour accueillir tous les étudiants.Tous avaient donc un siège.

    • dany tanguay - Inscrit 31 mars 2012 20 h 09

      Quand la partie de hockey est plus importante que ton avenir, pourquoi se plaindre....ne pas se présenter à une assemblée générale pour écouter un téléroman.......il y a 26% de la population qui a voté pour Harper et il est en train de défaire le pays au profit de la grande entreprise privée......puis-je me plaindre quand je n'ai pas voté.....

  • Francois G - Inscrit 31 mars 2012 10 h 25

    J'imagine...

    Que les professeurs qui ont supporté les étudiants accepterons de sacrifier leurs vacances pour sauver la session.

    • Leluxe Dechoisir - Inscrit 1 avril 2012 13 h 34

      Je suis prof et je subis ce boycottage. J'appuie une partie de leur mouvement mais je suis contre les manifs des profs dans les rues pendant les heures de travail. Nous sommes supposés être disponibles et nous sommes payés à temps plein pendant la récréation des étudiants.

      Remarquez que seuls les étudiants peuvent se payer ce luxe si longtemps. Charest ne peut pas les frapper à coup de loi de baillon. Les étudiants sont les irréductibles Gaulois du Québec présentement mais ils ne se rendent pas compte que la potion magique cessera son effet lorsqu'ils iront travailler. Peut-être le savent-ils (après tout ils ont tous eu des cours de philo) et profitent du moment présent pour se bâtir du capital politique? Ou peut-être vivent-ils des moments Facebook à mettre dans leur album de souvenirs?

      Regardez ce qui s'est passé avec la manif des: Occupy __ (remplir la case manquante avec la ville de votre choix)
      Quel est le résultat concret en chiffres dans les poches des contribuables? Qui en parle aujourd'hui? Pourtant, le mouvement était mondial. Pas seulement au Québec. Et la mobilisation était internationale.

      Les étudiants se disent: la ministre ne peut pas annuler la session. Mais si, chers étudiants, elle a le pouvoir de le faire. Et elle a été nommée pour faire la job sale. Cela ne veut pas dire qu'elle va opter pour ce choix, mais c'est un pouvoir qu'elle a. Vous vous rappelez Jean-Marc Fournier et la job sale qu'il avait? eeeuh. C'est vrai vous étiez au secondaire.

    • saticharlie@gmail.com - Abonné 1 avril 2012 14 h 59

      Oui, mais ils ne se priveront pas d'exercer leur pouvoir pour appuyer les étudiants. Il pourront aussi «décréter une impasse» si cela peut mettre la ministre dans les câbles et être soudaiement aussi sourds qu'elle a pu l'être.

      De même, nous pourrons invoquer que sa secrétaire a déjà bousculé un représentant syndical...